VOUS AVEZ DIT : “COQUILLAGES ?” ou LES THEATRES BAROQUES

de PAUL AMAR

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Obligatoirement classée dans un courant singulier, du fait de son caractère obsessionnel et non - conformiste, l’oeuvre résolument hors-les-normes de Paul Amar se situerait plutôt dans un style comparable à la démarche baroque. Mais, si de cet imaginaire culturel excessif, il corrobore le goût pour l’ornementation paroxystique imitant les rochers, les pierres naturelles, les coquilles ondulées et les compositions symétriques, ces dernières vont chez lui jusqu’à la manie picturale, car “ doit tre absolument en place dans sa création ! S’il orchestre de savantes chorégraphies architecturales d’une richesse et d’une profusion inouïes de détails ; si l’exubérance de sa flore et de sa sylve y créent une sorte de botanique inusuelle et sophistiquée ; s’il semble même entrer de plain-pied dans les définitions de l’art “rococo”, en revanche rien dans son oeuvre n’en rappelle les chromatismes délicats : car l’univers polychrome de Paul Amar propose un ruissellement de couleurs violentes, des plages de rouges carminés ou de vermillon, de bleu turquoise, de vert pomme... de violines que l’artiste malaxe jusqu’à obtention d’une irisation idéale à ses yeux... Le tout rehaussé d’or et d’argent à profusion, inondé de lumière électrique, au point que le visiteur interloqué se demande comment il a pu se laisser fasciner par une création aussi aberrante !

Mais un décor tellement kitsch ne peut laisser indifférent : à son corps défendant, ce visiteur revient, se laisse séduire par la volonté manifeste de l’artiste d’étonner, éblouir, créer l’illusion, jouer des contrastes, des éclairages, des effets de masse ; bref, à travers la théâtralité statique de ses compositions terrestres ou marines, démontrer son besoin d’évoluer au sommet de l’emphase, assumer allègrement son goût du bizarre, de l’étrange, de ses paysages sans perspective, etc.

Car tant de passion ne saurait être vaine ! Et c’est la force de Paul Amar de ramener vers ses oeuvres quiconque s’en serait détourné, l’obliger paradoxalement à admirer ses “théâtres” dérisoires ; à en venir par une pirouette psychologique, à respecter ce délire miniaturisé, ce triomphe de l’abondance !

Et, une fois encore à bouger ! Car sous l’apparente outrance volontaire, s’impose l’idée que pareille oeuvre, élaborée sur tant d’années, ne peut être que la concrétisation des fantasmes d’un visionnaire ! De rêves où quelque architecte un peu fou aurait agencé cil à cil, pétale à pétale... les millions de coquillages - uniques matériaux - de ces constructions strictement encloses dont chacune idéalise un lieu précis (Opéra, fonds d’océans, Tour Eiffel, etc.). D’un monde, enfin, où certes la structuration tue l’imaginaire, mais où l’ordre érigé en loi sacrée garantit la sérénité du créateur, où l’obsession du merveilleux génère, comme il est dit plus haut, une singularité irréductible à toute dénomination déjà connue !

Jeanine Rivais.

Ce texte a été écrit en 1998, à la suite de l'exposition intitulée AUX FRONTIERES DE L’ART BRUT.