CONTES ET LEGENDES CHINOIS DE XIAO  MING

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Demander aux artistes asiatiques de continuer dans la lignée de leurs ancêtres, à peindre tankas, estampes, etc. serait irréaliste. Tout de même, les Trésors nationaux vivants, japonais venus exposer récemment à Paris ont une résonance traditionnelle et culturelle très forte. Et lorsque est importée en France et en Belgique, l'œuvre tout imprégnée de son patrimoine, d'une jeune artiste vivant dans le Yunnan, il est bon de saluer l'événement ! Surtout si les tableaux exposés apportent avec eux la saveur des contes pour enfants, des légendes racontées naguère par les merveilleux dessins animés chinois ; le tout créé avec la fraîcheur et le talent d'une artiste manifestement heureuse de vivre !

         Peintes recto et verso, afin que les encres imprègnent totalement les supports en papier de riz utilisés pour leur pouvoir absorbant, les œuvres éclatent de bleus azurés, de rouge adoucis mais lumineux, d'ocres dont les vibrations sont provoquées par d'infimes vermiculures incrustées dans les couleurs au moyen de plumes ou de brindilles minus¬cules. Répartis sur ce "fond", des "espaces" aux teintes procédés picturaux variés (à-plats, projections coruscantes autour des personnages...) délimitent des scènes ou les étapes d'une légende, en une conception similaire à celle des enfants qui dessinent tous les étages de leur maison et les gens qui y vivent.

 

          Dans ces plages, des humains silhouettés d'un fin trait noir à la manière des pictogrammes, ont la tête ovoïde toujours de profil ; leur œil unique est barré d'un seul cil ; leurs bras épousent la forme de joug des porteurs d'eau ; la richesse de leurs vêtements est suggérée par des vibrisses blanches qui les entourent comme des dentelles. Il y a tant de vie dans ces petits êtres gracieusement stylisés, tant de bonhomie dans leurs rapports, leur manière d'évoluer, que le tableau fourmille d'activité ! Des animaux (paons, biches, poissons...) reviennent dans toutes les œuvres, protagonistes de la légende, ou accentuant l'intimité, la familiarité de la scène villageoise. Et telles des broderies, des plantes simplifiées à l'extrême, des coussins, des conques servent de lien entre les différentes "séquences".

          Cette naïveté pourrait être synonyme de futilité. Mais Xiao Ming sait éviter de tomber dans l'anecdote mièvre ; empreindre, au contraire, ses représentations de poésie et d'onirisme. De symbolisme aussi, peut-être : dans chaque ciel, deux yeux observent la scène. Sont-ils ceux de quelque dieu tutélaire garant de la sérénité du tableau ? De la fidélité du peintre à ses racines ? Impliquent-ils une présence cosmique qui porterait, loin de sa province oubliée, les jolis contes de la jeune artiste ? 

          Quel que soit le message, ces yeux-là veillent sur une œuvre pleine de cohérence, de vitalité, d'une facture à la fois mystérieuse et déterminée, avec pour constantes, pureté, authenticité, force de vie et beauté.

Jeanine RIVAIS

CE TEXTE A ETE ECRIT EN 1995 ET PUBLIE DANS LE N° 41 DE FEVRIER-MARS 1995 DE LA REVUE IDEART.