PASCALE SEGUIER peintre et sculpteur

Entretien avec Jeanine RIVAIS.

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VOIR AUSSI ENTRETIEN : http://jeaninerivais.fr Rubrique COMPTES-RENDUS DE FESTIVALS : NOTTONVILLE 2007.

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séguier
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Jeanine Rivais : Pascale Séguier, il y a quelques années, nous avions déjà fait un entretien, dans lequel vous parliez de votre peinture qui, à cette époque-là était "plate". Aujourd'hui, il semble bien que pour la plupart de vos œuvres, vous soyez passée en trois dimensions ? Qu'est-ce qui vous a fait passer de l'une à l'autre ?

            Pascale Séguier : Je ne sais pas trop. Mais en fait, j'ai eu envie de prendre des pâtes et de les modeler. La forme des personnages me semble "sortir" plus facilement. Après, je peins. On m'a souvent dit que j'avais des mains de sculpteur. En tout cas, en ce moment, c'est ce que j'ai envie de faire. Sans abandonner, bien sûr, mes tableaux, mes toiles, mes dessins. C'est une dimension différente que j'exploite à côté. Tout en continuant dans ma ligne.

 

séguier 1
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JR. : Est-ce important que ce soit de la terre qui crée le relief ? Ou est-ce que ce pourraient être des amas de peinture ou des collages ?

            PS. : Non, c'est important que ce soit de la terre ou de la pâte, parce que j'aime bien modeler, toucher la matière.

 

            JR. : Vous faites le personnage séparément, et ensuite, vous le collez sur le tableau ?

            PS. : Pas forcément. Je le fais morceau par morceau, et je l'applique avec de la colle. Cette technique m'oblige à ne travailler que sur des petites pièces.

 

            JR. : Dans le précédent entretien, je vous disais : "L'homme, l'homme avant tout". Et vous répondiez : "Oui, l'humain et l'émotion. J'essaie de marier émotion et technique, tout en veillant à ce que la technique ne tue pas l'émotion". Est-ce cette réponse reste toujours valable, puisque, apparemment, il y a une grosse partie de technique dans ces apports en reliefs.

            PS. : Cela me fait plaisir que vous me posiez cette question, parce que, si elle y est, je ne m'en aperçois pas. J'applique ce que j'ai appris auparavant avec la peinture. D'ailleurs, le fait de construire petit morceau par petit morceau me permet d'élaborer mon "histoire" qui vient avec le cœur, avec le cerveau, avec les mains.

séguier 2
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JR. : Si je reprends le tableau avec lequel j'avais illustré le précédent entretien, le personnage était au centre, et prenait presque toute la hauteur du tableau, et il était de face. Or, sur la plupart des tableaux de la nouvelle série, les personnages sont de profil. Pourquoi ?

            PS. : Je ne sais pas. En fait, je n'y avais pas fait attention. Je le vois maintenant que vous en parlez. Peut-être, comme le disent beaucoup de gens, mon travail est-il plus gai ? Il y a beaucoup de personnages qui se font face, qui se regardent. Des petits couples. Mais encore une fois, je n'analyse pas mon travail quand je le fais ! Je crois que je travaille beaucoup avec mon inconscient ? C'est peut-être réfléchi, pensé par lui ? Mais après, je ne réfléchis pas à ce que je vais faire, ou ce que viens de faire. Je sais dans quel univers je me trouve et j'y vais d'emblée. Après…

 

         

séguier 3
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JR. : Certaines têtes de vos personnages sont à la fois très belles, et très dramatiques. L'une d'elle, en particulier, a de grands yeux très tristes. Mais, néanmoins, je la sens en relation avec le visiteur qui est en off. Tandis que sur d'autres tableaux, j'ai l'impression que vous avez joué à des découpages… On ne peut pas dire qu'il s'agisse d'une foule, de passants, de piétons, etc. Mais il me semble que ces personnages-là n'ont pas de rapports entre eux ?

            PS. : Là encore, je ne sais pas. Je crois que chaque artiste a une projection, et ensuite chaque spectateur a la sienne qui peut être très proche ou complètement différente. C'est ce qui est bien, parce que chacun montre son imaginaire. Pour moi, ils me semblent en relation, mais peut-être n'est-ce pas évident ?

 

            JR. : Ces sortes de poteaux qui sont entre eux, sont-ils des clefs ? des arbres ? des réverbères peut-être ?

            PS. : Je les ai mis là pour établir des équilibres. Il m'est difficile aussi de mettre des titres à mes œuvres. Vu les différences d'interprétation auxquelles donnent lieu mes tableaux, je trouve que ce serait dommage d'être restrictive, en en ajoutant un. Chacun y voit ce qu'il veut, et j'aime bien cette idée.

séguier 4
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JR. : Si j'ai bien compris, vous avez l"'intention de continuer à la fois en aplats et en reliefs ? Ou bien allez-vous rester en relief ?

            PS. : A l'heure actuelle, je pense continuer les deux. Mais ma peinture peut très bien évoluer, et j'ignore ce que je ferai dans quelque temps ? Peut-être reviendrai-je carrément aux aplats ? Peut-être, au contraire, en viendrai-je à la sculpture ? C'est chaque fois une découverte. Un souci aussi. Mais cette découverte est une naissance.

 

            JR. : Quand je suis arrivée, vous avez insisté pour me donner votre définition de l'Art singulier…

            PS. : Oui.

 

            JR. : Pourquoi était-ce si important ? Est-ce parce que vous vous y sentez moins bien qu'autrefois ? Parce que vous pensez qu'il a évolué et qu'il est en train de disparaître comme je le pense ?

            PS. : C'est comme pour la peinture ! Le texte m'est venu spontanément. Je disais essentiellement que l'on a à définir l'Art singulier au niveau terminologique. Mais par définition, n'importe quel art est singulier ! Ensuite, je définis l'Art singulier par l'émotion. Et puis quelque chose dont je ne suis pas sûre que cela se passe dans d'autres univers que celui des Singuliers, c'est l'échange. Echanger. Je ne crois pas que ce sera ainsi par Internet.

 

JR. : Moi je ne pense pas que si l'Art singulier est tué, il le soit par Internet. Il le sera plutôt par les galeristes qui vous exposent comme ils ont exposé n'importe quelles tendances ; et par vous, les artistes, qui voulez absolument quitter les circuits marginaux pour aller dans les circuits officiels. C'est tout cela qui va le tuer, s'il n'est pas déjà mort. Parce que, si nous étions logiques, il faudrait déjà avoir trouvé un autre nom, une autre dénomination…

            PS. : Peut-être ?

 

            Cet entretien a été réalisé à Banne, dans les Ecuries, le 16 mai 2010.