RIVES : BIENNALE 2010 DE L'ART PARTAGE : ART BRUT. 

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Jean-Louis Faravel organisait à Rives (Isère), à l'automne 2010, la IIIe Biennale de l'Art partagé. Une partie de l'exposition était illustrée par une quinzaine d'artistes que l'on appelle LES ARTISTES SINGULIERS* : Ce terme qui est censé avoir "remplacé" l'Art brut imaginé par Dubuffet, est désormais couramment employé pour désigner des artistes qui, pas forcément autodidactes, souhaitent le plus souvent rester en marge des circuits officiels.

Mais "Art partagé", voilà un terme nouveau qui s'ajoute à la longue liste des dénominations qualifiant les créations marginales. Qu'entendait Jean-Louis Faravel, lorsqu'il créa ce label en 2006 ? La préface du catalogue réalisé lors de la première Biennale en donnait une idée :

L'ART PARTAGÉ, POURQUOI ? (extrait).

Lors de déplacements en Allemagne, j'ai visité, à la Maison du gouvernement de Munich, une importante exposition d'oeuvres réalisées par des handicapés qui travaillent dans différents centres comme les CAT en France.

J'ai rencontré l'équipe d'encadrement arts plastiques d'un établissement près de Munich, où une douzaine d'artistes handicapés créent quotidiennement. Lors d'une première visite j'ai constaté une bonne ambiance, une chaleur humaine et une dynamique dans l'ensemble de l'atelier. L'aide apportée à ces personnes est énorme et leur permet de progresser en développant et respectant leur identité.

Récemment, j'ai découvert en Belgique dans une immense ferme agricole, un centre identique. Un atelier de peinture et sculpture existe également où une vingtaine de handicapés s'expriment chaque jour. Au vu de ces structures, je me suis intéressé à ce qui se faisait en France. Contrairement à l'Allemagne ou à la Belgique, j'ai constaté qu'il en existait très peu de comparables, et aucun en Isère. Après différents contacts et entretiens, j'ai pris la décision de créer une association afin d'aider les artistes et les artistes handicapés, à présenter leurs créations. Oeil'art, une autre vision de l'art, est née.

Première étape importante, l'organisation des rencontres de l'Art partagé. Avec une recherche de mise en valeur, nous allons présenter des œuvres d'artistes et ainsi permettre à tous de se côtoyer, handicapés ou non, en faisant découvrir un monde très créatif et imaginatif...

Jean-Louis FARAVEL

Président Oeil'art

 

"Art brut" : ce terme désignant au début, des œuvres asilaires et carcérales, aurait dû rester bien tranquillement entre les cimaises de Lausanne, mais il n'a cessé de courir tous azimuts, au point d'être, aujourd'hui, trop souvent galvaudé. C'est pourquoi il est réconfortant de se trouver dans une exposition, entouré de si nombreuses et si authentiques œuvres, et bien que sachant leurs auteurs libres, si proches de celles que créaient naguère les pauvres êtres enfermés derrière des murs indignes.

Sachant que certains de ces créateurs se trouvent en milieu protégé, s'agit-il d'Art-thérapie ? S'agit-il, comme naguère, de personnes créant spontanément pour soulager leur mal-être ? Quelle que soit la réponse, l'art, l'originalité sont bien là, avec toutes les caractéristiques habituelles des manifestations originelles. Classement utopique, bien sûr, puisque chaque œuvre est inclassable, et que, vouloir la "classer" néanmoins, c'est se priver de la retrouver dans toutes les catégories à la fois !

(VOIR A CE SUJET : "ARTISTES D'ART BRUT : ŒUVRES FANTASMAGORIQUES ET LIEUX MAGIQUES" : SITE : http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique Art brut.)

 

Trichons donc, et essayons de retrouver :

LA RÉPÉTITIVITÉ :

paulvé
paulvé

*** Répétitions cinétiques de minuscules carrés, petits traits parallèles à l'infini… avec des nuances de couleurs générant des paysages, des villages, des têtes, des sentiers sillonnant ces compositions, etc. Car Jean-Luc PAULVÉ, comme nombre de ces créateurs, est un très bon coloriste, osant sans complexes des contiguïtés inattendues.

oz
oz

*** Gris bistrés poncturant de traces infinitésimales la totalité du support chez Mukadès OZ, où surgissent des oiseaux en plein vol, des animaux… aussi évanescents que les silhouettes de bisons sur les parois des grottes préhistoriques.

masquelière
masquelière

*** Petites taches blanches sur fonds noirs, détachant nettement des individus très mobiles, chez Pascal MASQUELIERE, qui s'inspire de personnages découverts dans des revues…

heinze
heinze

*** Pages d'écritures disposées comme des articles de journaux, qui pourraient sembler monotones, n'était que Ika WAGNER HEINZE en rompait la monotonie par des apports de matériaux, des taches de peinture aux nuances magnifiques.

heyligen
heyligen

*** Ecailles, ponctuations, vibrisses en tous sens, sur fonds blancs ou de couleurs pour Jean-Marie HEYLIGEN.

hecquet
hecquet

*** Petits points, petites taches, pour Marcel HECQUET, dans lesquels baignent ici une tête, là une main/visage, un soleil…

van baelens
van baelens

*** Rouges et noirs, les murs de briques de Louis VAN BAELENS, jouant des volumes de ses parallélépipèdes, perçant (de rares fois), une lucarne dans ses murailles ; plus souvent, les ayant au contraire obstruées, comme si son monde devait être hermétiquement clos !

grünenwalt
grünenwalt

*** Arabesques de couleurs, chez Martha GRÜNENWALDT ; dans lesquelles apparaissent parfois des visages qui peuvent, au visiteur, sembler aléatoires ; ou, au contraire, personnages seuls au centre de la page blanche entourée de fins motifs servant lieu de cadre ; ou sériels, toujours apparemment féminins, d'une beauté quasi-idéale.

VOIR AUSSI : MARTHA GRÜNENWALDT : "LE MONDE FEERIQUE DE MARTHA GRÜNENWALDT" : SITE : http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique Art brut

 

Et puis, visitons, parmi les sujets habituels, L'HOMME, L'HUMAIN :

Etres seuls ou portraits de famille, différents pour chaque artiste, au gré de ses joies parfois, de ses doutes ou de ses souffrances, souvent… Et toujours si profondément "humains" !

hendboeg
hendboeg

*** Humains, pour Frédéric HENDBOEG, aux fonds lourdement crayonnés, semblant parfois cacher dans leurs irrégularités, quelque visage, quelque homuncule en filigrane… Fonds sur lesquels, parfois, se détache un groupe, comme sur une scène saluant les acteurs à la fin de la pièce… Mais le plus souvent seuls, aux petits yeux rusés de quiconque aurait joué quelque mauvais tour ; ou aux grands yeux noirs et rouges, de personnages patibulaires ; aux longues oreilles de lapin, telles celles de quelque magicien venant de les faire apparaître devant son public…

heyligen
heyligen

*** Humains, chez Jean-Marie HEYLIGEN (déjà cité) ; aux yeux si grands, que parfois ils sortent (littéralement) de la tête. Pour la plupart féminins. Aux belles chevelures sophistiquées. Aux seins tellement volumineux que, souvent, ils tiennent lieu du corps, avec leurs larges aréoles tranchant sur la couleur foncée des mamelons et leurs tétins hérissés ; aux sexes béants, aux clitoris proéminents ; aux mains terminées par de longs ongles griffus vivement peints : comme pour prolonger le sentiment de féminité créé par les seins ; comme artifices de séduction ?

jean
jean

*** Humains, chez Pol JEAN, groupes de moines barbus, chevelus, en robe de bure et lourde ceinture de corde ; clowns hilares battant des mains ; à peine lisibles, comme en gestation, sur fonds de maisons saturés de détails et de couleurs ; se détachant au contraire, énormes et patauds, sur des murs de galets presque monochromes…

magakian
magakian

*** Humains, sur les hauts et bas-reliefs de Colette MAGAKIAN, près de leur maison, au pied des arbres, près de massifs fleuris… Petits personnages naïfs, dont les bouches tombantes ou les longs cils baissés laissent supposer qu'ils pleurent, à tout le moins qu'ils sont bien tristes !

pietquin
pietquin

*** Humains, les hommes de Dimitri PIETQUIN, sur fonds d'écritures cursives, obliques toujours et illisibles. Naviguant en aéronefs ; têtes perdues entre d'énormes écouteurs ; courtisant une dame de façon si pressante que leur sexe est turgescent ; réduits à d'énormes têtes incomplètes, semblant émerger de quelque ellipsoïde cosmique…

 

stievenart
stievenart

*** Humains, les êtres imaginés par Joseph STIEVENART, sur fonds de couleurs vives. Tendant leurs bras comme engagés dans une démonstration passionnée ; grands yeux aux épais sourcils et moustaches en bataille pour les hommes ; cheveux drus et jupes à boutons pour les femmes…

vairon
vairon

*** Humains, les personnages très colorés d'Annie VAIRON, corps et membres filiformes, coquettement coiffés de cheveux en arcs-en-ciel ; côtoyant des girafes et des lions à écailles…

van de whege
van de whege

*** Humains, les groupuscules de Jonathan VAN de WHEGE ; aux corps un peu diffus émergeant à peine des fonds sombres ; aux visages plus clairs d'où se détachent de grands yeux à pupilles noires semblant, au visiteur, rendre regard pour regard !

volckaert
volckaert

*** Humains, les êtres de Stève VOLCKAERT, corps/puzzles comme les fonds ; têtes de pirates, de GI, têtes/outils… Grands bras tendus en invocations ou au contraire croisés en prière… Accompagnés presque toujours de leur chien, un oiseau, sans doute un animal familier à qui "se" raconter ?

wargnier
wargnier

*** Humaines, les têtes de Gérard WARGNIER, découpées en cases, constituées de petites plages colorées ; perdues dans des sortes de fanions faits d'échantillons monochromes bien délimités : petits yeux, petits nez, noyés dans des compositions ovoïdes ou strictement géométriques…

bottemanne
bottemanne

*** Humains, tellement humains, avec Dominique BOTTEMANNE, sur la toile ou dans la glaise : Sur la toile, personnages peints en des activités diverses (courses hippiques, au cirque peut-être à regarder les éléphants…), mais le plus souvent femmes, assises sur une même ottomane, semblant ne présenter qu'un seul corps et trois têtes, nues mais richement ornées de bijoux.

Hommes de terres, assis toujours, totalement nus, seins et nombrils en évidence, yeux curieux exorbités, lourdes chevelures savamment travaillées en lourds chignons : prêts pour l'amour, sans doute ? Ou cherchant la part féminine en eux ?

bonnier
bonnier

*** Humains chez Jean-Jacques BONNIER, attendant en souriant le "petit oiseau" qui va sortir, sauf –et là commence le paradoxe- qu'une commissure des lèvres tombe, que les yeux ont une acuité terrible, que des fronts se plissent… suggérant, derrière le sourire, que tout n'est peut-être pas au mieux dans leur monde ?

cicolani
cicolani

*** Humanité encore chez Davide CICOLANI dont les œuvres marquées de plis réguliers d'avoir été –dans une autre "vie"- des cartes géographiques, sont peintes de couleurs sombres, révélant des sylves exotiques ou des géométries embrassées, sur lesquelles tranchent les personnages conçus en des jaunes citron aux visages nerveusement rayés et aux cœurs omniprésents.

 

craenhals
craenhals

*** Humains, visages dûment encadrés, chez Pierre CRAENHALS, comme autant d'effigies ; ou personnages en buste à l'image des cartes d'identité. Pourquoi, dans ces conditions, semblent-ils absents des voitures roulant sans pilote visible… L'artiste rêve-t-il de s'envoler un jour, pour que des centaines de petits parachutes servent de toile de fond à ses autres moyens de locomotion ? Mais quel sens donner à ces yeux multiples, qui tapissent d'autres œuvres : Sont-ils là comme autant de symboles de lumière pour permettre son envol (comme les Vietnamiens, par exemple, qui ouvrent la lumière des jonques en peignant dessus deux gros yeux) Ou bien Pierre Craenhals a-t-il le sentiment récurrent d'être épié de tous côtés ?

dehon
dehon

*** Humains tellement touchants, les petits personnages bouboules de Marianne DEHON, sur fonds verts, unis, mi-hommes, mi-animaux par leurs corps horizontaux réduits à d'étranges trapèzes zébrés aux quatre coins desquels sont fixés les quatre membres ; aux bonnes bouilles de clowns rigolards, surmontées d'un chapeau/crête de trois éléments.

dehombreux
dehombreux

*** Humains, chez Jean DEHOMBREUX, comme autant d'autoportraits aux corps rudimentaires, aux membres filiformes et aux têtes rondes, "mangées" par des yeux immenses ; au nez réduit à un point, et à la bouche souvent inexistante. Seuls au milieu du papier ; ou accompagnés d'un ou deux personnages légèrement en retrait : doubles ? Anges gardiens ?... en de belles couleurs crayonnées parallèlement.

Et carrément désarticulés, creusés dans des plaques de terre dans lesquelles apparaissent des têtes et des amorces de corps, tandis que l'ensemble est totalement enclos par une bande composée de maisons/têtes/arbres/embrouillaminis de lignes incertaines.

delannoy
delannoy

*** Humains, chez Michel DELANNOY, dans toutes les situations d'un quotidien citadin (à la caserne, à l'église, au cirque, au bal…). Etres minuscules, peints néanmoins avec la plus grande précision gestuelle et vestimentaire ! Vivant en des géométries impressionnantes ! Dont les structures centrales sont toujours verticales ; mais dont les abords (comme le feraient des dentellières entourant leurs napperons d'une dentelle), sont doublés de bateaux à rames ou à moteurs, voitures, etc. où nul voyageur ne semble pourtant avoir pris place. Pour cet artiste, la vie n'existe-t-elle qu'au cœur de la Cité ? En un lieu qui serait paradoxalement enclos par les moyens qui permettent habituellement d'en sortir ?

deminie
deminie

*** Humains, en nuances de gris chez Béatrice DEMINIE. Corps carrés et membres collés aux corps, têtes rondes aux traits du visage à peine lisibles. Sur fonds hachurés encore et encore, tantôt en espaces bien délimités, tantôt au contraire, en nuances évanescentes.

duhem
duhem

*** Humains, les centaines de portraits –autoportraits ?- de Paul DUHEM, pris en buste à la manière des cartes d'identité. Sur un fond généralement monochrome et foncé appliqué à longs traits du pinceau, se détache un tronc monolithique, supportant sur les épaules sans cou, une tête petite mais lourde, au faciès souvent dissimulé sous une sorte de masque rigide dans une fente duquel n’apparaît qu’une infime partie de la bouche. Lorsque celle-ci est visible elle est composée d’un minuscule ovale coupé d’un petit trait horizontal. Les oreilles sont en pointe et largement décollées, à l’intérieur desquelles subsiste toujours une petite surface large comme une pastille, où le support est laissé vierge : ce possible orifice impliquait-il que Paul Duhem avait des problèmes d’audition ? Ou au contraire qu’il laissait un espace ouvert pour les bruits du monde ?… Et puis, presque rien, un nez terminé par deux minuscules orifices, des yeux faits de billes rondes avec un petit point noir au milieu, et parfois d’épais sourcils... Enfin, de façon presque récurrente dans chaque coin du haut des tableaux, une ou deux lunes, un ou deux triangles…

VOIR AUSSI : "LES PORTRAITS de PAUL DUHEM". SITE :

 http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique Art brut.

dupuy
dupuy

*** Humains, parfois, chez Guy DUPUY, sortes de magiciens jouant de leur baguette… Plus souvent, allochtones humanoïdes silhouettés sur des scènes incontestablement terriennes (vendanges, outils agricoles…) Ou au contraire, sur fonds de vers ou de serpents géants dignes de films de Science-Fiction… Ou encore de signes cabalistiques, dont l'artiste, sans doute, est le seul à connaître la signification…

gobert
gobert

*** Humains, pour François GOBERT, dans des gris et noirs lourdement appliqués avec juste une pointe de couleur rouge ou jaune autour des petits yeux sans prunelles, ou des grandes bouches béantes, comme s'ils étaient en train de hurler leur histoire !

Au fil de cette exposition, nous pourrons parler de la SEXUALITÉ,

exprimée dans tellement d'œuvres, telles les peintures de Jean-Marie Heyligen, de Dimitri Pietkin, dans les sculptures géantes de Dominique Bottemanne, tous déjà cités par ailleurs. Mais aussi,

leisen
leisen

*** Sexualité sans complexes dans les petits personnages de Marie-Christine LEISEN. Tellement évidente sur ses petites sculptures nues/habillées plates : nues parce que tous leurs appendices sexuels sont en relief sur les corps (seins, sexes…) ; vêtues, parce que des jupes longues sont gravées dans la terre dissimulant leurs jambes. Plus sophistiquée sur les œuvres très rondes où colliers, chevelures apprêtées, etc. suggèrent que ces femmes s'apprêtent pour une rencontre…

Parlons aussi de l'omniprésence du MONDE ANIMALIER

chez les artistes d'art brut : compagnons de toujours, oiseaux chez Jean-Jacques Bonnier, chevaux et éléphants chez Dominique Bottemanne, chats chez Colette Magakian… Moins familières, les girafes d'Annie Vairon, les vaches de Stève Volckaert.

delaunay
delaunay

*** Univers uniquement animalier pour Alain DELAUNAY, petit monde des oiseaux : alignés dans de vertes prairies, protégeant leur nichée, chassant de jour pour les uns, de nuit pour d'autres. Tandis que le soleil brille immanquablement au-dessus de leurs têtes. Et pourtant, presque toujours, ces oiseaux sont "debout", face au visiteur, le regardant les yeux dans les yeux… Alain Delaunay aurait-il connaissance de deux poètes, Esope puis La Fontaine, pour qui les animaux ressemblaient à s'y méprendre… à des hommes ?

Parlons encore de la récurrence des MOYENS DE TRANSPORT,

Comme si nombre de ces artistes avaient envie de s'échapper ; se laissaient tenter par tous les véhicules existants. Et puis, au dernier moment, se pelotonnaient dans la chaleur de leur univers quotidien. Car, très souvent, ces véhicules sont vides. Vides, les parachutes et les autos de Pierre Craenhals ; vides les autos et les bateaux de Michel Delannoy ; vides le bateau et les routes de Jean-Luc Paulvé

carrera-schmidt
carrera-schmidt

*** Vides, les véhicules d'André CARRERA-SCHMIDT, sans doute longuement rêvés, longuement fantasmés, comme dépourvus pourtant de réalisme, parce qu'à demi-voilés par une sorte de brume onirique. Peut-être, finalement, est-ce trop difficile, tout simplement de partir de chez soi ?

Evoquons enfin L'HABITAT,

Suggérant l'importance d'un chez soi où se sentir protégé : Maisons campagnardes au milieu des arbres de Jean-Jacques Bonnier ; maisons citadines à l'infini, strictes et coquettes de Michel Delannoy ; nids remplis d'oisillons d'Alain Delaunay ; maisons ornées de porches et arcatures de Martha Grünenwaldt ; maisons de guingois de Pol Jean ; petites maisons à l'échelle humaine de Colette Magakian

meunier
meunier

*** Maisons lourdement posées sur leurs bases de Catherine MEUNIER, richement ornées de motifs en reliefs, semblant accueillantes, donc. Mais… dépourvues de portes ! Et si portes il y a, elles sont closes, de sorte que ce qui, de prime abord, semblait ornements esthétiques s'avère la vie "hors" les murs : personnages grimpés sur l'arête faîtière ou chiens y hurlant aux étoiles ; individus couchés sur la pente du toit ; hommes et bêtes y partageant un même point d'eau… Un jour, peut-être, Catherine Meunier parviendra-t-elle à ouvrir une de ces portes ? Espérons-le !

ménard
ménard

*** Et puis, multiformes, polychromes, les oeuvres de Micheline MENARD : un pied dans l'univers animalier, où chats, hiboux, oiseaux trônent telles des tirelires richement ornées ; où des chats bon enfant, sourient au visiteur… toutes ces petites créatures esthétiquement parfaites, extrêmement vivantes bien que statiques, gaies, colorées, conçues avec une grande unité… Œuvres de nul temps, de nulle part, aussi. Complètement atemporelles.

           L'autre pied de l'artiste concernerait alors son habitat, et se poserait au pied des tours à grande hauteur. Et, là, surgit un humour peut-être inconscient : car de même que portes et fenêtres plaquées sur l'une des façades, suggèrent les étages, des personnages collés sur une autre semblent être les "occupants" de ces mêmes étages ? Les "habitants" logeraient-ils dehors ?

 

atelier les oliviers
atelier les oliviers

Enfin, il faut en venir au travail des ATELIERS,

, protéiforme, permettant aux artistes qui les fréquentent de réaliser sans contraintes et sans inhibitions, les œuvres qu'ils souhaitent.

*** Ainsi ceux de l'ATELIER LES OLIVIERS, créant des œuvres de glaise, où se côtoient humains indéfinis ou au contraire très connotés (Vierge, mendiant, momie, etc.), animaux…

bottemanne heyligen masquelière
bottemanne heyligen masquelière

*** Et puis ceux qui leur donnent la chance de réaliser des œuvres monumentales, ce que la plupart, bien sûr, seraient empêchés de faire à la maison ou au foyer ! Là, avec par exemple le CELL'ART GROUP, ils s'en donnent à cœur joie ! Et le visiteur qui est précédemment passé devant de "petites" œuvres de Dominique Bottemanne, Jean-Marie Heyligen, Pascal Masquelière, se trouve face à face avec leurs totems, aussi richement ornés que ceux qui protègent depuis des temps immémoriaux, les villages primitifs de tant de lieux, africains, caraïbes…!

Choisir de réaliser des totems, c’est revenir à des valeurs ancestrales, avoir en tête des tabous, des légendes, des peurs intimes et refoulées ; subséquemment des exorcismes à réussir, des dieux à convaincre, des esprits protecteurs à vénérer. Les totems de ces artistes ont-ils atteint ce but ?

Il semble bien que oui car, tels des démiurges, l'homme est omniprésent dans leurs créations, parfois rudement creusé dans le tronc, comme arraché à la matière vivante ; d'autres fois, droit, solide, chantourné à même le fût, dominant le monde alentour !

            Ainsi, entre menaces à conjurer, besoin de protection, et volonté de créer à leur image, ces artistes réussissent-ils apparemment, une véritable osmose entre leur quotidien et la nécessité d'exorciser leur mal-être !

                                                                                              Jeanine Rivais

 

* Voir aussi Page "Artistes singuliers".

** Merci à Jean-Louis Faravel qui m'a permis d'utiliser toutes les photos de l'exposition (même celles qu'il avait prises lui-même) pour illustrer ce travail.