RÉVÉLATION SALON 2026 SALLE MAECEL HASQUIN
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LES “LECONS D’ANATOMIE” DE JEAN BOCCACINO, peintre
Comment définir les œuvres de Jean Boccacino, sinon comme les “écritures” picturales fantasmatiques d’un “auteur” un peu surréaliste, traduisant des rêves sériels sur des thèmes aux formulations variables, mais tournant autour de l’homme, avec détails obsessionnels récurrents ?
“Portraits” pseudo-photographiques, ses tableaux proposent chacun un personnage central très stylisé. Pour les œuvres réalisées à la sanguine, la tête est carrée aux angles arrondis, avec parfois une légère excroissance vers le menton. Comme chez les artistes d’Art-Récup’, le nez est dessiné d’une planche étroite, fixée sur une autre un peu plus large. Et, telles des lunettes de soleil compactes, une barre horizontale traverse le visage, ne laissant voir pour les yeux que deux minuscules points. Comparable à une succession de radiographies, cette série est très “descriptive” des secrets internes fantaisistes de ces étranges homomorphes : l’un a deux cœurs accrochés tels des cerises au sommet d’une tige feuillue ; un autre en a un seul, mais il est au-dessous d’une sorte de panier en accordéon qui a pris sa place dans le buste ; un troisième est à droite, couvert d’une croix potencée, etc. Quelle que soit l’invraisemblance ou la connotation acrobatique de leur situation géographique, tous ces cœurs sont reliés à la bouche par de très raides “vaisseaux sanguins” : pour transmettre directement –à l’intention de qui ?- l’intensité de leurs battements ? Plus explicite encore, l’un des personnages de Jean Boccacino révèle dans son entièreté son anatomie avec amples précisions, de l’estomac bien rebondi à l’intestin fait d’un broc horizontal, jusqu’au sexe (féminin) représenté par un cauris vertical bordé de longs cils !
Moins “scientifique”, plus poétique, une deuxième série, en couleurs, propose des visages au long nez à profil grec, tantôt émergeant à la manière d’un donjon au-dessus des remparts d’une ville aux cheminées qui fument ; tantôt portant tatoué sur une joue, son double ? son ange gardien ? son enfant ? Ou encore, parfois, tête-masque créée assurément une nuit où Jean Boccacino s’était mué en un sculpteur cubiste, nez d’un côté, œil de l’autre... abritant sous les revers de sa cape, un chien à visage humain !
Etrange fantasmagorie, où le peintre, d’un trait fin exempt d’angles durs, hésite entre angoisse et malice, entre humour et sérieux, entre réalisme et illusion !
Avec, chaque fois, rassurant comme un coussin douillet qui isolerait du monde son personnage, un large cadre, complément apparemment indispensable de cette sorte de carte d’identité. Finement ouvragé, il s’impose dans des nuances ton sur ton de blancs mats évoluant jusqu’à des bruns pâles. Ou bien, comme sur les parois d’un mastabah, y sont dessinés symétriquement de souples cariatides aux formes accusées, des espèces de lézards tirant de longues langues courbes, des animaux érigés ou des oiseaux à bec puissant...
Quel âge a donc Jean Boccacino, qui dessine ainsi de façon si naïve ses “voyages fantastiques” miniaturisés ? L’âge, sans doute, où le talent aidant, un artiste peut s’amuser sans complexes de l’étonnement et la perplexité suscités par ses œuvres où sont étalées au grand jour ses intimités corporelles et cérébrales... très fausses... pour des... leçons d’anatomie... bien belles... et provocatrices !
Près de trois décennies se sont écoulées. Jean Boccacino a tour à tour ou en même temps, été professeur d’Arts plastiques, galeriste, écrivain de nombreux livres autour de sa vie et sa peinture… Il a créé un atelier d’art et d‘expression artistique à l’ESAT arc-en-ciel de Cholet qui permet à des adultes handicapés mentaux de s’insérer dans le monde social et culturel. Cet atelier a ainsi permis à ces personnes de développer leurs talents artistiques et de les faire connaître en divers lieux où leurs œuvres ont été exposées.
Mais aussi, désormais bien implanté dans la mouvance de l’« Art singulier », il a poursuivi son petit théâtre intime, perpétué ses tableautins teintés d’imaginaire et d’humour. Ses personnages réalisés à la sanguine ont été remplacés par de petits individus, souvent clowns ou funambules, placés à l’intérieur d’un cadre orange orné, guilloché de petites lignes brisées ou onduleuses, placés sur un fond noir.
Les centaines d’autres œuvres ayant vu le jour au fil du temps, évoquent le monde du cirque, de l’enfance, du rêve et du merveilleux. Toutes sont conçues en une palette douce. La plupart ont un petit air rétro qui leur confère poésie, onirisme, un doigt de nostalgie. Comme naguère, chaque tableau raconte une petite histoire où se mêlent sans hiatus réel et fantasmagorie. Des thèmes sont apparus, traités parfois différemment, comme cette Vierge à l’enfant, réplique de ses sœurs de la Renaissance.
En somme, Jean Boccacino a créé sans relâche, des peintures d’inspiration ludique, gentils rêves éveillés, tendres toujours, nostalgiques parfois ; entraînant le visiteur dans son monde de fantasmes et de merveilleux. Son talent justifie qu’il ait été sélectionné pour être l’Invité d’honneur du Salon Révélation 2026.
Jeanine RIVAIS
le site artistique de jeanine rivais