RÉVÉLATION SALON 2026 SALLE MARCEL HASQUIN

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SOIZIK OGER LE GOFF : UNE NOBLESSE DONNÉE À LA RURALITÉ ET AU QUODIDIEN

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« J’offre une Bretagne vivante, à regarder à travers une composition rythmée de courbes et de sinueuses pour le mouvement et de droites pour la force nécessaire à son équilibre. Ces délimitations me permettent de nuancer mes couleurs et de créer des zones d'éclairage contrastées", Soizik Oger Le Goff. 

          En fait, ses œuvres captivent immédiatement par leur style graphique unique, qui revisite le paysage de manière moderne, presque géométrique. Le travail de l'artiste s'inscrit dans une filiation directe qui rappelle l’école de Pont-Aven ou le mouvement breton Seiz Breur du début du XXe siècle, mais entièrement réinterprété avec les codes du design graphique contemporain, pour capturer l'essence de la nature. 

          Également remarquable est une signature ou un monogramme stylisé très élégant dans le coin de chaque toile. : Ce monogramme et les sujets choisis évoquent un amour sincère pour les paysages de terroir, probablement d'Armorique ou des côtes de l'Ouest, qu'elle modernise magnifiquement.

          Quel que soit le sujet abordé, il est toujours rural. L'artiste élimine le détail anecdotique pour ne garder que la structure essentielle du paysage. Les arbres, les nuages, les vagues et les collines deviennent des courbes parfaites, des cercles ou des angles adoucis. Pas de dégradés complexes ni d'effets de matière. La peinture est posée de manière lisse et uniforme. Ce choix donne aux toiles un aspect très net, Les différentes zones colorées sont souvent délimitées par des lignes sombres et nettes, une technique qui structure fortement la composition et rappelle l'art du vitrail.

          D’autre part, Soisik Oger Le Goff pratique la fragmentation de la lumière, et c’est sans doute l’aspect le plus fascinant et original de son travail. Sur presque tous les tableaux, on observe des lignes verticales invisibles qui découpent la scène en plusieurs bandes. À chaque passage de frontière, la tonalité de la couleur change subtilement (un vert devient plus jaune, un bleu devient plus clair ou plus gris). Ce procédé donne l'impression de regarder le paysage à travers un prisme, ou d'observer la course du soleil et le changement de lumière sur plusieurs heures condensées en une seule image. Cela apporte une vibration et un rythme géométrique à des scènes qui seraient autrement très statiques.

          Toutes les œuvres de la peintre dégagent une profonde sensation de sérénité, de nostalgie douce et de contemplation d’une nature bienveillante : Il n'y a pas de tempête, pas de chaos. Même le travail de l'homme (le tracteur retournant la terre) est magnifié, transformé en un ballet poétique de formes géométriques : elle sublime des éléments simples de nos paysages (une barrière en bois, des nuages courant dans le ciel, un ruisseau de campagne, un oiseau solitaire) en leur donnant une dimension intemporelle par la rigueur de sa mise en page. 

          C'est un travail à la fois apaisant, lumineux et rigoureusement construit. L'artiste parvient à capturer l'âme et la poésie des paysages ruraux tout en leur offrant une modernité graphique saisissante. d’une grande maîtrise géométrique qui réussit le pari de rendre la nature à la fois très stylisée (presque design) et profondément sensible et lumineuse.

 

          Comment Soisik Oger Le Goff applique-t-elle ces riches propriété à quelques œuvres ? 

Avec la rivière et les sous-bois : Cette toile met en scène un cours d'eau sinueux qui s'écoule au milieu de rochers et d'une végétation dense. Les reflets dans l'eau sont magnifiquement traduits par des bandes de couleurs juxtaposées. Le contraste entre les tons froids de l'eau (bleus, gris) et les tons chauds de la rive ensoleillée (jaunes, ocre) crée une superbe sensation de lumière tamisée à travers les arbres.

          Le grand ciel et la plaine : Un paysage très horizontal où la composition est dominée par un ciel immense et dynamique. Les nuages sont traités comme des vagues graphiques blanches et bleues, traversées par le vol d'un oiseau solitaire. Au sol, les lignes sinueuses évoquent des dunes ou des champs moissonnés, offrant une sensation d'espace infini et de sérénité.

          Le tracteur au travail : Une scène agricole moderne représentant un tracteur vert (évoquant un John Deere) en train de labourer ou de moissonner un champ doré. C'est une œuvre pleine de mouvement. Une nuée d'oiseaux blancs stylisés tourbillonne autour de la machine, créant un contraste vivant avec les formes massives et géométriques du tracteur et les collines verdoyantes à l'arrière-plan.

          Le paysage de bocage et de clôture : Une vue pastorale cadrée derrière une clôture en bois au premier plan, s'ouvrant sur une rangée de silhouettes d'arbres fins en arrière-plan. Le jeu d'ombres portées au sol (les poteaux, les arbres) structure fortement l'espace. Les nuances de vert, d'ocre et de bleu doux dans le ciel confèrent à cette scène une atmosphère de fin d'après-midi paisible

          Les fleurs en ombelles du premier plan : Une composition verticale remarquable où de grandes fleurs ou têtes de graines sphériques (style alliums ou pissenlits) s'élancent au premier plan. Les perspectives des rangées de cultures guident l'œil vers l'horizon et les collines lointaines. La palette de couleurs est ici plus douce, presque pastel (rose poudré, vert amande, bleu canard), évoquant la lumière douce d'un lever ou coucher de soleil.

 

          Chaque tableau semble segmenté verticalement ou horizontalement par de légères variations de teintes, ce qui donne l'impression de regarder à travers un vitrail moderne ou de capturer différentes modifications de la lumière sur un même instant. 

          C'est une très belle exposition !

Jeanine RIVAIS