GEORGES BELLUT, sculpteur

ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS

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          Jeanine Rivais : Georges Bellut, une unique création,  des poissons ? 

Georges Bellut : Des poissons, des oiseaux, des lézards et des insectes. 

 

JR : Mais ici, vous n'avez que des poissons ? 

        G.B. : Il y a aussi un oiseau.

 

JR : Qu'est-ce qui vous a donné cette passion du monde aquatique ? Parce que cet oiseau ressemble à un  héron, donc à un animal des bords de l'eau ! 

G.B. : J'aime bien les poissons depuis que j'étais enfant. Un jour, j'ai trouvé un morceau de bois qui ressemblait à un poisson, et j'ai commencé à faire des poissons, tout simplement ! Je ne peux rien vous dire de plus ! 

 

JR : Si je comprends bien, vos œuvres sont donc de la Récup' ? 

G.B. : Du châtaignier, de l'acier, des seaux que je découpe, ou de la tôle. Que des récupérations de vide-greniers. Et j'emboîte le châtaignier dans le métal pour obtenir un poisson. Puis je mets de la couleur. J'ajoute du vernis marin pour les protéger du soleil. 

 

JR : Ce sont tous des poissons exotiques ? 

G.B. : Tous, exotiques, oui. Qui ont des aspects qui n'existent pas, qui sont uniquement inventés.

JR : Certains sont très réalistes, comme un gros jaune qui est près de nous : à part sa nageoire caudale qui est un peu atrophiée, les autres nageoires sont très vraies ! D'autres semblent faits de pièces et de morceaux ! 

Quand décidez-vous de l'une ou l'autre catégories ? Cela dépend-il des morceaux dont vous disposez ? 

G.B. : Autrefois, je trouvais des morceaux de bois qui ressemblaient à des poissons. J'ai fait entre trois cents et quatre cents poissons ! Maintenant, il faut que je prenne un morceau de bois de deux ou trois mètres de haut, que je le transporte avec un quad, que je le tronçonne, et que je le coupe avec la hache pour obtenir la forme du poisson. Je ne trouve plus de bois avec la forme primaire, donc c'est moi qui les fais à la hache ! 

 

JR : Certains travaillent à la tronçonneuse, vous c'est à la hache ? 

G.B. : Oui, et aussi avec une ponceuse, de grosses limes à bois…  Je ne fais que de l'assemblage.

 

JR : Si je prends le gros animal noir et rouge qui me semble le plus spectaculaire, ce qui pourrait être l'intérieur du corps est en bois ? En bois abîmé, d'ailleurs. Et ensuite, vous avez fait les écailles en métal ? 

G.B. : Oui. Je recouvre le bois avec une armature de métal pour donner une impression d'armure, et de puissance. Je veille à réaliser quelque chose d'équilibré, afin que l'ensemble devienne réaliste. 

En fait, j'ai du mal à parler de ma façon de faire : c'est pour moi tellement évident, que je ne me pose pas de questions. Ce qui est sûr, c'est que, depuis mon enfance, j'aime les animaux qui correspondent à ce que je réalise. Et que les réaliser me permet de rêver ! Et j'espère que, jusqu'à la fin de ma vie, je serai capable de créer. S'il en va ainsi, je serai content ! Créer, créer, créer ! 

 

JR : Je remarque que, quelle que soit la taille et l'aspect de vos poissons, vous avez sur tous surligné le corps et la queue avec une tige métallique. Pourquoi ? 

G.B. : Au début, je faisais les écailles et les nageoires avec des piquants… Un jour, j'ai posé une tige métallique sur un poisson, et je l'ai tordue. Et je me suis rendu compte que, visuellement, on pouvait imaginer tous les éléments qui se trouvaient au pourtour du poisson ! 

Ceci m'a amené à penser qu'il me fallait aller à l'essentiel : une tige de métal que je tordrais de façon bien spécifique pour qu'elle ait un rapport avec le corps. Il y a désormais beaucoup moins d'éléments, mais visuellement, c'est plus réaliste ! 

JR : Vous privilégiez pour la plupart de vos poissons, l'aspect brillant. Est-ce parce que chacun sait que, lorsque le poisson sort de l'eau, il est brillant ? Ou est-ce parce que, simplement, vous préférez le brillant au mat ? 

G.B. : C'est très simple : je les recouvre de vernis marin qui, pendant au moins trois années, protège le poisson des UV, de la pluie, du sel marin, etc. Comme je suis dans une galerie sur la Côte d'Azur, les sculptures sont protégées. Et puis, je me rends compte que, lorsqu'il y a un peu de brillant, les couleurs ressortent mieux qu'avec un vernis neutre.  Par contre, de plus en plus souvent, les gens me demandent des poissons neutres, comme je faisais avant ! Je suis donc perdu ! 

 

JR : Venons-en à votre oiseau. Je vois un héron, ou en tout cas un oiseau proche, dont les longues pattes lui permettent de vivre au bord de l'eau. 

G.B. : Oui, exactement ! 

 

JR : Puisque je n'ai pas de point de comparaison, est-ce que tous ceux que vous concevez sont du même aspect ? 

G.B. : Oui. D'abord un corps en bois, et je greffe le métal sur le bois. Puis, je fais des plumes au lieu des écailles. 

Parfois, je les humanise, en leur mettant des lunettes, surtout aux insectes. Ou une écharpe. Et depuis deux ou trois ans qu'ils sont humanisés, les gens les trouvent drôles, et achètent plus volontiers des insectes qui ont de grosses lunettes de soudeurs, à cause de leur côté humain. Parfois, je leur ajoute même des bras avec des gants ! Des petits gants métalliques que je sculpte. Et les gens trouvent une ressemblance entre eux et mes créations. C'est très drôle ! 

 

JR : Allez-vous me dire, comme l'une de vos voisines de stands, que vous êtes en train de militer pour le rapprochement humains/animaux ? 

G.B. : Pas du tout ! Je mange de la viande, et de ce fait, je ne peux pas dire que j'aime les bêtes ! Je ne suis donc pas plus cool que d'autres, car si je mange de la viande, eux mangent des poissons ! Je respecte les animaux, mais je ne peux pas militer ! Non, non, non ! 

JR : Vos poissons sont pourvus de tous les éléments leur permettant de se déplacer. Par contre, vous avez triché en ne mettant pas de pattes à votre oiseau. Pourquoi ? 

G.B. : C'est une question d'équilibre. Si je lui mets des pattes toutes fines, le centre de gravité sera trop haut. Et puis, en procédant comme je le fais, je peux le faire tourner, alors qu'avec des pattes il serait fixe. Et j'ai besoin de ce côté massif, posé au sol, pour donner une force à mes sculptures. 

 

JR : Venons-en à la question traditionnelle que je pose à tous les artistes : Y a-t-il d'autres thèmes dont vous auriez aimé parler et que nous n'avons pas abordés ? Des questions que vous auriez aimé entendre et que je n'ai pas posées ?

G.B. : Non. Vous avez posé des questions techniques, ce qui est vraiment très important. Vous avez vu des détails qui pour moi ont de l'importance, comme surligner les corps, etc. Les couleurs. L'absence de pattes. La question du militantisme… Et puis, vous avez ri quand je vous ai dit que je mange de la viande ! Pour moi, vous avez été perspicace, pertinente, vous avez évité les questions banales. Les vôtres étaient nettes et précises, Tout cela me convient bien ! 

 

ENTRETIEN REALISE A BANNE, AU FESTIVAL BANN'ART ART SINGULIER ART D'AUJOURD'HUI LE 7 MAI 2016.