L’ART SINGULIER EN ROUMANIE
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Depuis la nuit des temps, la Roumanie a possédé un art populaire à la fois diversifié selon ses régions, et uni par l'esprit qui l'animait. Cet art populaire s'est exprimé par la décoration en bois d'éléments architecturaux, par les tissus et broderies, les costumes traditionnels, la peinture et la céramique. Complexe et varié, il a résisté à tous les courants qui ont bouleversé le pays. Il en est devenu le symbole, puisque l'une des figures de proue roumaines, philosophe et sociologue, Dimitrie Gusti écrivait : "La vie d'une nation est parée de la beauté d'un sens esthétique profond. La nation signifie un idéal culturel à réaliser, elle est donc un principe de continuité du travail culturel. Plus la culture nationale est développée, originale, plus le sentiment de la communauté du travail culturel est véritable et profond, donc le "mastic d'affermissement de l'unité nationale". Auparavant, dans la seconde moitié du XIXe siècle, des intellectuels s'étaient employés à découvrir et faire connaître ces réalisations, les faire passer d'un utilitarisme quotidien, à une richesse spécifique du pays. Ainsi, Vasile Alexandri fut-il le premier à entreprendre une démarche ethnologique, recueillant aussi bien des œuvres de la tradition orale que des œuvres dont la simple beauté apparaissait désormais à l'évidence : Vêtements, tapis, œufs décorés, icônes, masques appartenant aux mises en scène des jeux populaires, instruments de musique, peintures et sculptures naïves, etc. Qui cessèrent d'appartenir au tout-venant et commencèrent à embellir des lieux devenus musées.
Puis, au cours du XXe siècle, la vie politique roumaine n'étant pas "un long fleuve tranquille", des créateurs –qui n'appartenaient pas forcément à l'Art populaire, mais s'en étaient souvent fortement inspirés- ont émigré vers d'autres pays, souvent Paris, contribuant à en faire le creuset culturel du monde : Impossible de les énumérer tous, mais il est bon de savoir qu'ils ont participé à toutes les formes artistiques : poésie (Tristan Tzara, Gherasim Luca, Anna de Noailles née Brancovan…) ; Littérature (Panaït Istrati, Gheorgiu…) ; Théâtre (Ionesco…) ; musique (Enesco…) ; philosophie (Cioran…) ; peinture (Vasile Grigore…) ; sculpture (Brancusi, qui disait à ses amis : "L'art est ce que l'on voit chez nos paysans, c'est ça notre vrai art, car on peut le présenter partout, même à l'étranger. Vous allez voir plus tard…"). 7Inversement, des artistes mondialement connus se sont inspirés de l'art populaire roumain, comme Matisse et sa célébrissime "Blouse roumaine" !

Début du XXIe siècle, de jeunes artistes ont commencé, à leur tour, à s'ouvrir vers l'étranger. En France, l'un d'eux, Laurentiu Dimisca, peintre, a exposé à plusieurs reprises au Musée de l'Art en Marche à Lapalisse ; puis s'est glissé dans des festivals d'Art singulier (Grand Baz'Art à Bézu, Biennale hors-les-normes de Lyon 2011, Rencontre internationale de Saint-Amant-Roche Savine, etc.). Sa création artistique propose, ici des scènes de village, là des repas populaires, ailleurs des dragons, des danseurs… appartenant à la mythologie du petit peuple. Interviewé en 2011, à Bézu Saint-Eloi, sur l'influence de l'Art populaire sur sa création, il répondait (¹) : "Il y a peut-être une influence involontaire, parce que j'habite au nord de la Moldavie, région très connue pour les fresques extérieures, les églises byzantines, peut-être même les icônes. Car je fais des icônes, j'ai finalisé deux sections artistiques : la peinture et toutes sortes de techniques différentes : la fresque, l'icône sur verre ou sur bois, etc. Les vitraux également. Je pense que mon style s'est formé à partir de toutes ces influences. En tout cas, vous pouvez découvrir tous ces aspects dans mon œuvre".

Soucieux, par ailleurs, d'élargir son action en invitant d'autres artistes, Laurentiu Dimisca a décidé d'organiser des expositions, "intra-muros" en somme ! Il s'agissait pour lui d'introduire en Roumanie ce qui est, en France appelé "Art brut", "Art singulier" ou "hors-les-normes". Après une première manifestation à la Maison du Peuple, à Bucarest, il a investi successivement deux magnifiques salles du Musée des Paysans, et du Musée du Village, et se prépare à marquer de son empreinte la Bibliothèque nationale. Près de deux-cents artistes ont envahi les cimaises de ces lieux prestigieux, mêlant ces arts "étrangers" à l'Art naïf et populaire du pays. Et il est remarquable qu'aucun hiatus n'est à noter entre ces courants ! Tout se passe comme si ces œuvres, les unes très psychologiques voire psychanalytiques, d'autres très folkloriques, graves ou humoristiques, drôles ou tragiques… avaient depuis toujours cohabité !


Va-t-on, alors, désormais, vers une double possibilité : une cohabitation, celle des labels ? A l'Art populaire, à l'Art naïf, va-t-on ajouter "Art brut", "Art singulier" ou "Art hors-les-normes", sans oublier la dénomination internationale, d'"Outsider Art" ? Ou une substitution, le problème le plus évident tenant alors à la définition de l'Art brut : peut-on appliquer la dénomination originelle, celle fixée par Jean Dubuffet qui en fut l'auteur, à certaines créations roumaines : "Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d'écriture, etc.) de leur propre fonds et non pas des poncifs de l'art classique ou de l'art à la mode. Nous y assistons à l'opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l'entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l'art donc où se manifeste la seule fonction d''invention…"(²) ? Cette définition peut-elle s'appliquer aux créateurs roumains ? Ceux qui vivent dans les coins les plus reculés du pays, peut-être. Sinon, il semble bien qu'elle doive être élargie au même titre qu'elle l'a été en France.

Pour le reste, il faut se demander si les créateurs roumains d'Art populaire ou d'Art naïf ont, dans leur généralité, "envie" ou "besoin" de ces apports ? Ou bien s'agira-t-il, pour les nouveau-venus, de bousculer cet art séculaire par leur dynamique picturale, leur collorisme exacerbé (mais l'Art naïf a-t-il besoin de "plus" de couleurs ?!), leurs déséquilibres et leurs dissymétries chaotiques, leurs expressions à la fois vraies et fictionnelles ? La Singularité va-t-elle se mettre à galoper à travers la Roumanie, comme elle le fait en France ?
Tout va donc se jouer à pile ou face. Et, pour Laurentiu Dimisca, la tâche risque d'être ardue.
A en juger par l'afflux du public venu aux expositions estivales malgré la canicule, et l'accueil réservé aux œuvres, il semble qu'une couche cultivée de la population ait déjà perçu la force d'un possible dialogue entre œuvres autochtones et allogènes. Mais le peuple roumain, viendra-t-il aux musées comme il va aux fêtes villageoises et aux mariages ?
Quel sera l'impact, quelle sera l'exemplarité de ces expositions ? Cette décision d'un créateur qui, pour lui-même a choisi d'élargir son horizon artistique, et pour son pays d'ouvrir grandes les portes de la mondialité, engendrera-t-elle un possible détournement de sens et d'esprit ? Ou bien s'agira-t-il simplement de passion ? De goût du risque ? Qui sait ?
Souhaitons, en tout cas, que cette conjonction de deux formes de pensée qui, jusque-là s'ignoraient presque, ne modifie pas trop la tonalité de l'un et l'autre "camps" ! Que se croisent et s'entrecroisent longtemps désormais les symphonies de couleurs éclatantes, les "dits" si chaleureux et puissamment psychologiques qui caractérisent les deux mouvances. Et bonne chance à l'audacieux Laurentiu Dimisca !
Jeanine RIVAIS
(¹) Voir entretien de Laurentiu Dimisca avec Jeanine Rivais : http://jeaninerivais.jimdo.com/ : Rubrique Festivals, Grand Baz'Art à Bézu 2011.
(²) En octobre 1949, la galerie René Drouin à Paris, expose 200 œuvres de 60 différents auteurs. Le texte du catalogue, intitulé L'ART BRUT PREFERE AUX ARTS CULTURELS, rédigé par Jean Dubuffet, définit la notion d'art brut.
Publié le 11 September 2012 par -studio-boo-K-
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TEXTE TRADUIT EN ROUMAIN
Par MARIUS TITA
Directeur de Radio-France internationale
XXIe SIECLE : L'ART SINGULIER ENTRE EN ROUMANIE
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Din cele mai vechi timpuri, România are o artă populară deosebită, pe de o parte diversificată în funcţie de regiuni, pe de altă parte unitară prin spiritul care o animă. Această artă populară se regăseşte în decoraţiunile de lemn din elementele arhitecturale, prin ţesături şi broderii, prin costumele populare tradiţionale, în pictură şi ceramică. Complexă şi diversificată, ea a rezistat tuturor curentelor care au bulversat ţara. A devenit un simbol iar o personalitate română precum Dimitrie Gusti, filosof şi sociolog, scria: „Viaţa unei naţiuni este marcată de frumuseţe într-un sens estetic profund. Naţiunea înseamnă un ideal de realizat, este deci un principiu de continuitate a activităţii culturale. Cu cât cultura naţională este mai dezvoltată, originală, cu atât sentimentul comunităţii de activitate culturală este mai veritabil şi mai profund, un fel de mastic de consolidare a unităţii naţionale”.
Anterior, în a doua jumătate a secolului al XlX-lea, intelectualii s-au străduit să decopere şi să ne facă la toţi cunoscut aceste realizări, să le permită trecerea de la un utilitarism cotidian la o bogăţie specifică ţării.
Astfel, Vasile Alecsandri a fost primul care întreprins un demers etnologic, adunând atât opere ale tradiţiei orale cât şi opere a căror frumuseţe este de domeniul evidenţei, haine, covoare, ouă încondeiate, icoane, măşti aparţinând punerii în scenă a unor jocuri populare, instrumente muzicale, picturi şi sculpturi naive, etc. care încetează să aparţină oricui şi încep să înfrumuseţeze muzee.
Apoi, în cursul secoului XX, viaţa românească nu a încetat să fie un lung fluviu liniştit, creatori - care nu aparţin neapărat artei populare dar inspirându-se, de multe ori, puternic, din aceasta, - au migrat spre alte ţări, adesea spre Paris, contribuind la constituirea acestuia într-un creuzet cultural al lumii. Este imposibil să îi enumerăm pe toţi dar este bine să ştim că au participat la la toate formele creaţiei artistice: poezie – Tristan Tzara, Gherasim Luca, Anna de Noailles născută Brâncoveanu,...), literatură – Panait Istrati, Virgil Gheorghiu, teatru – Ionesco, filosofie – Cioran, sculptură – Brâncuşi, care spunea prietenilor săi că „arta este ceea ce vedem la ţăranii noştri, aceasta este arta noastră adevărată, pe care o putem prezenta peste tot, chiar şi în străinătate. Veţi vedea mai târziu...”. Invers, artişti mondial cunoscuţi s-au inspirat din arta populară românească, precum Matisse şi celebrissima sa “Blouse roumaine”, ia românească.
La începutul secolului XXl, tinerii artişti au început, de asemenea, să se deschidă spre străinătate. În Franţa, unul dintre ei, Laurenţiu Dimişcă, pictor, a expus de mai multe ori la Muzeul Art en Marche din Lapalisse, apoi a participat la mai multe festivaluri de Artă Singulară (Grand Baz'Art din Bézu, Biennale hors-les-normes de la Lyon, din 2011, Rencontre internationale de Saint-Amant-Roche Savine, etc).
Chiar propria sa creaţie artistică, aici cu scene din viaţa satului, dincolo un prânz popular, peste tot dragoni, dansatori… aparţinând mitologiei populare. În 2011, la Bézu Saint-Eloi, într-un interviu despre influenţa artei populare asupra creaţiei sale, el răspundea: există, probabil, o influenţă populară pentru că locuiesc în partea de nord a Moldovei, regiune foarte cunoscută pentru frescele exterioare, pentru bisericile bizantine, poate chiar şi pentru icoane. Eu însumi fac icoane, am absolvit două secţii artistice, picture şi tot felul de tehnici diferite: fresca, icoana pe sticlă sau pe lemn,.de asemenea vitraliul. Cred că stilul meu s-a format pornind de la toate aceste influenţe. În orice caz, veţi putea descoperi toate aceste aspecte în opera mea.
Atent, printre altele, să-şi extindă activitatea invitând şi alţi artişti, Laurenţiu Dimişcă a decis să organizeze expoziţii, intra-muros într-un fel! Este vorba să aducă în România ceea ce în Franţa numim Artă brută, Artă singulară, sau Artă în afara normelor . După o primă manifestare la Casa poporului din Bucureşti (Palatul Parlamentului), a pus stăpânire, succesiv, pe două săli magnifice, cea de la Muzeul Satului şi cea de la Muzeul Ţăranului, şi este gata să pună amprenta acestui proiect la Biblioteca Naţională a României.
Peste 200 de artişti au invadat simezele acestui spaţiu prestigious, amestecând aceste arte "străine" cu Arta naivă şi arta populară din România. Şi trebuie să remarcăm că nu s-a născut niciun hiatus între aceste curente. Totul se petrece de parcă aceste opere, unele foarte psihologice sau chiar psihanalitice, altele folclorice, grave sau umoristice, amuzante sau tragice, au coabitat dintotdeauna.
Vom merge, de acum înainte, spre două posibilităţi? Prima ar fi coabitarea acestor etichete, - artă populară, artă naivă, la care alăturăm arta brută, arta singular sau arta în afara normelor, fără a uita denumirea international Outsider Art. A doua posibilitate este substituirea, o problemă evidentă care ţine de definiţia artei brute. Dar, oare, putem să raportăm o serie de creaţii româneşti la definiţia originală a Artei brute, cea stabilită de Jean Dubuffet: înţelegem prin asta operele executate de persoane incapabile de cultură artistică în cazul cărora mimetismul, contrar a ceea ce se întâmplă la intelectuali, se aplică foarte puţin sau deloc, într-atât încât autorii îşi trag totul – subiecte, materiale, tehnică, modalitate de transport, ritm, scriitură,etc - din propriile fonduri şi nu din poncifele artei clasice sau ale artei la modă. Asistăm aici la o operaţiune artistică pură, brută, reinventată în toate fazele sale de autor, pornind doar de la propriile impulsuri. Artă, deci,de acolo unde doar funcţia de a inventa se manifestă.
Putem aplica această definiţie creatorilor români? Poate la cei care trăiesc în colţurile cele mai îndepărtate ale ţării. Altfel, pare că trebuie să o extindem la nivelul la care a fost în Franţa.
Pentru ceilalţi, trebuie să ne gândim dacă şi creatorii români de artă populară sau artă naivă au, în genialitatea lor, nevoie sau chef de aceste aporturi? Sau este vorba, pentru aceşti nou-veniţi, de a buscula această artă seculară cu dinamica lor picturală, cu cromatica lor exacerbată (are nevoia arta naivă de mai multe culori?), de dezechilibrele lor şi de dizsimetriile lor haotice, de expresia lor în acelaşi timp reală şi ficţională? Se va porni, oare, arta singulară să galopeze prin România după cum o face prin Franţa?
Totul se va juca dând cu banul. Iar pentru Laurenţiu Dimişcă sarcina riscă să fie dificilă.
Judecând după fluxul de public din expoziţiile de astă vară, în ciuda vremii caniculare, şi receptarea lucrărilor expuse, am putea spune că o pătură cultivată a populaţiei a ajuns deja la nivelul dialogului între operele autohtone şi cele alogene. Dar românii vor veni ei la muzee cum vin la petrecerile de la sate sau la nunţi?
Care va fi impactul, care va fi exemplaritatea acestor expoziţii? Această decizie a unui creator care a ales să-şi lărgească orizontul artistic şi, pentru ţara sa, să deschidă larg porţile unei globalităţi, va genera ea o posibilă deturnare a sensului şi a spiritului? Sau este vorba doar de o pasiune? De gust sau de risc? Cine ştie?
Să ne dorim, în orice caz, că această conjunctură a celor două forme de gândire care aproape se ignorau până atunci, să nu modifice tonalitatea uneia sau a alteia dintre tabere. Fie să se întâlnească şi să se intersecteze mult timp de acum simfoniile de culori strălucitoare, spusele atât de călduroase şi puternic psiholgice care caracterizează cele două mişcări. Succes îndrăzneţului Laurenţiu Dimişcă!
Jeanine RIVAIS
le site artistique de jeanine rivais