JOSE DE GUIMARAES : NOUVEAUX RELIQUAIRES

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          Comme il y eut jadis Zénon d’Elée ou  Chrétien de Troyes... José de Guimaraes portait-il, à l’origine, le nom de son village ? Ou l’a-t-il adopté ? L’un et l’autre cas, respect ou volonté d’homonymie ramènent l’artiste vers ses origines ; affirment son besoin de retourner à ses racines.

          Il n’est que de regarder l’ensemble de son oeuvre : profondément originale et novatrice, elle n’en est pas moins générée par des réminiscences de contes, légendes, poésies patrimoniales, mémoires ancestrales, totems et grigris africains, etc. Le tout,  dessins et créations en reliefs qui ne sont pas des sculptures, conçus sur ou avec du papier de fabrication artisanale ; ou enfermé dans des boîtes qu’il appelle “reliquaires”. Dans ces lieux clos qui semblent au centre de ses créations actuelles,  il fixe des taches/collages de peintures la plupart du temps abstraits, par-dessus lesquels il jette à grands éclats les rouges éclatants du sang des taureaux, le bleu des ciels des grands étés ibériques, les verts adoucis de poussière des végétations écrasées de soleil, les bruns du sable des arènes et le noir de la mort. Sur ces couleurs originelles, il colle lambeaux de tissus,  tessons de vaisselles usées, arêtes et écailles de poissons, plumes colorées qui ajoutent au baroquisme de l’ensemble, granules de pierres... Et pour rappeler, pour conjurer peut-être le passage inexorable du temps, ou évoquer des carnavals (ces fêtes à la fois si proches des processions religieuses et de la mort ; et se voulant tellement gaies dans leurs outrances), il ajoute branches et fleurs, longs nez pointus, parsème le tout de confetti ou de paillettes... Dernièrement, d’ailleurs, les autres éléments fétiches de Jose de Guimaraes, (sisal, brins de paille, etc.) servent véritablement d’écrins à des objets inattendus : des carapaces épanouies de part et d’autre de lourdes pinces de crabes ; de longs nez rouge vermeil dardés au centre de taches sanguinolentes qui génèrent de nouvelles relations,  apportent une connotation érotique apparemment absente auparavant, et  emmènent l’artiste dans des géographies et des inconscients de plus en plus intimes.

          Par ailleurs et paradoxalement, au moment-même où deux musées proposent à Paris des expositions de pieuses reliques exhumées de leur contexte religieux et présentées à l’égal de sculptures, les reliquaires de  José de Guimaraes ont l’air d’en constituer l’antithèse. Car malgré la constance et la révérence qu’apparemment il leur témoigne, ils sont tout à fait profanes, dirait-on même païens ! Mais peut-être est-ce parce que, comme l’écrit Michel Baudson, dans la préface au catalogue de l’exposition, “contrairement aux objets qui ont une histoire (ceux de Guimaraes) “sont” l’histoire”“, l’histoire de l’art en tout cas, corroborée par les magnifiques têtes polychromes placées vis-à-vis des reliquaires, et qui, vagabondant en “liberté”, semblent confirmer que l’oeuvre de ce créateur se situe bien au-delà de ses frontières, bien au-delà de toutes frontières : dans la modernité la plus authentique.

Jeanine RIVAIS

 

CE TEXTE A ETE ECRIT EN 2000  ET PUBLIE DANS LE N° 66 (ETE 2000) DE LA REVUE IDEART.