IXe BIENNALE DES ARTTSSINGULIERS ET INNOVENTS

SAINT-ETIENNE 2024

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HALLE DE L'HÖTEL DE VILLE, LANCEMENT DE LA BIENNALE 2024

Lancement de la Biennale : Louis Molle, Lise Van Baaren, et les responsables du service culturel de la ville
Lancement de la Biennale : Louis Molle, Lise Van Baaren, et les responsables du service culturel de la ville

          Décidément, celui qui a écrit que l'imagination des artistes est infinie a exprimé-là une idée au-dessous de la vérité ! Car, si tous sont capables de composer leurs œuvres avec toutes sortes d'objets hétéroclites, pouvant aller jusqu'aux déchets et épluchures, personne, semble-t-il, n'avait pensé à prendre des cagettes (plus banal que cet objet, tu meurs !), les découper en lanières de deux centimètres environ (imagine-t-on le travail, la patience et le mal aux mains que représente cette prouesse ?) et les combiner pour réaliser oiseaux, coquillages, animaux, etc. Auxquels elle ajoute un soupçon de métal et d'écorce ! Telle est la performance de Lise Van Baaren ! 

 

          Ainsi, ayant choisi surtout un monde animalier, passe-t-elle, sans complexe, d’un sujet à l’autre, offrant au visiteur quelques surprenantes propositions. Car elle a, apparemment, cette facilité à concevoir ses œuvres non seulement comme des objets plus ou moins "discrets" séparés par un espace neutre qui les entoure, mais comme pris dans le monde, modifiés par lui, leur donnant du sens à travers leur relation… Elle ne s'impose pas, pour ce faire que des choix diversifiés, des supports variés (grandes sculptures, rondes-bosses, petits formats…), elle agit aussi dans la conception d’une installation, qui fait du spectateur un agent essentiel.  Sachant que celui-ci va vouloir "tourner autour" de chaque réalisation, donc changer de points de vue, elle dispose ses objets de telle sorte qu'une perspective lui permettra de considérer l'ensemble comme un "tout" ; ou bien au contraire, de percevoir chaque élément sans qu'aucun autre ne trouble sa vision !  

 

            Pour en venir à cette perception, il faut à Lise Van Baaren concevoir ses œuvres autrement que les traditionnelles sculptures de bois, pierre, etc. De la première lanière installée, jusqu'au moment où elle décide que tout étant parfaitement équilibré, l'œuvre est finie, il lui faut pressentir la suivante qui va être le prolongement ou l'antithèse de la précédente. Sentir que de cette façon, les croisillons seront solides, apporteront du sens à la sculpture en gestation ; la colle donnant une forme définitive à la construction ! Une tête de cheval, un busard tendu vers une proie, un poisson, un coq… forment alors le florilège de cette œuvre fortement marquée par le poids de l’objet, ou plutôt son absence de poids, car, contrairement aux œuvres de terre dont le poids augmente à mesure que se construit l'œuvre, l'ensemble des lanières reste certainement d'une légèreté inattendue. Pressentant cette différence, le visiteur ne manque pas d'être intrigué par cette composition qui n'a évolué comme aucune autre ! 

 

          Tout de même, tout ne peut pas être parfait dans le monde de cette artiste : ce matériau si curieux est on ne peut plus sensible aux variations hygrométriques, aux différences de températures et au souffle du vent ! Ce qui l'impose impérativement et strictement comme des sculptures d’intérieur.

          Néanmoins, cette création hors-normes et originale, fait de Lise Van Baaren une créatrice sans limites, sans préjugés, sans contraintes. Le résultat est une œuvre protéiforme et cependant de la plus parfaite unité. Finalement, cette absence de définitions et cette recherche de formes tellement différenciées, n'est autre, pour la sculptrice, qu'une quête de liberté, apportée par ce nouveau matériau. Le plaisir, l'envie d'éviter le plein, d’exprimer le vide, l’espace, la lumière, la résonance avec tout ce qui fait partie de la troisième dimension ! 

Jeanine RIVAIS

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CENTRE SOCIAL BEAULIEU

MARION NARBONNET

MARION NARBONNET ET SON TOUR DES TROQUETS

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Est-ce son métier de psychomotricienne auscultant des patients de tous âges, toutes origines, toutes disgrâces qui a amené Marion Narbonnet à transmettre ses réactions à ses œuvres, peintures ou dessins ? Elle présentait récemment une série qu'elle affirmait être de trente-et-une aquarelles, toutes différentes, et cependant présentant toutes les mêmes caractères.

          Et d'abord, pourquoi ses personnages n'ont-ils jamais de jambes ? Parce qu'ils ne vont nulle part, bien sûr ! Parce qu'ils sont tous assis à une table de leur troquet favori. Ils sont d'ailleurs toujours incomplets, comme si chez eux, la fonction créait l'organe : ainsi, ont-ils tous des bras et des mains, qui leur sont indispensables pour tenir le verre ou la bouteille qui leur est compagnie ! ! Ils sont tous pourvus d'une tête, aussi, même si, pendant des heures, ils restent immobiles, les yeux dans le vague, complètement introvertis mais montrant qu'ils sont là, qu'ils pensent, bien que leur pensée soit unique : la solitude, le vide de leur existence.

          Un tel immobilisme permet au spectateur de se concentrer sur l'ovale de leur visage, sur leur large menton mafflu ou au contraire pointu en galoche, sur une chevelure blonde ondulée inattendue…  Ils doivent donc être bien laids ? Même pas, mais l'expression commune à leurs visages fait qu'ils sont loin d'être beaux, et ils sont bâtis finalement sur un stéréotype, comme aux heures de pointe dans le métro se fondent tous les visages dans un morne anonymat : à ceci près que Marion Narbonnet les peint là, remplissant la surface du tableau, ne laissant dans leur huis clos, la place que pour un seul décor, une table sur laquelle se tient un verre ou une bouteille ! Comme si, dans la quotidienneté qu'elle leur impose, l'artiste provoquait soudain en eux une sorte d'étincelle les amenant, l'espace d'un instant, à porter leur verre à leur bouche, voire à aspirer avec une paille le liquide contenu dans un flacon en forme de ruban représentant l'infini ; à saisir entre leurs longs doigts effilés, le biscuit qu'ils ont trempé dans le liquide ! 

La femme qui boit seule
La femme qui boit seule

          Et c'est alors qu'émerge du lot, celle qui les symbolise tous, celle que Marion Narbonnet appelle "La femme qui boit seule", celle que tant de poètes ont évoquée au long de leurs pérégrinations solitaires ; celle dont les yeux tristes sont soulignés de lourdes poches, cette femme aux cheveux roux au-dessus de son long cou dont le pompon du bonnet de marin est supposé être un porte-bonheur ; celle qui représente la solitude absolue, les multiples solitudes que l'artiste a rencontrées et dont elle rend compte.

 

          Pour échapper à cette sorte d'angoisse diffuse générée par cette succession de personnages et par tant de vacuité, le visiteur opère alors un retour sur image ; considère la science avec laquelle Marion Narbonnet, pourtant totalement autodidacte, l'a fait entrer immédiatement dans son univers composé d'impressions brèves qui ont pu la frapper au coin d'une rue, au pied de l'escalier, n'importe où, au cours du tour de France des troquets qu'elle a effectué, quêtant les tristes témoignages qui l'enjoindraient de devenir à son tour témoin... Témoignages  autour desquels se sont figés tant de souvenirs vivaces ! Si présents, si pesants, qu'elle les a intégrés à sa propre biographie et a "dû" les transcrire picturalement !

 

    Son travail est lui-même une sorte de cheminement fait de couches de peinture appliquées sur le papier. Il corrobore simplement son sentiment que le quotidien n'est jamais éclatant ; qu'en toute chose, en tout événement, prédomine la grisaille ! Ainsi ne laisse-t-elle à personne le soin de faire se découper ses personnages sur ses fonds non signifiants, et génère-t-elle des individus aux frontières de l'autisme, fagotés dans des vêtements imprécis ; des êtres sans aucune connotation temporelle, sociale ou sociologique, simplement liés par une unique misère ; en une œuvre puissante et singulière, par moments un peu naïve ; le plus souvent expressionniste !

Jeanine RIVAIS

 

 

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FLORA GUETON

 

LES CREATIONS DRAMATIQUES DE FLORA GUÉTON

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          Flora Guéton est sculptrice d'Art-Récup'. Mais n'est-elle pas aussi un peu campagnarde ? Car, si elle trouve au long de ses glanes, les ingrédients à ajouter à ses "corps" (objets protéiformes, boutons pour les yeux, bois flottés, etc.) où trouve-t-elle pommes de pins, cornes de vaches, branchettes indispensables à la mise en forme de ses personnages ? Dans les bois et les prés, assurément ! 

          Et la voilà donc libre de créer des êtres en marge de tout classicisme, avec le bois comme matériau de prédilection, le façonnant, le métamorphosant, le transcendant. Ainsi est-elle devenue, au fil des années, créatrice de populations essentiellement humanoïdes auxquelles elle a su donner vie. Elle demeure parmi ses trouvailles, non pour le plaisir d’entasser, posséder ces objets hétéroclites, mais pour celui de les toucher, les rapprocher dans des promiscuités ou des accordailles inattendues ; rattacher à chacun des souvenirs plus ou moins lointains ; créer en fonction de la définition qu’ils ont conservée ou au contraire déjà perdue, de nouveaux objets complètement différents de leur sens originel. Car Flora Guéton appartient à ces créateurs férus de méthodes ancestrales et d’archéologie, qui essaient de créer une "civilisation" personnelle, tout en gardant à leurs œuvres une connotation ancienne ! Pour ce faire, elle place côte à côte tels petits morceaux de bois qui lui semblent incontournables à cet endroit précis, -chacun s'aboutant à son voisin-, qui assureront la massivité du groupe, tolérant d'infimes creux et des bosses sur lesquels jouera la lumière. Elle en vient ainsi à des êtres qui ressemblent à ceux que l’on exhume au hasard des fouilles, comme arrachés au sol, patinés par des érosions multiples, aux coloris atténués par l'humidité dans laquelle ils ont été plongés nul ne sait depuis quand au hasard d'un coup de vent, d'un ruissellement... A partir de cette vie réinsufflée au gré de son inspiration, l’artiste a trouvé une démarche très personnelle pour mettre en scène ses compositions réduites parfois à de simples têtes, à des pages d'histoires, ou conçues en groupes de minuscules personnages suggérant des intimités spécifiques à son monde. 

 

Métamorphose
Métamorphose

Etrange, alors, et tellement personnelle, est la façon dont se constitue, par exemple, une tête lourde intitulée 'Métamorphose", morceaux emboîtés les uns dans les autres, constituant le bas du visage, de petits grains gonflant la pommette ; un triangle peint constituant un œil, l'autre brillant dans un arrondi ; l'un et l'autre sourcils ressemblant à des petits poissons ; et vertical et énorme, un morceau de liège devient un nez plantureux ; deux petites fourches sont les cheveux ; le front disparaît sous un minuscule bouquet de brindilles, et le crâne sous divers objets agglomérés… Pas de titre, mais un petit poème, au long duquel l'artiste s'interroge sur la nature du visage ainsi créé : Pour le visiteur, jugeant avec sa subjectivité, ce visage sévère, aux yeux acérés, est masculin. Mais, premier paradoxe, Flora Guéton se demande : " Nouvelle être / Nouvel être / Ni homme ni bête / Evolution divine / Evolution échappatoire / Quand l'âme prend la fuite / L'instinct la rattrape / Quand l'homme se réveille. / L'esprit reste le gardien / Douce éclosion / Inflorescences naissantes / Pas après pas / Il prend le chemin / Pas après pas/ Il suit son destin / Doucement venu / Alors il ose. Suivre le temps/ le temps de la métamorphose".

Le Bûcher
Le Bûcher

          Autre façon d'exprimer son ressenti, l'artiste procède à une crucifixion construite sur un second paradoxe : Plantée dans un Golgotha aux multiples composantes (dés à jouer, pions, croix, ficelles…), rustique à la limite du rudimentaire, une croix portant un christ constitué de trois planchettes oblongues, se dresse parmi de très sophistiquées, finement élaborées, -le tableau célèbre dans le tableau, dans le tableau…, en somme-. Mais tout se passe comme si la créatrice anticipait une suite prévisible, intitulant le poème attenant, "LE BÜCHER", "S'envole l'âme / S'envole l'être / S'embrase le passé / S'enflamment montagnes et regrets / Au bûcher de l'enfance / s'envolent jeux de l'innocence / Ni vie ni mort / seules restent les cendres de la / Renaissance".

Le Bal des Brûlés / Le bal des Monstres / Le Bal des Parfaits
Le Bal des Brûlés / Le bal des Monstres / Le Bal des Parfaits

Autre expression encore, non moins surprenante, qui les caractérise : les groupes de Flora Guéton. A priori, chacun apparaît au visiteur comme une sorte de communion de deux groupes face à face de part et d'autre d'un espace tantôt vide et blanc, tantôt occupé de taches aléatoires, tantôt encore laissant s'échapper un oiseau, ailes éployées, voire une sorte de fusée ? Chaque tableau est constitué de façon différente : parfaitement ordonnancé, soit en des ocre gris-brun ; soit légèrement méli-méloté en des bois brûlés ; soit une partie claire, l'autre brun foncé… Pour le visiteur, s'impose alors le troisième paradoxe. Car chaque groupe lui semble présenté en des attitudes calmes, apaisées, voire profondément mystiques. Or, pour Flora Guéton, se côtoient sur le mur, "le Bal des Brûlés" qui se demandent "Comment détourner son regard / Comment faire semblant / Semblant d'ignorer leur blessures…",'le Bal des monstres" (qui) recommandent de "Tomber le masque le temps d'une danse" ; "le Bal des Parfaits" où "Rien ne brille / Tout est pâle, lisse, fade…" ; "le Bal des Fêlés", "Bienheureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière, passer les jeux de mots"…

Le Bal des Fêlés / Le bal des Tordus
Le Bal des Fêlés / Le bal des Tordus

 Ainsi Flora Guéton poursuit-elle son cheminement vers "le Bal des tordus", "le Bal des con-trastés", "le Bal des originaux", etc. attestant ainsi que, si ses œuvres ont finalement un petit air naïf et bon enfant de l’imagerie populaire, elles témoignent d’une solide technique picturale, acquise apparemment dans la solitude, puisqu'elle est autodidacte. Attestant derrière la beauté pure de chaque collage, à travers l’alternance de vigueur et de fluidité, de son talent de sculptrice et de poétesse menant depuis des années son histoire poétique qui l'emmène vers SA civilisation lointaine dont elle a personnalisé les codes, grâce aux deux disciplines intimement liées dans son esprit.

Jeanine RIVAIS

 

 

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CHRISTINE CARRÉ

 

LES VITRAUX TIFFANY DE CHRISTINE CARRÉ

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Pour le profane, comment définir les luminaires de Christine Carré, autrement qu'en disant qu'ils sont beaux, que la lumière qui en émane est douce et reposante ? Mais comment expliquer sa technique ? Autant la laisser expliquer elle-même son cheminement : 

"Depuis une quinzaine d'années, je travaille le verre baroque. Je considère l'Art nouveau comme un mouvement riche en création (formes, couleurs, Art floral, jeux de lumières et d'ombres). Ma démarche s'inscrit donc dans la transparence suggestive et la résonance avec la lumière du jour. Le travail du verre (opalescent, iridescent) permet une richesse de création. 

Il existe deux méthodes de soudures : j'utilise la méthode Tiffany (soudure au ruban de cuivre et un alliage étain/plomb. Elle permet des soudures qui s'inscrivent dans le jeu du dessin, mais aussi l'utilisation de petits morceaux comme un puzzle. Ainsi, je peux aller jusqu'à des créations en volumes".

LA METHODE TIFFANY

Cette dénomination désigne une des nombreuses techniques du vitrail, mise au point par l'artiste américain LOUIS COMFORT TIFFANY (1848-1933) qui a exploré tout le domaine verrier. 

Les procédés de coupe et les instruments utilisés sont identiques à ceux du vitrail traditionnel (technique au plomb utilisée dans les églises), mais c'est la méthode d'assemblage qui diffère. 

Le vitrail des églises structuré était destiné à la prière, la méditation, la contemplation. Au fur et à mesure des siècles, le vitrail s'est libéré autant dans les techniques que dans les thèmes. 

Aujourd'hui, il n'y a aucune limite à l'imagination. Les motifs peuvent être figuratifs, contemporains abstraits, innovants. 

La technique Tiffany est certainement la méthode convenant à cette exploration d'émotion, de bien-être et d'ambiance affranchie de barrières. C.C. 

 

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MICHEL SMOLEC   

Rencontre amicale
Rencontre amicale

Continuant des œuvres dans lesquelles il explorait des arcanes où se retrouvait, énigmatique, semblable association / dissociation des corps et des visages, Michel Smolec a néanmoins quitté leurs yeux perturbateurs et commencé à se préoccuper des corps. Non pas des corps au sens académique du terme, mais des enchevêtrements de corps ; de cuisses enjambant des torses ; de positions droites ou tête bêche… Des méli-mélo de bras, de jambes, de têtes jaillissant en tous sens… Sans se préoccuper le moins du monde de cacher leurs nudités. Allant, pour être plus précis dans les détails, jusqu'à passer des pastels gras à la peinture.  

          Bien sûr, la connotation de ces postures gymniques a changé, s'est chargée d'érotisme. De là à penser au péché de… chair(s), ces chairs rebondies, potelées, roses ou mordorées… il n'y avait qu'un pas que l'artiste a franchi allègrement, faisant fi des tabous.

 

Jardin d'Eden
Jardin d'Eden

          Et puis, de citadins dansant à corps perdu de dancings en guinguettes, les personnages de Michel Smolec sont devenus campagnards. Oisifs. Libres. Emergeant du "Jardin d'Eden", ils se retrouvent explorant des parcs où, mine de rien, les sculptures ont des petits airs tellement familiers !!!  Les voilà jouant de la guitare sur une paisible rivière, bronzant dans une prairie au pied de quelque château… 

          Finalement, s'il est vrai qu'une peinture narrative accueille un temps, une histoire dans son espace, dans ses deux dimensions, alors, celle de Michel Smolec l'est résolument, où les scènes endiablées sont devenues immobiles ; où des tête-à-tête se prolongent, calmes, quasi-figés dans de belles ordonnances, presque réalistes ; où de gentilles amours se déroulent autour d'une fontaine, prolongeant l'érotisme récurrent des œuvres précédentes.… 

 

Bronzage entre amis et Repos dominical
Bronzage entre amis et Repos dominical

          Serait-ce alors, après tant de frénésie, une sorte de repos du guerrier ? Une seule certitude : cet artiste par surprise est devenu au fil des années, un véritable créateur “populaire”, développant une originalité qui fait fi de la perspective, des proportions, des règles traditionnelles de la peinture ; l'auteur de créations qui continuent d'entraîner le spectateur dans des implications variées, incroyablement humoristiques et jubilatoires.

Jeanine RIVAIS                                     

 

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BEATRICE KIEFFER

          "Le gris est une teinte intemporelle et indémodable qui s'adapte à tous les styles et tous les temps. Du plus clair au plus foncé, le gris s'invite partout pour apporter de la luminosité, du chic et du caractère". (Publicité)

          Il convient de souligner que cette couleur a été identifiée, tout au long de l'Antiquité et du Moyen-Âge, comme la couleur des pauvres, car c'était la couleur typique de la laine non teinte portée par les classes les moins aisées, ainsi que par les moines et les frères.

 

          Béatrice Kieffer a-t-elle pensé à ces origines, lorsqu'elle a peint en des gris perle, doux et veloutés, ses paysages aquatiques vides, où la mer toujours étale ne vit que par le friselis de ses vaguelettes ; tandis que le ciel sans nuages emplit la majeure partie de la toile ? 

          L'artiste s'attache à dévoiler la variété imaginative des effets naturels, la transparence et la profondeur, les formes plus sombres traduisant les sensations internes qui l'animent et débouchent sur un paysagisme presque abstrait conçu comme un lien entre la nature extérieure et son paysage intérieur. 

          Ainsi, le visiteur arrivant à une petite distance, reçoit-il Béatrice Kieffer comme une peintre du silence, par le ton de ses œuvres tout en nuances de gris qui confinent au murmure et qui incitent à un dialogue à voix basse.

     Jusqu'au moment où il s'aperçoit qu'en fait, il n'a pas été assez attentif, et que ces paysages qu'il pensait vides, sont habités. Qu'ici, nagent d'infimes personnages qu'il avait pris pour des taches nuançant les gris et qui, en fait, se détachent sur l'eau ; qu'un petit bonhomme assis regarde un oiseau blanc sur la branche d'un arbre immobile ; qu'une procession est partie à l'assaut d'un sentier zigzaguant en oblique sur la toile, etc.

          Mais une fois encore, parvenu tout près des tableaux, ce visiteur qui croyait avoir bien regardé, se rend compte de son erreur d'appréciation ! Car ces petites taches humaines ou animales qu'il avait perçues en un second temps, ne sont pas peintes ! Ce sont de tout petits êtres sculptés dans la glaise et collés en relief sur les surfaces grises ! 

          Admirant le mélange heureux des techniques déployées par Béatrice Kieffer, il reste subjugué par l'art avec lequel elle l'a bluffé ; et par la puissance de sa création, l'a progressivement amené à saisir la réalité de ses œuvres.

 

          A regret, il finit par s'en détourner pour contempler ses couchers de soleil flamboyants, tout en rouge, vert et or ! Et si, cette fois, son appréciation est juste, il constate la bizarrerie de chaque coucher de soleil conçu comme un orbe cerné de part et d'autre par des gris (tiens, là encore !!). Et dans cet orbe, où les couleurs tourbillonnent comme dans un cyclone, sont pris de petits personnages tout noirs, qui tiennent à bout de bras un ballon, ou un bouquet détaché du nuage, ou encore sont en train de danser devant ce tourbillon ! Cette fois, l'observateur a vraiment le sentiment que l'artiste a mis beaucoup d'humour dans ses tableaux, où ses petits individus impersonnels voudraient dominer les nuages !! 

 

         Quel âge a donc Béatrice Kieffer qui peut passer de façon si particulière, de ses plages calmes et grises à ses tourbillonnements colorés ? L’âge, sans doute, où le talent aidant, une artiste peut s’amuser sans complexes de l’étonnement et la perplexité suscités par ses œuvres, poétiques sans recherche d'effets, bouleversantes de sincérité, où sont étalées au grand jour ses intimités tellement lyriques, ses réactions intemporelles qui sont, chaque fois, de grands moments de retenue ou d’émotion jugulée.

Jeanine RIVAIS

 

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MARIA-GALA PERROUD

          Sur ses fonds de terre ou de tissu, Maria-Gala Perroud colle au gré de sa fantaisie, ombelles de carottes sauvages, baies d'arbres, coques de fruits, lichens aux textures filamenteuses… en des improvisations intimistes, des tête-à-tête avec les matériaux glanés au long de ses promenades. L'assemblage de tous ces éléments, ressemblant parfois à des fossiles, donne des compositions tantôt en remarquables harmonies, tantôt à l'équilibre rompu, générant des univers imprévisibles, témoignages de son intimité avec les plantes. M-G P.

 

 

          Marie-Gala Perroud est-elle vraiment "peintre" ? Ne vaudrait-il pas mieux affirmer, lorsqu'elle agglomère ses terres et ses tissus, créant une pâte qui deviendra un support fragile pour ses découvertes florales, que ses œuvres collées en trois dimensions font d'elle une récupératrice en osmose absolue avec la végétation qui l'entoure ? Une botaniste de l'harmonie dans l'art d'assembler ses glanes pour donner au visiteur ici le sentiment qu'il a sous les yeux un nid ; là un œuf perdu dans les lichens ; ailleurs un mur mangé par l'âge et les mousses, un terrain désertique où l'usure du temps aura oublié quelques fossiles, etc. ? Une compositrice, en somme, dont les éco-gestes génèrent beauté dans la diversité, surprise dans la richesse du procédé. 

Jeanine RIVAIS

 

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La retraite venue, DélA s'est lancée dans la peinture. Trois années plus tard, elle en est donc encore à l'exploration : les sujets traités en témoignent, qui vont de la girafe, la tortue, au linge étendu sur un fil et bousculé par le vent, l'arbre dont une seule branche reste verte ou encore les Beatles… Acrylique, encre, transferts, voilà des techniques et des procédés qu' utilise DeliA

 

Neuve encore dans son art, elle décrit le processus de transfert qu'elle utilise. Sans doute est-ce la raison pour laquelle ses sujets n'occupent qu'une infime partie de la toile, laissant une place importante aux fonds non signifiants ?  Artiste à suivre ! 

Jeanine RIVAIS

 

 

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AMICALE CHAPELON

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ATELIER MARIE LAURENCIN

ATELIER MARIE LAURENCIN DE MONTFAVET VAUCLUSE

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          Cette association venue de loin offrait au public une large gamme d'œuvres de ses "élèves", adultes ou adolescents, tantôt handicapés mentaux, tantôt demandant de l'aide contre leur mal-être, tantôt tout simplement désireux de venir créer, dans un cadre où la convivialité est garantie.

          Les sculptures offraient des preuves de l'imagination, du fantasmatique, voire du caractère obsessionnel de leurs créateurs, tout en restant le plus souvent proches du quotidien ; tandis que les peintures emmenaient le visiteur dans des mondes imaginaires, perdus dans le cosmos. 

Et la façon dont les protagonistes venaient tour à tour présenter leurs œuvres, traduisait leur fierté du travail bien fait. 

Une visite à la fois émouvante, humoristique, un encouragement pour cette association à continuer leur chemin. J.R. 

 

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MEDIATHEQUE DE LA RICAMARIE JULES VERNE

ALEX CLERINO

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ALEX CLERINO ET SA CEATION HUMANISTE

  Dans le dernier quart du XXe siècle, au temps où il était jeune, plein de fougue et d'énergie, Alex Clarino était déjà un créateur aux multiples talents, au service d'autrui : Ecrivain, d'abord, auteur d'ouvrages intitulés, 'Ecrire par plaisir", "Voyage chez les marchands de virgules", etc. Tous ouvrages qui avaient pour but d'aider les élèves à apprendre à lire ; aux maîtres à leur enseigner comment venir à bout de cet apprentissage. : "Faites écrire vos élèves", écrivait-il, "ils vous en sauront gré. Ils se passionneront à noircir du papier. Et vous constaterez combien, contrairement à ce qu'on entend trop souvent, ils ont des choses à dire et combien ils progressent vite dans l'art d'écrire."

Et puis, au fil des années, pour, en quelque sorte; assurer le repos du guerrier, il s'est lancé dans la gravure sur cuivre avec la pointe sèche et la manière noire. Rien de léger, là encore, les titres des quelque soixante œuvres réalisées, allant de "Famine au Soudan", "La ronde des prisonniers", "La mendicité selon Rembrandt", etc., prouvant déjà combien il se souciait des malheurs du monde. 

Des gravures
Des gravures

          Mais le maître mot de sa création, le modèle qui l'a motivé et expliqué peut-être toute sa carrière, c'est celui qu'il a prononcé après avoir vu "Le déporté" de Germaine Richier. Cette sculpture l'a tellement impressionné, qu'il s'est juré : "Un jour, je ferai, moi aussi" ! Mais croire qu'il se serait lancé dans une création sans âme serait lui faire grave injustice. Car le propre d'Alex Clérino est d'être une sorte d'acteur désireux de dénoncer toutes les violences, surtout celles de la guerre. 

          Mais pour ce faire, il avait besoin d'outils, les bons "outils" : En récupérateur aguerri, le voilà parti explorer les alentours du mont Thabor, rêvant de rapporter quelque trouvaille qui lui permettrait de réaliser ce qui lui trottait en tête. Or, à quoi sert alors ce champ ? A l'entraînement des soldats.  Et comment les choses se passent-elles ? Depuis des siècles, des troupes s'entraînent sur ce mont ; et même la bataille du Mont Thabor opposant les troupes de Napoléon et l'Empire Ottoman, date du 16 avril 1799. Toujours est-il qu'Alex Clérino commence à glaner des morceaux d'obus, "entre arbres à moutons et rhododendrons", écrit-il. Et, d'abord aidé de son épouse, puis d'amis qui l'ont accompagné, il se retrouve descendant à sa voiture de pleins sacs d'éclats d'obus, les uns rouillés, d'autres terreux ou au contraire indemnes ! 

          Alors, début des années 90, commence ce qui deviendra une véritable communion entre homme et métal : Alex Clérino décide que ces éclats aux formes tellement aléatoires, par toute la symbolique qu'ils renferment -matériaux de mort servant à parler des vivants-, seront la matière idéale pour exprimer ce qu'il souhaite dénoncer : L'homme dans ses souffrances ; la vie dans toute sa cruauté… Avec, pour principes, de respecter l'aspect dans lequel il a trouvé chaque morceau. De le grenailler, afin d'en détacher tous les éléments malencontreusement collés dessus. De le passer à la brosse électrique de sa meuleuse, afin d'en supprimer la rouille. Enfin, de le vernir. Le matériau ainsi protégé, Alex Clérino pouvait commencer son chemin vers la réalisation d'œuvres sorties de ses tripes et de son cœur, dénonçant les problèmes de notre monde. 

 

  Alex Clérino est désormais un vieux monsieur qui explique avec beaucoup d'émotion retenue le périple qui l'a amené là, face à ses œuvres, entre gravures et sculptures.

   Paradoxalement, les gravures sont plus narratives, plus descriptives que les sculptures, réalisées d'après des référents que l'artiste cite directement (Goya et ses "Désastres de la guerre", le "tres de mayo" ; Rembrandt et son bourgeois faisant l'aumône à des femmes entourées d'enfants ; Van Gogh et sa "Ronde des Prisonniers"…). Le visiteur s'apitoie, repense aux gravures créées par les référents ; se dit que décidément, autres temps, même misère, même cruauté, mêmes victim          Par contre, les sculptures sont plus directement évocatrices que les gravures, toutes filiformes, élancées, le matériau tourmenté (Germaine Richier semble être restée vivante dans la mémoire de l'artiste). Aux détails, ont fait place la force instinctive, la puissance suggestive : sont évidents la peur de l'homme qui tend devant lui ses bras en un geste de protection ; la joie de la femme qui tient son enfant à bout de bras en manière de jeu ; la dureté du chardon et ses pétales-épines ; la puissance du vent qui a courbé le vieil arbre ; le triomphe des musiciens dont l'un frappe sur son tambour ; le bonheur du couple dansant enlacé sur son socle ; l'arrogance du coq, peint en rouge pour la circonstance ! etc. Tant d'autres de la même veine s'accompagnant de petits encarts qui corroborent, soulignent l'œuvre correspondante !

L'Affiche. L'arrogance du coq. Alex Clérino expliquant ses oeuvres à Jeanine Rivais
L'Affiche. L'arrogance du coq. Alex Clérino expliquant ses oeuvres à Jeanine Rivais

 

          Aujourd"hui, pour Alex Clérino, l'heure de faire les comptes est venue. Avec la satisfaction d'avoir prouvé sa grande humanité ; réalisé son art comme un combat ; exprimé tour à tour les sentiments humains ; mené à bien en somme une œuvre-témoin qui entraîne le visiteur dans un voyage plein d'humanité, dans un grand élan pictural magnétisant son regard ; un fouissement obsessionnel si profond d'où il ne revient qu'à regret. Lui apparaît alors l'autre constante de l'œuvre de l'artiste : le perpétuel jeu de cache-cache de la vie et de la mort : tout cela vivant, grouillant au gré de créations du graveur et du sculpteur qui le mettent à égalité avec les référents évoqués plus haut dont il revendique farouchement la filiation.

Jeanine RIVAIS

 

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ARTO ENCADREMENT

SANDRINE VACHON-THIEBAULT 

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SANDRINE VACHON-THIEBAULT

 

VOIR TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LES PERSONNAGES DE SANDRINE VACHON-THIEBAULT" :  http://jeaninerivais.jimdo.com/ "LES INOUÏS CURIEUX CHAUMONT 2022 FESTIVALS. 

 

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ATELIER RENCART

CHRISTIANE REYNAUD

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LES SCULPTURES DE TERRE DE CHRISTIANE REYNAUD

 

          Les sculptures de Christiane Reynaud sont-elles humanoïdes ? Animalières ? Végétales ? Un peu tout à la fois ! Mais quelle que soit la catégorie de celle qu'elle a entre les mains, elle recrée les mêmes caractères que pour ses comparses ! Car toutes sont lourdes, massives, solides. Et pour parvenir à cette impression, il semble bien que l'artiste attende d'avoir une petite idée de départ, qu'elle réfléchisse longuement, et ne se mette au travail qu'une fois le questionnement résolu ? 

         Si la sculpture naissante est homomorphe, elle est alors conçue en une belle couleur ocre roux. Christiane Reynaud va lui sculpter une jolie tête, au visage un peu rêveur, légèrement souriant ou introverti ; un nez épaté ; des yeux clos ou sans éclat ; des oreilles légèrement décollées. Les cheveux sont relevés en un chignon désordonné ou sagement aplatis autour du visage. La poitrine est partiellement creuse, ou au contraire, bombée en une sorte de poisson horizontal. Elle s'appuie sur un cou, auquel est fixé un bras peut-être, mais dans ce cas, il est retourné pour que la main semble écouter ce que dit ce poisson dans l'autre oreille ! Sinon, la gestuelle est la même, mais il s'agira alors d'une sorte de queue de sirène dont une antenne en forme de… poisson revient vers la joue, et qui est terminée par un bouquet de fleurs volontairement demeurées à l'état d'ébauche. 

          Si elle est plutôt animalière, l'atmosphère sera alors paradoxalement à la violence, et ce pourra être un gros poisson (le thème du poisson est donc itératif chez l'artiste ?) ; aux yeux énormes, les lèvres bée à la recherche d'une goulée d'air. Son dos a sans doute été mordu par quelque prédateur, la plaie étant alors cernée de bleu et blanc. En tout cas, le ventre traîne par terre, cerné par des nageoires si écrasées, qu'elles ressemblent plutôt à des pattes.

          Lorsque Christiane Reynaud en vient aux végétaux, ce sont des fleurs. Les branches des vases sont des tiges ornées épisodiquement de pétales épais. L'embouchure est évasée en une première corolle dans laquelle serait nichée une fleur, des vernis rendant cette seconde corolle légèrement brillante, au milieu de la matité du contenant. Ces vases sont conçus en des bleus et des gris doux, les fleurs dans des rose orangé, le tout agréable et reposant pour l'œil du visiteur.

          Enfin, errent au milieu de ces sculptures de taille et de conception bien déterminées, des sortes de créations imprécises, très fignolées et ornementées : des personnages peut-être, dont les bras géantisés serviraient à en garantir l'équilibre ? Décoratives, au demeurant, carrément intemporelles, malgré leur connotation légèrement archaïque.

 

               Ainsi, d'œuvre en œuvre, Christiane Reynaud donne-t-elle le meilleur d'elle-même. Elle est donc l'auteure d'œuvres générant selon les points de vue forcément subjectifs, une grande composante unitaire de son travail de la terre ou une sorte d'errance au gré de sa fantaisie. 

Jeanine RIVAIS

 

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ANNE-MARIE GROUBERT

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 LES SCULPTURES "DEBOUT" D'ANNE-MARIE GROUBERT

 

          Chacun sait que styliser une œuvre, c'est la représenter en régularisant, simplifiant ses formes, en la réduisant à ses caractères les plus typiques ou en lui donnant une configuration schématique, conventionnelle, à des fins décoratives, esthétiques… C'est faire ressortir les lignes principales en estompant les détails. Donner à cette œuvre une expression concise, une portée universelle, en se limitant aux traits essentiels, en évitant la subjectivité, le lyrisme. Dégager en somme les valeurs primordiales.

 

          Les sculptures d'Anne-Marie Groubert sont toutes figuratives, la plupart humanoïdes, parfois animalières.  Seulement, aucune n'est réaliste ! Toutes sont stylisées ! En terre, qui rend encore plus étroite la concordance avec l'environnement, et vu le poli du matériau lissé en ocre violacé, elle crée avec elles un plaisir à suivre leurs replis chauds et luisants. 

       Elle confère à toutes ses œuvres, humaines ou animales, une attitude "debout" ; Elles se dressent alors, avec leur silhouette raide capitonnée dans les multiples replis de la matière, dans la représentation nette de la tête tantôt tournée sur l'épaule, l'air de narguer son vis-à-vis ; tantôt légèrement dodelinante ; tantôt encore le regard des yeux creux fixé droit devant lui, comme cherchant une ligne d'horizon… Les bras sont inexistants ou réduits à de roides moignons. 

          Et il semble bien que, depuis toujours, à en juger par ces yeux clos, ces nez protubérants, busqués ou camus, ces bouches grandes ouvertes, ces lèvres aux commissures tombantes, ces individus soient tous interrogateurs et qu'Anne-Marie Groubert fouisse les profondeurs de l’être humain, pour découvrir la réponse à leurs interrogations. Mais, pour éviter de tomber dans des raisonnements rigoureux, elle crée ces personnages imaginaires comme ceux dont la fantasmagorie a traversé les siècles : La plupart sont coupés à la base du corps à la manière des pions d'un jeu d'échecs. Les regarder revient donc à "rencontrer" des individus conçus au bout d’un interminable jeu de patience et dont les seuls points communs seraient la verticalité et la résonance homomorphe des individus qui les affectent.  

         Mais Anne-Marie Groubert sait aussi que son travail est étroitement lié au rapport de l'ombre et de la lumière ; que si la lumière était trop brutale, les nuances des plis de la "peau" violacée ne seraient pas très visibles ; qu'il lui faut donc adoucir la lumière pour que l'harmonie soit parfaite entre le plein et le vide. Il lui faut, en somme, sculpter l'ombre en même temps qu'elle joue de ses pleins, concrétiser l'harmonie entre les formes plissées et les espaces qui les entourent.

 

Ainsi, ce petit monde stylisé, d’apparence lourde et solide, génère-t-il une création vivante, tonique et généreuse, qui, au fil des années en est venue à situer Anne-Marie Joubert dans une démarche intemporelle et singulière, prévenant toute classification !

Jeanine RIVAIS

 

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M.A.I. MUSEE D"ART ET D'INDUSTRIE

 

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          Quatre artistes. Quatre séries d'images nouvelles. Quatre créateurs  ayant depuis longtemps conquis leur style, leur esprit, leur originalité. 

VOIR TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LES VIRTUOSITES ANCESTRALES ET ARTISANALES DE SUHAIL SHAIK' : http://jeaninerivais.jimdo.com/ SAINT-ETIENNE BIENNALE DES ARTISTES SINGULIERS ET INNOVANTS 2022. Rubrique FESTIVALS LIEUX ET EXPOSANTS

 

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AGNES FRANCESE

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AGNES FRANCESE ET LA TERRE 

 

VOIR ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : FESTIVALS http://jeaninerivais.jimdo.com/ BANNE 2014. TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "AGNES FRANCESE ET LA TERRE" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ SAINT-ETIENNE BIENNALE DES ARTISTES SINGULIERS ET INNOVANTS 2022. Rubrique FESTIVALS LIEUX ET EXPOSANTS

 

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VOIR TEXTE DE JEANINE RIVAIS "CREATRICE SANS LIMITES, SANS PREJUGES, SANS CONTRAINTES" : http://jeaninerivais.jimdo.com/FESTIVALS, VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020

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VOIR ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : FESTIVALS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ APACOP MARSAC 2012. Et : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "Sculptures textiles : "FESTIVALS : 6e BIENNALE DE SAINT-ETIENNE 2018

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GALERIE REVE D'AILLEURS

JANKA GOSHKA

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          D'origine polonaise, vivant en France depuis des décennies, Janka Goshka est désormais imprégnée de culture française, américaine, etc. Mais comme nombre d'"émigrés", quel que soit le temps de leur nouvelle vie, subsiste en elle un certain mal-être.  Aussi ses créations semblent-elles autant d'autoportraits témoignant qu'elle est perpétuellement à la recherche d'elle-même. D'ailleurs, le portrait semble bien le seul sujet qui préoccupe cette artiste. Subséquemment, une telle récurrence ne témoigne-t-elle pas qu'il s'agit pour elle, de se confronter à ses choix, ses sentiments, ses volontés, ses déterminations, ses interrogations… ? Cependant, il apparaît qu'elle a voulu prendre de la distance, parce que tous ses individus sont stylisés ; à aucun moment, ils ne sont réalistes. 

          Une évidence est là, en tout cas, c'est que, au gré de sa fantaisie ou d'une nécessité psychologique, ils sont masculins ou féminins, enfants ou adultes. Réalisés en peinture, ils emplissent le support, le fond non signifiant ne tenant qu'une place minime. Tout de même, la gent féminine y semble prépondérante ! Et ses femmes sont parfois en pied, petites danseuses souriant jusqu'au-delà de leurs oreilles : mères de famille guidant leur enfant devant elles, la tête sans cou directement rattachée au corps-robe ; campées roidement sur leurs jambes longilignes, privées de leurs bras, souvent, comme si leur génitrice détestait le rapport naturaliste à l’apparence humaine ; et n’hésitait pas, avec audace et allégresse, à casser la forme, pour le simple plaisir de créer le mouvement

           Mais le plus souvent, elles sont en buste, sans bras, juste une tête et un tronc. Et toujours, les visages sont de face ; les yeux qui, comme le déclare l'écrivain et artiste Gordon C. Aymar, "sont le lieu où l'on cherche l'information la plus complète, fiable et pertinente", sont grands-ouverts sur le monde, regardant le spectateur en off, qui se demande pourquoi aucune n'a jamais de sourcils qui pourraient exprimer l'émerveillement, la pitié, la peur, la douleur, la nostalgie… en infinies variations et combinaisons". Mais pour Janka Goshka, ces apanages sont inutiles, puisque ses personnages sourient presque toujours de leur bouche lourdement maquillée. Les chevelures sont tantôt de simples bâtons raides autour de la tête ; tantôt une ligne courbe continue cheveux aplatis sans fioritures ; ou encore, petites couettes partant des deux côtés, plantées juste au-dessus des oreilles ! Et ces femmes sont là, leur silhouette raboteuse, comme taillées à coups de serpe. 

          Quant aux hommes, ils sont hirsutes, en pied. Ils sortent leur chien, ils font du vélo… ! Eux aussi rient à gorge déployée, leurs grandes dents bien en évidence ! 

          Masculins ou féminines, le nez de ces personnages peut être carrément absent, ou varier du petit appendice mignonnement retroussé à une simple ligne évocatrice, voire une lourde barre partant du front. Le menton, lui, est toujours inexistant, le bas du visage conçu en arrondi d'une oreille à l'autre. 

 

          En somme, le monde peint de Janka Goshka fait la part belle à ses humains.  L'artiste peaufinant la matière avec laquelle sont composés les portraits ; appliquée à petites touches, en minces couches ; telle tache de couleur faisant vibrer les autres. De ces divers portraits, le visiteur pourrait conclure qu'elle "est" heureuse, optimiste. N'était que, parfois, la tache jaune de guingois, la bouche littéralement cousue et l'œil au beurre noir suggèrent que, ce jour-là, tout allait de travers, comme si, soudain, le quotidien était sombre. Mais n'est-ce pas là le propre de toute vie ?  

 

          Très différents sont les collages de Janka Goshka, véritable fourmillement où gravitent, autour de personnages ou animaux semblant placés là de façon aléatoire, têtes, visages en lévitation, figures géométriques, lettres de toutes tailles, petits signes sans définitions…, comme si elle n'était pas capable de remplir l'espace et qu'il fallait à l'artiste trouver des additifs fallacieux ! Un monde chaotique fait d'empilements, de chevauchements où les couleurs et les signes débordent.

 

          Enfin, pour corroborer peut-être, le fait que même en souriant, la vie n'est pas un long fleuve tranquille, des têtes de morts sont récurrentes, yeux en cœur, "Peace and love", fleurs et écritures. Ces éléments jetés les uns sur les autres, se bousculant, s'enchevêtrant, illustrations imagées et entrecroisements de noirs qui semblent concentrer la dominante, différente pour chaque tableau. 

 

 

 

        L'œuvre de Janka Goshka est fascinante du fait qu'elle se situe à l’écart de toutes les modes, intemporelle avec une légère connotation archaïque, les rares personnages vêtus arborant des habits/peau de nulle part, de nul temps. Par les conjonctions esthétiques de ces éléments évoqués, elle confirme qu’elle possède une grande maîtrise de l’infime détail, un grand savoir-faire, une puissance et une sobriété remarquables ; et que, au long de ce travail, quelques constantes jalonnent sa démarche : sérénité, caractère à la fois ludique, sérieux et raisonnable, esthétisme et originalité… Tout cela ne s’appelle-t-il pas créativité, poésie et talent ?

Jeanine RIVAIS

 

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ATELIER LA BOISEUSE

VERONIQUE RICHIER et RAPHAËL ODIN

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          Céramiste, Véronique Richier travaille le grès et crée ses propres émaux. Elle cuit ses œuvres, la plupart du temps en raku. 

Lorsqu'elle ne travaille pas la terre pour créer des séries de petites têtes oblongues, aux grands yeux blancs placés un peu n'importe où sur le visage, aux chevelures sophistiquées et ornementées qui sont des sortes de gris-gris gabonais, mais pourraient être des têtes de marionnettes, elle consacre son temps à reproduire les visages de personnages connus pour la plupart. L'artiste les dote alors d'une tête sur une amorce de buste ; la taille ne dépassant guère une quarantaine de centimètres. Les épaules sont couvertes de tissus rudimentaires. 

          Si, contrairement à la plupart, ces êtres de terre ne sont pas connus, le visiteur va s'interroger : Où a-t-il déjà vu ces quatre petites mèches tirebouchonnées dressées sur le crâne de ce personnage entièrement couvert de bleu mat sur lequel ressortent des colliers de corail ? Il découvrira bientôt que ce visage tellement vivant est celui d'une "Mère ivoirienne au collier rouge".  Il notera alors que, Véronique Richier ayant vécu en Afrique, beaucoup de portraits rappellent son séjour là-bas. Par ailleurs, il se sentira sans doute fasciné par l'éclat de cet autre, tout en rouge, qui tire une langue très irrévérencieuse ?...

          Mais il y a aussi les autres, ceux dont le visage retrace à la ride près le "vrai" visage, de façon si ressemblante avec leurs petits tics si bien précisés que ce visiteur va immédiatement mettre un nom sur ce portrait. Il va donc "saisir" Madiba, Nelson Mandela, avec sa barbe, son béret, et son sourire plein d'empathie, dans ce visage légèrement incliné. Il reconnaîtra encore le Dalaï Lama, et ses deux mains jointes comme en méditation ; le beau visage ouvert de Frida Kahlo…  Etc.

D'autant que s'il hésite, il verra que cette œuvre de connaissance ou de re/connaissance de Véronique Richier a été soutenue par un beau livre intitulé "Visages du Monde", qui permet à chacun de faire son propre périple en images ! J.R.

 

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RAPHAËL ODIN

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          Il est étrange de voir en un même lieu deux œuvres de deux artistes exposées sous deux aspects différents. Tel est pourtant le cas des sculptures de Véronique Richier et des photographies de Raphaël Odin. 

          Le photographe est profondément affecté par les beautés de la région dans laquelle il vit. Amoureux du beau, de l’insolite, du typique, il l’est avant tout de la lumière : il aime les éclairages créant un contraste entre la dureté d'un vieux mur lépreux et le flou des petites heures matinales où se détachent sur fond de brume, un troupeau de vaches… Il sait rendre le temps des couchers de soleil, les espaces champêtres, fleurs, fruits et autres merveilles saisonnières de la nature…

          Mais il est aussi le témoin répétitif des sculptures de Véronique Ruchier. Autre ambiance, assurément, qui met l'un et l'autre en éveil ! Confronté aux sculptures tellement précises, il sait rendre palpable l'empreinte du temps, la beauté d'une ride, faire surgir toute la poésie d'un petit rien. Il devient en somme le photographe de la vie qui met derrière son objectif toujours vigilant, son coeur et sa nostalgie pour rendre compte, et son talent pour témoigner de façon tellement personnelle.

         A eux deux, Ils savent, comme l'affirment de grands photographes, "apprendre à voir en noir et blanc et composer avec l'alternance de l'ombre et de la lumière". Et puis, comme le déclarent des passionnés, ils restituent un plaisir sensuel à passer des céramiques au photographies, et vice-versa ; recréer des émotions que devra sentir le visiteur.

Jeanine RIVAIS

 

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De façon surprenante, Anne Henry se définit non comme une "photographe", mais comme une "photographiste". 

Pourtant, elle est bien photographe, hantant les décharges sauvages, les sous-bois, les coins de villes lépreux, les usines désaffectées. Tous lieux qu'elle aime immortaliser.

Mais son travail ne s'arrête pas à l'examen des clichés qu'elle a obtenus lors de ses pérégrinations. Voilà la graphiste qui intervient dessus, au feutre, à l'aquarelle, etc. Surligne ici, ajoute une lune bien ronde et jaune derrière un enchevêtrement de branchettes ou à l'arrière d'un immeuble, place un couvercle rouge au milieu d'un tas de clous, laisse pendre une sorte de chiffon rouge déchiqueté au-dessus d'une grue oubliée dans la neige ; réalise en somme un travail de graphiste !

          Quelle pourrait être la raison de cette intervention de la graphiste sur les réalisations de la photographe ? Pour le visiteur surpris, il ne peut s'agir que du désir de l'artiste de mettre à l'épreuve son imagination, extraire de ces lieux sans éclat une histoire poétique qu'elle mène depuis des années. Qui l'entraîne vers un monde autre, grâce à ces deux disciplines intimement liées dans son esprit. Dont elle a personnalisé les codes, car derrière la particularité de chaque trait de pinceau ou de feutre, à travers l’alternance d’ombres et de lumières, de détails naturels et d'ajouts, transparaît le souffle de la vie.

Jeanine RIVAIS 

 

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MINE D'ARTS

PASCALE ROUX

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          Pendant des années, Pascale Roux a révélé son talent de dessinatrice, proposant des œuvres foisonnantes, de végétaux très imaginaires, puisqu'ils étaient en même temps des personnages. Car, déjà, l'humain, aussi rêvé, fantasmé fût-il, était le point central de la composition. Et, dans cet écheveau irréaliste, énigmatique, trouver le début et la fin était toujours problématique ! Mais sans doute s'y reconnaissait-elle, l'un de ses dessins étant intitulé "C'est la vie !".

 

Et puis, un jour, elle est passée en trois dimensions, sa nature curieuse l'amenant à explorer argile, bronze, acier, etc. Là encore, il apparaît que, dans le plaisir conquis de manipuler l'argile, la déchirer, la recomposer, elle réalisait de complexes alchimies comme si elle avait le sentiment que ses enfants, -puisque, apparemment, ses créations étaient presque toutes des enfants dont elle ne figurait que la tête et le buste-  étaient bien campés sur leurs certitudes, tantôt avec la moue boudeuse, tantôt l'air méfiant, tantôt les yeux coquins au-dessus d'un petit nez retroussé… Sculptant l'émotion en somme, par la performance technique et imaginative que représente une telle création ! A tel point qu'elle déclarait : "Je sculpte et le temps s'intensifie. Je plonge dans la matière comme en moi. Un instant de grâce à l'écoute du silence. Un silence qui fait naître, qui parle à partir du matériau, que ce soit l'argile ou la cire"… Elle invitait de ce fait le visiteur à quitter une réalité quotidienne banale, pour le faire voyager dans un univers de rêve, de fantaisie et de poésie.

 

          Mais le propre des authentiques créateurs n'est-il pas de voyager en eux-mêmes, changer, évoluer dans leur création. ? Voilà Pascale Roux travaillant des broderies. Non pas des œuvres qu'elle a brodées elle-même -bien qu'apparemment, elle se soit lancée dans cet art-, mais des napperons, nappes, tissus anciens… qu'elle récupère dans de vieux greniers, dans des vide-maisons, etc. Récupératrice, donc, elle a voulu donner à ces éléments surannés une seconde vie. Pour investir ces surfaces brodées, elle a choisi des encres, noires ou colorées, et tel petit rond de tissu au milieu d'un cercle de dentelle, devient une lune aux grands yeux noirs, aux pommettes rougies ; telle autre face lunaire tracée dans un hexagone textile arbore une chevelure méchée, tandis qu'un petit corsage polychrome protège sa poitrine. Le pinceau a donc remplacé l'aiguille, le napperon s'est fait tableau, un monde nouveau a été peu à peu généré, né des rêveries de l'artiste. 

      Parfois, Pascale Roux redevient dessinatrice, les encres se font jungle sur le carton. Tandis qu'est esquissée une femme, portant loup et soutien-gorge fleuris ; qu'une rose magnifique, apparemment innocente, abrite de part et d'autre d'un pistil très sexé, un couple de minuscules enfants.  Ailleurs un visage disparaît presque derrière un mélange floral. Ailleurs encore, sur un petit personnage/oiseau oblique, autour duquel sinue une sorte de serpent et que surplombe un mascaron, elle a rebrodé des motifs au fil et au pinceau, créant une œuvre qui atteste de tous ses talents.

 

          Ainsi, contrairement à la sculpture, qui exigeait de la détermination, Pascale Roux, optant pour des broderies, a dû, par la lenteur incontournable de ses nouvelles réalisations, vouer plus de raisonnement mémoriel que de nouveauté, plus de pensée que de dépense physique. Mais à considérer son "histoire" personnelle de l'art, il est évident qu'elle ne planifie pas mais se laisse agir de façon pulsionnelle, et que le résultat est empreint de fantaisie poétique, de naïveté, de trouvailles qui chantent et fascinent. Qu'une énorme sensibilisation aux couleurs douces la caractérise puisqu'elles sont omniprésentes dans ses œuvres et qu'utilisant toutes les richesses dénichées, elle a fait de ses choix une sorte de rituel qui enchante ses visiteurs.

Jeanine RIVAIS

 

VOIR AUSSI : ROUX PASCALE : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/FESTIVALS : BANNE 2014

 

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DAME D4 CAFÉ HALLES MAZERAT

JOHANNE JOE

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VOIR TEXTE  DE JEANINE RIVAIS : "L'IMAGINAIRE A L'INFINI DE JOHANNE JOE" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ SAINT-ETIENNE BIENNALE DES ARTISTES SINGULIERS ET INNOVANTS 2022. Rubrique FESTIVALS LIEUX ET EXPOSANTS

 

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JOSÉ BERGAMIN

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VOIR TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LA VIE EN COULEURS DE JOSE BERGAMIN" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ SAINT-ETIENNE 8E BIENNALE DES ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS 2022. Rubrique FESTIVALS.

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MEDIATHEQUE DE TERRENOIRE

PRÉSENTATION DES TRAVAUX DES JEUNES PENSIONNAIRES DE L'I.M.E. SOUBEYRAN

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QUELQUES DÉFINITIONS

Qu'est-ce que l'IME Soubeyran ? 

          Le Pôle autisme Seine-Saint-Denis a été créé 2016.  Il propose des solutions d’accompagnement pour plus de 150 enfants et jeunes avec autisme, de la petite enfance au seuil de l’âge adulte, afin qu’ils déploient toutes leurs potentialités et participent pleinement à la vie de la société.

          Ce Pôle est animé par la recherche de réponses adaptées et personnalisées pour les enfants et leurs familles car leurs besoins sont très hétérogènes. Le trouble du spectre de l’autisme a en effet des impacts variés dans différents domaines (communication, interactions, cognition, autonomie, apprentissages scolaires, santé, sensorialité, motricité, participation sociale). Les équipes du pôle s’adaptent à ces spécificités, en s’appuyant sur les regards croisés d’une équipe pluridisciplinaire et en coordination étroite avec l’entourage de l’enfant. (Wikipédia)

          Marguerite Soubeyran, née le 29 avril 1894 à Dieulefit dans la Drôme et morte dans la même ville le 16 novembre 1980, était une pédagogue, cofondatrice de l’École de Beauvallon à Dieulefit. En 1969, elle fut reconnue Juste parmi les nations pour avoir protégé des enfants juifs lors de la Seconde Guerre mondiale.

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          Les jeunes rencontrés à l'IME sont préparés à entrer dans la vie. Agés de 15 à 19 ans, ils sont issus d'une classe de 3ème Ulis (Unité localisée pour l'inclusion scolaire) et de l'IME (institut médicoéducatif). Leur rapport aux autres a changé depuis que ce projet a été mis en place en début d'année scolaire, dans le cadre du réseau "Entreprendre pour apprendre". "Promène ton tel" est le nom d'une initiative qui permet à 12 filles et garçons du collège Charles-de-Gaulle et de l'IME Soubeyran de s'épanouir depuis le début de l'année. Ils se retrouvent chaque vendredi pour confectionner des pochettes pour téléphone portable.

          A l'origine, la Compagnie Singulier Pluriel est fondée en 2004 par la chorégraphe Jos Pujol Elle développe une forme dansée et poétique inspirée par la danse contemporaine, le théâtre gestuel et la langue des signes qu’elle nomme Signadanse. Cette aventure humaine et artistique réunit dans leur singularité et dans leurs pluralités des artistes Sourds et des artistes Entendants issus de diverses formations, tous en lien avec le mouvement. Singulier Pluriel est une façon d’être et d’êtres au monde de la Culture. Depuis, plusieurs associations des arts plastiques marginaux ont adapté cette définition à leur démarche. 

 

          Mardi 19 mars 2024, les jeunes de l’Institut médicoéducatif (IME) de Soubeyran ont réalisé le vernissage de leur exposition “Singulier pluriel” à la médiathèque de Terrenoire de Saint-Étienne. Sélectionnés pour participer à la 9e édition de la Biennale des Arts singuliers et innovants, ils ont travaillé pendant plusieurs mois à la réalisation de peintures, sculptures… qu'ils avaient installés dans une salle contiguë à la bibliothèque. 

    A propos de la collaboration, de la Biennale des Arts singuliers et innovants, à différents lieux éducatifs ou médicoéducatifs, quelle que soit leur personnalité, Louis Molle président de la Biennale, écrivait en 2022 : "Dans l'univers particulièrement vaste de l'"Art" et principalement dans celui de l'"Art singulier", il est des acteurs qui ne se contentent pas de s'exprimer au moyen des acquis techniques en usage, mais partent vers d'autres horizons à la recherche de nouvelles aventures. Cette démarche fait sens et nous intéresse. 

     Du Musée à l'Hôpital en passant par d'autres lieux atypiques, nous avons fait le choix de promouvoir l'"Art brut", l'"Art singulier" et toutes formes d'"Art innovant" particulièrement communicatives. Nous revendiquons notre utilité sous la forme de catalyseur de lien social dont l'Art est un moteur reconnu.

          Nous travaillons au plus près de l'humain avec des artistes connus, mais tendons la main à nombre d'entre eux non médiatisés, à la découverte de pépites méconnues y compris dans l'univers de créateurs ayant des difficultés relationnelles. Sérieuse, sombre parfois, le plus souvent drôle et impertinente, cette manifestation est portée par un esprit d'échange et de partage. Gardienne de nos différences, elle se doit de parler à tous et de n'exclure personne". Ces lieux sont habitués à travailler ensemble et à se compléter. 

 

          L'IME de Terrenoire proposait lors de son vernissage, un fort sympathique buffet au cours duquel une exposition présentait d'une part un ensemble de sculptures animalières -œuvres collectives peut-être- réalisées avec beaucoup de talent en papier mâché ; et des peintures, collages muraux… L'imaginaire de certains et la perfection de la réalisation auraient pu laisser rêveurs bien des créateurs situés dans l'officialité ! Beaucoup d'émotion était patente, à regarder l'une après l'autre ces créations fort imaginatives, où se côtoyaient les plus strictes géométries et les vagabondages fantasmatiques d'une touffeur surprenante ne laissant découvert aucun espace ! Et quelle richesse de nuances ! A croire que tous ces jeunes peintres sont des coloristes nés !  Certes, rares étaient les œuvres qui auraient pu représenter une scène humaine, ou même un paysage, ces jeunes souvent lourdement handicapés ne sont peut-être pas libres mentalement pour les -pour se- représenter ?  Néanmoins, comme il vient d'être dit, ces compositions formelles étaient d'une richesse, d'un imaginaire remarquable. 

          Dès son arrivée dans l'IME, le visiteur était impressionné par le niveau de responsabilisation de ces jeunes, chargés par leurs éducateurs d'expliquer les tenants et les aboutissants des œuvres placées sur ces cimaises. Sachant se reprendre en cas d'erreur, décrivant avec sentiment les problèmes rencontrés pour réaliser ces œuvres. En même temps, conviviaux avec leur public. 

          Il faut donc féliciter et remercier les responsables et acteurs de ces progrès sociétaux qui permettent à des enfants que naguère la société aurait repoussés ou enfermés, puissent recevoir une formation, une aide chaleureuse qui leur ouvre les portes de la vie. 

Jeanine RIVAIS

 

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LIBRAIRIE SUARTIER LATIN

ANNE LORDEY

VOIR TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ FESTIVALS : 6e BIENNALE DE SAINT-ETIENNE 2018. Et 'LES POPULATIONS D'IMAGES D'ANNE LORDEY, PEINTRE DES RUES" Rubrique ART SINGULIER 

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LE PETIT HELDER

PERRINDOR

          Comme la nature, il semble bien que Perrindor ait horreur du vide ! Créateur sans limites, sans contraintes, ses œuvres ont une géographie commune : un espace sans définition sociale, sans géométrie ni perspective. Simplement, un "territoire" couvert de taches de peinture car ce qui frappe de prime abord dans ses œuvres, c’est une grande explosion de couleurs, de complémentarités et d'oppositions qui s’enchevêtrent ; de bleus crus ou foncés, de beiges allant du jaune pâle à l'ocre brun, de verts rares… le tout s’organisant au moyen d'infimes surlignements noirs, cernant tout personnage, aussi petit soit-il. 

          Et, que décrit Perrindor, lorsqu'il peint avec une surabondance surprenante une multitude de "foules" d'individus, humains ou animaux, tassés les uns contre les autres, debout, bizarrement ne s'entre-regardant jamais, mais fixant le spectateur ? Tellement serrés que celui-ci se demande s'ils sont interdits de la moindre présence individuelle ? En tout cas, comment, avec des traits de visages aussi rudimentaires ou absents, une telle profusion des personnages, une telle incomplétude puisqu'ils sont dépourvus de membres ou que leurs membres sont entortillés les uns dans les autres… l'artiste peut-il faire surgir une telle existence collective de sentiments ?  Et, quelles que soient les réponses, avant même d’avoir perçu l’"histoire" portée par ces réalisations, quel régal pour les yeux du visiteur, que ces jeux de couleurs sans hiatus et ces formes aux volutes compliquées !

          D'ailleurs, à quel monde appartiennent-ils ? De toute évidence, il faudrait écrire à quels mondes ! Avec un peu d'humour, le visiteur pourrait se croire parfois dans un poulailler, les rares humains hurlant au milieu de poules, dindons, oiseaux qui sont là à caqueter, glouglouter, piailler, se jetant les uns sur les autres, renversant leur mangeoire, riboulant leurs grands yeux qui ne sont qu'un point noir au milieu du blanc, écrasant des coquilles d'où sortent des poussins qui eux aussi, s'égosillent à qui mieux mieux ! …   

      D'autres fois, ce visiteur éberlué se retrouverait au zoo, quelques humains, rares là encore, situés à l'arrière-plan, essayant de le voir par-dessus les girafes, les tortues, les najas, et autres animaux indéfinissables ! Et soudain, le voilà ailleurs, propulsé au milieu des échappés de bandes dessinées, leurs visages de guingois, leurs longs nez de travers, les plumes de leurs coiffes brinquebalantes, leurs chevelures ectoplasmiques, leurs pulls à rayures, etc.

          Enfin, il se retrouverait très paradoxalement devant une foule immobile, conçue tout à fait différemment, véritable houle humaine. De leurs milliers de visages vides n'émergent que quelques têtes aux yeux exorbités, la bouche rouge tordue. Cette agglutination tournée vers lui, attend au soleil… qu'il leur tienne un discours, peut-être ? Finalement, que font ces entassements dans l'esprit de leur auteur ? Sont-ils à la "manif" ? Silencieuse donc, ou hors d'elle ! Sont-ils en révolte ? Sont-ils en résilience ? Mais contre qui ? Contre quoi ? Toutes ces questions sont sans réponse, sauf à imaginer que l'artiste a voulu témoigner de l'air du temps, tellement désespéré ? Mais ce sentiment est purement subjectif ! 

          Inutile, donc, de chercher dans ces compositions de Perrindor, morphologies raffinées, narrations ou descriptions complaisantes. Seules sont évidentes les silhouettes à l’impact étonnant de cette œuvre éminemment personnelle. Tandis que, pour le visiteur déjà évoqué, qui, au cours de cette circumnavigation et au gré de sa subjectivité, a simultanément aimé/refusé, questionné/suggéré ce qu'il voyait, ou aurait aimé voir… le point d’interrogation reste majuscule. Mais n’est-ce pas l’apanage de toutes les œuvres puissantes, qu’elles ne se laissent jamais tout à fait pénétrer ?

 

          Finalement, cette absence de définitions ne semble rien d'autre, pour Perrindor, qu'une quête de liberté, apportée par chaque nouveau tableau. Le plaisir, l'envie d’exprimer l’espace, la lumière, la résonance et, par opposition, d’aborder le volume, au moyen du trop-plein. Pour cet artiste, qu'importe apparemment la démarche, puisqu'il parle toujours de lui, de l’être humain, de l'animalité en l'homme, de la sociabilité, des regards qui parlent de beaucoup de choses ; ou de l'absence de regards qui l'emmène vers d'autres orientations… 

          En tout cas, ces différentes possibilités humano-animalières sont bien là le sommet de son art : savoir, l’air de rien, uniquement avec un trait (volontairement) perturbé, rendre évidente dans leur immobilité de façade, ou leurs invraisemblables brouhahas, l’existence de ses personnages.  La seule certitude étant qu'incapable de se préoccuper du moindre "effet" spectaculaire ou factice, il peint, tout simplement ! Ainsi est-il l’auteur prolifique d’un travail obsessionnel, dont la répétitivité et l’immutabilité, la charge psychologique, sont d’emblée perceptibles ! Au moins, cette œuvre, conçue avec une si grande spontanéité, le libère-t-elle d'un mal-être qui semble exsuder de la récurrence de ces visages multiples, ces anonymats qui, pour lui, n'en sont peut-être pas ? Lui seul connaît la réponse ! Du moins la cherche-t-il !

Jeanine RIVAIS

 

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MÉDIATHEQUE LOUIS ARAGON FIRMINY

QUELQUES PRECISIONS 

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Le Lycée professionnel Adrien Testud est un lycée professionnel public situé à Le Chambon-Feugerolles et faisant partie de l'académie de Lyon. C'est un "lycée des Métiers de la Mode" qui propose des formations professionnelles préparant aux carrières du "vêtement", du "commerce" et du "pressing". Il constitue un pôle d’excellence. En effet, en proposant des formations du CAP au BAC pro, il sait accueillir tous les publics, élèves et adultes, en formation initiale ou continue, et individualiser les parcours. 

ANTHONY PASSERON, écrivain, proposait aux terminales de ce lycée son premier roman intitulé 'Les enfants endormis". Quarante ans après la mort de son oncle Désiré, Anthony Passeron décide d’interroger le passé familial. Évoquant l’ascension sociale de ses grands-parents devenus bouchers pendant les Trente Glorieuses, puis le fossé qui grandit entre eux et la génération de leurs enfants, il croise deux récits : celui de l’apparition du sida dans une famille de l’arrière-pays niçois – la sienne – et celui de la lutte contre la maladie dans les hôpitaux français et américains. Dans ce roman de filiation, mêlant enquête sociologique et histoire intime, il évoque la solitude des familles à une époque où la méconnaissance du virus était totale, le déni écrasant, et la condition du malade celle d’un paria.

ADRIEN TESTUD : Né le 18 juillet 1893 à Firminy (Loire), mort le 8 novembre 1978 au Chambon-Feugerolles (Loire) ; instituteur dans la Loire ; militant syndicaliste.

Pendant la guerre, Adrien Testud commença une action pour la formation professionnelle et en 1942, l’école qu’il dirigeait devint “cours complémentaire cantonal d’orientation professionnelle et de préapprentissage“ en 1942. L’établissement devint en 1946 centre d’apprentissage, puis collège d’enseignement technique en 1954. Dans les années 2000, il se transforma en lycée professionnel préparant aux métiers de la mode au Chambon-Feugerolles portant le nom d’Adrien Testud. Retraité en 1950, Adrien Testud composa un manuscrit autobiographique sous le titre Dans le troupeau, sur le chemin des hommes, qu’il déposa à la Bibliothèque municipale du Chambon-Feugerolles.

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          A partir du travail effectué sur le livre d'Anthony Passeron, les élèves avaient réalisé des cœurs, les surtitrant ou sous-titrant avec le titre de l'ouvrage qu'ils avaient lu et dont ils avaient parlé avec l'auteur : "les enfants endormis". L'un proposait une joyeuse ronde d'enfants bien… éveillés ; un autre avait placé trois enfants sur son cœur percé de minuscules carrés ; un autre avait collé un cœur de cœurs entourés de fleurs sur un étalage de textes imprimés ; un autre avait couvert le sien de jolis nœuds rose sur fond rouge ; un autre encore avait partagé le sien en deux, une partie couverte d'une tresse, l'autre de  brimborions sans doute chers à... son coeur ; etc. Impossible de les citer tous, tant ils avaient mis de cœur dans ces cœurs ! 

 

          D'autres, -ou peut-être les mêmes- avaient travaillé sous la houlette de Françoise Benoît, créant avec elle un album de famille et une affiche ; à partir des images de Mayana Itoïz, illustratrice jeunesse. Là encore, les réalisations des élèves étaient placées -souvent de guingois, mais qu'importait ?- sur des grilles. Chaque élève y racontait des épisodes de sa vie, parlait de sa tante, de sa grand-mère, d'un événement qui l'avait marqué, etc. Mais la narration ne tenait que la moitié droite de la page, la partie gauche étant une illustration très personnelle de l'écrit. Certaines plages étaient d'une écriture serrée, d'autres avaient pris leurs aises, certains, soucieux d'écrire droit, avaient tracé au crayon à papier, des traits horizontaux. 

          Et puis, deux exemples plus grands, choisis au hasard, pour que le visiteur puisse lire quelques lignes. 

 

          A la fin de la matinée, Louis Molle, Président de la 9e Biennale des Arts singuliers et innovants, à laquelle était rattaché ce lycée, était venu saluer les lycéens et leurs professeurs et exhorter les élèves à continuer dans la voie du travail et du respect. 

 

  Et, à vrai dire, vu les échos  concernant les élèves contemporains, il semble bien que, pour les avoir suivis toute la matinée, ces grands enfants aient été remarquablement polis, appliqués, intéressés et attentifs. 

Jeanine RIVAIS

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ICI BIENTÔT

JEAN-PIERRE GALLEY

Exposées dans une vitrine dans laquelle il était interdit d'entrer, et sur laquelle le soleil jetait de multiples reflets, les cinq sculptures sur bois de Jean-Pierre Galley étaient difficiles à regarder. J.R.

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LES MOYENS DU BORD

DOMINIQUE CASSARIN-GRAND

          Les œuvres de Dominique Cassarin-Grand, exposées dans une vitrine, qui reflétait aussi bien les passants que les gens à l'intérieur du lieu, perdaient beaucoup de leur lisibilité et de leur originalité, et c'est dommage, car elle exposait à la fois des peintures et des sculptures.

Dominique Casserin-Grand appartient à l'Art-Récup', et ses sculptures sont un agglomérat de végétaux (branches, graines, écorces…) qu'elle mêle à de la terre, du plâtre, du papier… bref, tout ce qui l'intrigue au cours de ses glanes ou lui tombe sous la main. De ce mélange, elle tire des œuvres qui ont des airs d'animaux sous-marins, gris avec de grands yeux bleus cernés de blanc et des membres si courts qu'ils pourraient être atrophiés ; ou bien, elles sont carrément boules aux multiples tentacules terminées par de courtes antennes dorées. Parfois, de forme triangulaire, elles deviennent de possibles ursidés, un des angles figurant la tête aux deux petits yeux et au nez minuscule. D'autres fois encore, émergeant de banals pots noirs, l'œuvre prend des allures de toile d'araignée posée sur un socle terminé par une fleur, le tout doré et de facture précieuse. 

          Des œuvres, donc qui, apparemment toutes différentes d'aspect, sont reliées par une animalité exotique qui ne prépare pas le visiteur à "rencontrer" une main très humaine, tendant l'index vers un visage longiligne aux traits à peine dessinés, au-dessus duquel rampent de minuscules humains tournés vers lui, l'ensemble d'un blanc sans aucune nuance. 

 

    Quant aux encres qui accompagnaient les sculptures, elles en étaient bien différentes, fines, linéarisées, maîtrisées dans l'aléatoire : de vieux arbres roides crevassés, mangés de mousse ; si drus qu'aucun espace n'intervenait entre eux. A l'opposé de roides rameaux qui semblaient spontanés, un travail sans doute lent et très concentré générait le désordre d'une jungle C'est qu'apparemment, Dominique Cassarin-Grand use de la plume ou du pinceau, rendant l’aspect érodé, l’ouaté des tiges ; jouant des contrastes entre la dureté, la raideur des uns, la douceur, la flexibilité des autres. Elle passe et repasse les fonds qui, peu à peu, "deviennent" un tronc, les dégoulinures ocrées de quelque fleur si étrange qu'elle fait plutôt penser à une bestiole agrippée à une tige ; et projette de l'encre dont les taches rompent les rythmes verticaux !

          Tout au long de cette "gestation", le visiteur "sent" la rotation du poignet qui se fait souple ou raide, léger ou appuyé, qui écrase la plume ou effleure le support, s’accroche sur les trames ou le granité du papier… Ainsi, l’artiste tresse-t-elle ses entrelacs de branches, ses enchevêtrements. Il s'agit réellement de végétaux, mais bizarres, inattendus, enroulés en fines circonvolutions, fragments de rubans ondulants ; si drus et vibratiles que, lorsqu'ils sont absents sur un petit espace, pour créer sans doute une respiration spatiale, l'œil impressionné ne parvient pas à "voir" le vide, il garde imprimée la rémanence de ces voltes, ces arcs, ondulations et friselis de "formes".

 

          Inutile de chercher le "typique", le "réaliste" dans cette quête de nature "racontée" par Dominique Cassarin-Grand. Seules l’intéressent, l’émotion de la "découverte" d’un animal invraisemblable ou le petit coin végétal dont la plupart des gens ne soupçonneraient même pas la présence ; le pincement au cœur, l’intimité de la rencontre avec ce genre ou ce lieu de vie… tout ce qui, finalement, suggère son talent, son esprit alerte… et au détour du chemin, la rêverie inhérente à l'étrangeté ! 

Jeanine RIVAIS

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MEDIATHÈQUE TARENTAIZE

KARYLIN