Peut-on dire que Nadine Pastoret a “étudié” la sculpture, alors qu’après un mois passé aux Beaux-arts, son esprit contestataire n’a pu supporter plus longtemps la déstructuration pratiquée sur les étudiants ; qu’elle s’est retrouvée dans la “section poterie”, mais avec un professeur omni-absent ? Il semble bien que les techniques acquises par cette artiste l’aient été à la dure école des autodidactes !

    Pour autant, elle s’est trouvé un style, classique certes, mais très personnel. Concentré sur une unique préoccupation : le corps humain. Le corps dans sa totale nudité, le plus souvent. Très réalistes, donc, un tantinet provocatrices, ses oeuvres présentent des “gens” dans l’attitude du repos, de la détente ; aux yeux clos ; au petit nez retroussé ; au buste mollement étiré sur les bras allongés... Et, lorsqu’il s’agit d’un groupe, apparaît à l’évidence une très forte relation de complicité, comme dans cette magnifique "Maternité" où une femme allongée caresse les cheveux de son bébé en train de téter. Et ces deux corps qui se touchent, celui de l’enfant tout dodu avec ses petites jambes écartées sur le ventre de sa mère, le geste tendre de cette dernière traduit par un effleurement des doigts, la main incurvée autour du minuscule crâne duveteux, le pouce restant en l’air comme pour accentuer la douceur du geste, suggèrent un moment tellement privilégié que le spectateur éprouve une grande vague d’émotion !

          Installée au cœur de la Puisaye, région par excellence des sculpteurs de la terre, Nadine Pastoret a acquis au fil des années, une grande familiarité, une grande sûreté quant au choix de celles qui lui conviennent. Elle a appris leurs façons de réagir, connaît celles qui, à la cuisson lui rendront des roses plus ou moins ocrés, des jaunes plus ou moins bruns... Ayant installé son propre four, elle sait réduire au minimum les risques de mauvaises surprises ; elle surveille et module chaque cuisson de façon à réaliser des “peaux” qui donneront l’impression d’être grumeleuses ou au contraire parfaitement lisses ; annonceront ici une hanche brillante au soleil, là un repli intime d’ombres mates, etc.

            Récemment, la volonté d’aller au-delà du simple réalisme s’est fait jour : Persévérant dans son choix de sculptures anthropomorphes, féminines incontestablement, Nadine Pastoret a abordé une création où n’existe que le vêtement ; alors que toute anatomie a disparu : une succession de non-personnages, en fait ; une négation de vie ; des corps suggérés mais absents ! Désireuse de prouver que tout ce que l’œil ne voit pas n’est pas pour autant non-existant, l’artiste a créé des drapés dont les plis enveloppent des vides positionnés comme les piétas, remontant les cuisses écartées pour soutenir un autre corps qui n’est là que dans l’esprit du visiteur. Et ces têtes inclinées sur des non-visages semblent plongées dans une méditation profonde ou dans la prière ! 

Les couleurs sont apparues, également, magnifiques irisations métalliques ou mordorées, bleus aquatiques ou rouges orangés... alliés à des noirs profonds. Ces oeuvres, beaucoup plus petites que les précédentes, gardent paradoxalement -vu leur conception- la même connotation intimiste. Mais elles suggèrent que l’artiste s’est, elle-même, lancée dans une nouvelle réflexion ; qu’elle a quitté le monde des certitudes ; qu’elle explore désormais celui de l’illusion !

Jeanine RIVAIS

CE TEXTE A ETE ECRIT AU DEBUT DES ANNEES 2000.