Ve FESTIVAL D’ART HORS-LES-NORMES DE PRAZ-SUR-ARLY (Haute-Savoie)

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MATTEUDI XAVIER

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REALISME ET FANTASMAGORIE

chez XAVIER MATTEUDI, «CREATEUR DE MEUBLES ».

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Lorsqu’un créateur choisit de réaliser des objets utilitaires, il est difficile aussi beaux soient-ils, d’établir la ligne de démarcation entre « artisanat » et « art ». D’ailleurs, l’expression « artisanat d’art » est éloquente sur ce dilemme. 

« Créateur de meubles », Xavier Matteudi entre dans cette problématique. Mais la beauté à laquelle il est parvenu laisse penser qu’un peintre, voire un sculpteur sont cachés par là, et que ni l’un ni l’autre ne manque d’imagination ! Subséquemment, peupler son habitat avec les « meubles » qu’il réalise n’est pas sans « risques » esthétiques et psychologiques ! En effet, si les éléments fonctionnels de chaque pièce de mobilier restent utilitaires, ils deviennent prétexte à créations sculpturales aux couleurs vives, très harmonieuses, que le visiteur a envie d’admirer, plutôt que de compter les tiroirs ou s’assurer que la table est bien stable, etc. Ce faisant, il est convié à un  périple tout à fait dépaysant :

Sur le cadre de la glace, s’enchevêtrent sirènes, fleurs, oiseaux aux ailes éployées, têtes aux énormes dents menaçantes ; et même, inattendues dans cet imaginaire de contes occidentaux, larges gueules de crocodiles bleus aux gros yeux globuleux. Un bestiaire fantasmagorique, donc, une flore d’essence vénéneuse, qui donnent à cet objet banal comme à ceux qui l’entourent une connotation d’une étrange poésie. Ce miroir est-il, sous ses atours flamboyants, la porte au-delà de laquelle le visiteur qui se regarde dans ses reflets glauques, risque, comme Alice, d’y découvrir un monde inquiétant ?

En tout cas, ce psychodrame éventuel serait corroboré par la présence sur les flancs de la commode de troublants succubes roses, aux ventres et aux bouches semblables à ces fleurs carnivores qui se referment sur la proie passant inconsciemment à proximité ; aux doigts griffus, aux yeux sataniques et aux dents prêtes à mordre les mains qui s’aventureraient à caresser les parois.! 

Quant à la chaise, l’érotisme qu’elle déploie suggère qu’elle convie le spectateur à bien des émotions fortes : Chaque pied est une femme nue, la bouche en cœur, tandis que sur le siège s’épanouit un visage concupiscent… Et les multiples yeux qui s’écarquillent aux quatre horizons, impliquent que le voyeurisme fait partie du jeu, et que poser son postérieur sur ce visage peut générer une véritable surprise ! 

Enfin, les pieds de la table de verre sont à la fois arbres ramifiant leurs branches/doigts trapus  d’essences diverses ; et un lit dans lequel dort un couple : mais peut-être faudrait-il aller plus loin, y voir un catafalque sur lequel reposent deux gisants, car les personnages qui entourent les dormeurs et s’inclinent au-dessus d’eux ressemblent à s’y méprendre à ces chiens fidèles, tapis aux pieds de leurs maîtres défunts…

Ainsi, ce qui, à première vue pourrait sembler un ensemble d’objets purement esthétiques destinés à augmenter le confort tout en embellissant le lieu de vie de quelque amateur, devient une fable pas le moins du monde ludique, grave au contraire et symbolique de toute la gamme des fantasmes qui hantent habituellement les rêves des gens : la fascination pour l’inconnu, la peur, l’érotisme et la mort ! Et il est non moins évident que les « meubles » de Xavier Matteudi vont bien au-delà du simple artisanat ! Qu’ils sont des objets d’art ! Un art original et subversif qui plus est !

                                                                                                    J. R.

 

MATTEUDI XAVIER : TEXTE DE JEANINE RIVAIS :  N° 71 de Janvier 2002, DU BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA, dans le cadre du Ve festival de Praz-sur-Arly. Et http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique FESTIVALS RETOUR SUR PRAZ-SYR-ARLY 2001