RÉOUVERTURE DE LA COOPÉRATIVE MUSÉE CÉRÈS FRANCO

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HOMMAGE A CÉRÈS FRANCO QUI AURAIT EU CENT ANS EN 2026

(1926-2021) 

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En 2015, nous étions présents à l’ouverture de la Coopérative de Montolieu, qu'un mécène, Henri Foch, avait achetée et venait d’offrir comme refuge à la collection Cérès Franco. Nous avions le cœur en paix parce que nous pensions que la Collection qui avait été au bord de la déshérence, était enfin en sécurité. Même si le bâtiment tellement bienvenu s’avérait trop exigu pour la présenter toute. 

En 2013, Cérès encore bien vivante, sa fille Dominique Polad-Hardouin et son gendre Philippe Hardouin proposèrent de faire donation d’une partie de la Collection à la ville de Carcassonne :  L'accord initial fut signé. Pour l’accueillir, le premier étage du Musée des Beaux-Arts fut entièrement aménagé. Les œuvres y furent installées et présentées au public. Nous étions au vernissage ! 

Lors des élections municipales de mars 2014, la mairie changea de bord politique. Peu de temps après son arrivée, le nouveau maire décida de revenir sur cet engagement et de refuser la donation définitive, prétextant notamment des contraintes budgétaires et de gestion. 

Cette décision contraignit Cérès Franco et sa fille à retirer toutes les œuvres. La collection se retrouva sans lieu d'exposition permanent. 

Il s’avéra qu’à quelque chose malheur était bon : C’est à ce moment précis, dès 2015, que les œuvres récusées par Carcassonne trouvèrent leur place définitive à Montolieu, formant le socle de ce qui est devenu aujourd'hui le grand pôle d'Art brut régional. La Collection d’Art brut, naïf, singulier et contemporain constituée par Cérès Franco depuis les années 50 et surtout après qu’elle eut créé sa galerie, rue Quincampoix à Paris, ne fut ni dispersée, ni perdue, bien au contraire ! Elle devint un patrimoine public protégé et valorisé au cœur du territoire audois. La donation officielle, comprenant plus de 1 650 œuvres, fut finalisée en février 2020. 

L’année suivante, en 2021, Dominique décéda au printemps, Cérès à l’automne. 

 

La gestion et la pérennisation du musée furent confiées à un Groupement d’Intérêt Public (GIP) réunissant la Région Occitanie, le Département de l'Aude, Carcassonne Agglomération, la commune de Montolieu et l’association de valorisation de la collection (AVCCF). 

En 2022, le musée ferma ses portes pour quatre ans. D'importants travaux de rénovation et d'extension (accessibilité, espaces d'exposition au climat contrôlé, réserves conformes) furent réalisés ; le bâtiment entièrement remis à neuf. Philippe Hardouin fit office de président et tous les responsables continuèrent d’œuvrer pour le musée. 

Par arrêté préfectoral de décembre 2025, le lieu obtint officiellement l'appellation prestigieuse de « musée de France ». Cette reconnaissance consacre dorénavant la qualité scientifique, patrimoniale et culturelle du musée, ainsi que le travail mené depuis tant d’années pour la conservation, l’étude et la valorisation de ses collections. Il s’agit-là d’une reconnaissance majeure du ministère de la Culture qui protège définitivement les œuvres. 

 

Le musée a rouvert ses portes le 20 juin 2026 sous le nom officiel de La Coopérative-Musée Cérès Franco, célébrant par la même occasion le centenaire de la naissance de sa donatrice. (1926-2021) Nous y sommes venus ! 

Le musée propose 1250 m² d'espaces modernisés avec de nouvelles salles d'exposition, un centre de documentation et des espaces pédagogiques. Le chantier a coûté 4,6 M€, avec une participation de l'État à hauteur de 780 000 € via le Fonds National de l'Aménagement et du Développement Territorial (FNADT).

 

Le musée désormais géré par un conservateur, présente à sa réouverture, l'exposition « Les aventuriers de l’Oeil-de-bœuf », suivant pas à pas la démarche de Cérès de 1950 à 1970 et constituant le premier hommage pour le centenaire de sa naissance. L’exposition revient sur la période fondatrice du parcours de Cérès durant laquelle elle avait développé une activité pionnière de commissaire d’expositions. En 1962, elle avait invité des artistes à créer librement sur un format de tondo baptisé « œil-de-bœuf », rompant ainsi avec les codes traditionnels du tableau rectangulaire. Cette proposition originale avait donné naissance à plusieurs expositions internationales et réuni près de 250 œuvres. Le parcours mural de cartels met en lumière l’audace du regard de Cérès Franco et son rôle décisif dans la reconnaissance de nombreuses formes de figuration après-guerre. 

 

Qui était donc Cérès Franco ? 

Quittant son Brésil natal, Cérès Franco étudie l’histoire de l’art aux États-Unis avant de s’installer définitivement à Paris en 1951. Elle commence sa carrière comme critique d’art et commissaire d'expositions indépendante. Dès les années 1950, elle commence à acheter ses premières œuvres. Elle marche au coup de cœur pour un art vibrant, figuratif et coloré. Elle aura rassemblé finalement plus de 1650 œuvres représentant 323 artistes, la collection réunissant le travail de 39 nationalités.

Galeriste et collectionneuse d'art, le parcours de Cérès Franco et la constitution de sa collection constituent une formidable épopée artistique et humaine. Étalée sur plus de soixante ans, son histoire est celle d'une femme guidée par une passion inébranlable pour l’art libre, dans le temps où, prenant le pas sur l’Art abstrait, s’imposent en France le Conceptuel, le Minimal-Art, l’Arte povera, etc. Elle a été un témoin de l’Art moderne, dissidente du goût institutionnel ou muséal contemporain et marginal, résolument tournée vers le figuratif. Privilégiant la liberté de création, l’expressivité et l’engagement, elle a été depuis longtemps une figure majeure de la scène artistique internationale. 

Très tôt, elle prend conscience que ses choix du début, cette peinture qu'elle qualifiait de "psycho-peinture", pour intéressante qu'elle soit, ne la satisfont pas pleinement. Elle élargit ses prospections, affine ses choix, va de l'Art brut à des œuvres qui ne se rattachent à aucune obédience picturale ou sculpturale, à aucune mode, aucune officialité. Sans doute, peut-on affirmer que c'est à ce moment-là qu’elle est entrée en dissidence. Car dès lors, ce mot s'applique comme une seconde peau à la Brésilienne qui a quitté sa culture, et est devenue française par admiration de la richesse protéiforme qu'elle a trouvée chez nous. 

Dissidente, car, délaissant les chemins faciles qui lui étaient larges ouverts, elle s’est toujours passionnée pour des formes d’arts situées en marge des courants et des modes : elle s’est entourée d’œuvres créées par des artistes de la Nouvelle Figuration alors à ses balbutiements, comme Grinberg ; élaborées par des gens eux-mêmes à l’origine de mouvements contestataires, comme Lucebert ou Corneille, du groupe Cobra ; d’œuvres violentes et proches de l’Expressionnisme, comme celles de Rustin ; tragiques du mal-être existentiel de leurs auteurs, comme celles de Nitkowski et surtout de Macréau qu’elle a défendu bec et ongles pendant des décennies et qui était devenu la figure de proue de sa collection : des œuvres de créateurs individualistes, en somme, dont rien n'aurait pu araser les différences.

Pourtant, ces options plutôt intellectualisées n’excluent pas d’autres créateurs, autodidactes, spontanés (Jaber, Chaïbia, Aïni...), restituant de façon très émotionnelle sur la toile, leurs joies et leurs peines ; des artistes purs, authentiques, comme Eli Heil... De nombreux vocables sont nés et devenus officiels, dans la seconde moitié du siècle, pour classer paradoxalement ces inclassables ; mais elle a toujours préféré regrouper “les siens” sous celui plus ouvert et bien à elle, d’« artistes en transe » ! Des Naïfs ont fait également, au fil de ses voyages, partie de ses choix, dénichés sous de lointains horizons (Haïti ; Brésil, Mexique, etc.) où il est plus courant de les appeler Primitifs ; et dont elle situait les œuvres dans la catégorie, infinie à ses yeux, des “Arts d’ailleurs” ! Et puis, exemples par excellence de l’Art populaire, des ex-voto, figurines de remerciements, très colorés ou au contraire sombres et sobres ...

Bref, il aurait fallu continuer longtemps encore ce descriptif... Mais de toute façon, il est impossible de citer toutes les trouvailles qui ont émaillé l’existence de découvreuse de Cérès Franco ! Comment définir sa collection, elle dont la vie a été une longue histoire d’amour, de coups de cœur irraisonnés et déraisonnables ; dont chaque exposition a été une pierre blanche dans l’aventure picturale en marge des voies officielles, s’enchaînant sur un autre maillon issu de son imagination floribonde, constituant une nouvelle étape de ses engagements de plus en plus profonds sur des artistes eux-mêmes de plus en plus... dissidents ! N’est-il pas mieux, en fin de compte, de dire qu’aucune règle, jamais, n’a présidé aux choix de Cérès Franco ; si ce n’est de défendre, sans exclusive, des artistes à l’imaginaire infiniment riche, à la poésie picturale obsessionnelle et délirante.

 

De 1974 à 1994 : la galerie « L’Œil de Bœuf » à Paris devient la galerie historique que connaissent tous les artistes figuratifs. Lorsqu'elle la ferme en 1994, Cérès Franco décide d'installer sa collection dans le département de l’Aude, à Lagrasse. Elle y ouvre deux « maisons-musées ». Pendant vingt ans, durant chaque saison estivale, des passionnés et des curieux du monde entier viennent y découvrir ce fonds d'une richesse exceptionnelle. Nous étions fidèlement au vernissage de l’anniversaire décennal de ce qu’elle refusait d’appeler musée, mais définissait comme Collection. Elle reste à Lagrasse de 1994 à 2014.

Mais consciente que les années passent, elle a depuis des années déjà, commencé à prospecter des lieux possibles pour sécuriser sa Collection. Chaque échec est un crève-cœur. Jusqu’à ce que commence l’aventure montolivaine.

De 2014 à 2015 se situe la crise de Carcassonne et le retour des œuvres à Montolieu. Grâce à l’énergie de Dominique et à la générosité du mécène Henri Foch, la collection trouve un refuge définitif à la Coopérative. 

En février 2020, c’est la consécration de la donation officielle.  La collection entre officiellement et définitivement dans le patrimoine public français. 

Ces années de fermeture ont été une nouvelle étape pour le projet culturel du musée. L’obtention du label « musée de France » marque une étape décisive dans le développement du musée Cérès Franco. Elle vient saluer le travail des équipes, des partenaires institutionnels et de l’ensemble des acteurs engagés aux côtés du musée.

La Coopérative-Musée Cérès Franco effectue sa réouverture dans l’ancienne cave coopérative, entièrement réinventée par le cabinet d’Architecture Passelac & Roques. Pensé pour accueillir davantage de visiteurs, ce nouveau bâtiment permettra de renforcer les actions culturelles à Montolieu, mais aussi d’offrir à tous des conditions de visite adaptées. La collection est entièrement accessible au public sur la base Vidéomuséum  en 2026 et sur la base Joconde début 2027. Le musée a rouvert ses portes au public avec une transformation complète de son architecture. 

La nouvelle architecture est un dialogue entre béton brut et volumes blancs. Les murs d'origine ont été préservés : La rénovation a volontairement conservé l'âme industrielle « Art Déco » et le fonctionnalisme du bâtiment originel. Les cuves ont été métamorphosées : C'est le cœur architectural du projet. Les anciennes cuves de vinification et les grands silos en béton brut ont été ouverts, découpés et requalifiés pour créer de nouveaux volumes muséaux. Ils accueillent désormais les œuvres de la collection. À l'intérieur, de grands volumes blancs contemporains s'insèrent dans l'immensité de la nef industrielle. Ils structurent un parcours de visite beaucoup plus fluide, aéré et lisible. 

Cette reconstitution bénéficie de nouveautés techniques et de confort : les murs intègrent désormais des systèmes de pointe pour créer des espaces d’exposition et des réserves à climat totalement contrôlé (température et hygrométrie aux normes scientifiques de l'État), ce qui n'était pas le cas avant les travaux. L'ensemble du site a été mis aux normes PMR (personnes à mobilité réduite) avec des cheminements repensés pour le confort de tous. Au rez-de-chaussée, la librairie-Boutique, fidèle à l'identité de « Montolieu ville du livre », s'est dotée d'un grand espace boutique qui fait la part belle à une librairie d'art très fournie. 

 

En octobre 2020, Cérès Franco vit désormais à l'EHPAD La Pastellière à Toulouse. Bien que physiquement éloignée de ses œuvres et fatiguée, sa passion pour l'art reste intacte. En octobre 2020, en plein cœur de la crise sanitaire du Covid-19, elle bouscule le quotidien de son établissement. Elle convainc la direction et le personnel de l'EHPAD d'organiser une véritable exposition d'art dans les salons et espaces de vie des résidents. Elle endosse le rôle de commissaire d'exposition pour mettre à l'honneur son ami de longue date, le peintre montalbanais Serge David Angeloff. Une trentaine de toiles sont accrochées aux murs de la maison de retraite. Ce projet audacieux et profondément humain permet d'ouvrir les portes de l'établissement au public extérieur et d'offrir aux résidents une fenêtre de beauté et de couleur, illustrant une ultime fois l’intime conviction de Cérès Franco : un art sans frontières, accessible à tous, partout. 

Intuitivement, nous pensions que, malgré l’énergie déployée, une fois déportée hors de son contexte tant aimé, Cérès ne vivrait plus longtemps. Et qu’il nous fallait absolument aller lui dire au revoir. C’est ce que nous avons fait, emmenant avec nous notre petite-fille Emma. Quinze jours après notre passage, Cérès nous a quittés à 95 ans. 

 

La messe d’enterrement a eu lieu en l’église Saint-Séverin à Paris. Le cercueil de bois blanc posé devant le chœur entre ses quatre cierges, paraissait bien petit ! En hommage, Paella Chimicos avait, près de la tête, peint le bois et incité sa vieille amie à « trouver au ciel une place digne d'elle, mais à ne pas embêter Michel-Ange occupé à rénover les fresques de la voûte céleste » !!

II y avait beaucoup de monde, d'un âge plutôt élevé, cela va de soi ! Mais ce qui était attristant, c'était l'absence des enfants, tous deux décédés, et tellement pleurés par Cérès. Bien sûr, les petits-enfants étaient là, tous disponibles pour célébrer leur grand-mère. Et, attendrissante était la présence des arrière-petits-enfants, dont les uns étaient dans leur poussette, les autres dans les bras de leurs parents !! Preuve que la vie continue !! 

 

Quiconque a connu sa galerie L’Œil-de-bœuf, rue Quincampoix à Paris, a conscience qu’il s’agissait bien là d’un “oculus” grand ouvert sur la création mondiale ; rédhibitoirement clos sur les faux semblants, les fausses valeurs, la création moutonnière... De ce lieu tellement atypique, dont les cimaises portèrent si longtemps une telle collection unique, audacieuse, et historiquement représentative de trois décennies de marginalité picturale partirent vers le monde des expositions excentriques au sens le plus positif de ce mot. Suite auxquelles elle reçut des invitations internationales de la plus haute distinction, une décoration de la médaille des Arts et Lettres ; et picturalement parlant, celle d’assumer le titre de Commissaire de la Sélection brésilienne de la Triennale d’Art insitic de Bratislava... Bien d’autres ! Bien sûr ! 

 

Nous étions donc là, le samedi 20 juin parmi les invités, à l’inauguration du musée de Cérès. Quelle surprise, en entrant, de ne plus avoir cet espace ouvert et la mezzanine. Un large couloir, au mur tapissé de cartels porte pour deux années les étapes de la vie de Cérès de 1950 à 1970 ; et de l’autre côté, dans les silos ronds sont accrochées, tirées au cordeau, des œuvres des artistes qui avaient suivi son cheminement originel. L’histoire de Cérès Franco et de sa collection à travers cette transition temporelle et spatiale, en une période où je ne la connaissais pas puisque je l’ai connue dans les années 80, m’a ramenée étrangement à une sensation de perte, la prise de conscience que je croyais savoir tant de choses sur elle, et que là, soudain, je ne me retrouvais pas dans ce parcours. C’était une sorte de vertige, de fascination rétrospective, d'émerveillement de pousser une porte que je n’avais jamais ouverte derrière laquelle je réalisais que cette femme que j’avais accompagnée si longtemps avait vécu avant moi, militait déjà seule contre les courants académiques, présentait des œuvres vibrantes, brutes et marginales que les grands musées ignoraient alors. Fascination n’est pas trop fort pour constituer l’acuité de son œil et l’ampleur de son audace.

J’ai alors retracé mentalement les grandes époques vécues avec ou grâce à elle : la première fois où, entrant dans sa galerie au hasard de mes pérégrinations parisiennes, j’ai rencontré Nitkowski tournicotant sur son fauteuil roulant ; et puis, sans dates et  en désordre : les nombreuses fois où elle demandait à Michel de venir à son appartement changer une ampoule et où il se trouvait face à trois jours de travaux ; l’année où elle avait été opérée et où nous avions pendant trois semaines gardé son musée de Lagrasse, littéralement enfouis parmi les œuvres ; la fois où la ville de Miramas exposant une partie de sa collection alors qu’elle venait de se casser un genou, elle m’avait chargée de faire le discours ; l’année où elle nous avait invités à Ibiza et où nous étions partis avec des bagages énormes sur le toit de la voiture ; lors de ses soixante-dix ans où nous étions une cinquantaine à fêter son anniversaire dans l’appartement de Dominique et Philippe ; le vernissage de Carcassonne, de si sinistre mémoire… Bien d’autres, oubliés peut-être et qui reviendront plus tard… Devant un petit Macréau, j’ai repensé aux grandes merveilles qui ornaient son appartement parisien. J’ai revu combien j’avais aimé le côté bon enfant de son « musée » de Lagrasse. Je me suis rendu compte que soudain, j’éprouvais une véritable nostalgie pour Lagrasse des années 90 ; que si je remontais le fil de son histoire, le musée premier de la Coopérative prenait d'abord les traits de ses maisons-musées sans sophistication et pleines d’empathie. Que suivre cette étape suscitait en moi un sentiment de proximité presque domestique. En cette journée historique où je commençais mon parcours dans le nouveau musée, je me revoyais parmi toutes ces œuvres d'art brut, de la Nouvelle Figuration… habitant des pièces à taille humaine, visitées l'été par tant d'initiés admiratifs. Je revivais le sentiment d'un secret partagé, d'une collection qui ressemblait encore à la maison d'une passionnée. Sentiment que j’avais revécu avec le premier jalon à Montolieu en 2015 dans l'ancienne cave coopérative non rénovée qui prolongeait cette sensation : un lieu brut, chargé d'histoire industrielle, un peu brocante, un peu cathédrale, où l'art s'exposait sans fard. 

Revenant au présent, j’ai réfléchi à la présence désormais d’un conservateur, ce fonctionnement confirmant le côté strict de la gestion muséale. D’ailleurs, lors de notre conversation, il a décrété sans ambiguïté que ce que j’appelais autrefois musée n’en était pas un ; que seul le nouveau lieu en était un, conforme à ce que veut l’exigence actuelle.

Finalement, malgré mes réticences et beaucoup de nostalgie, j’ai ressenti le souffle de la consécration, la puissance de ce nouveau musée. En franchissant les portes de la Coopérative modernisée, mon sentiment s’est modifié. Alors que j’avais été si fière des anciens lieux, j’ai éprouvé une forme de fierté par procuration et de soulagement historique car le lieu conserve son âme Art Déco industrielle (le passé viticole de 1939), mais l'épure contemporaine du cabinet d'architecture Passelac & Roques donne enfin aux œuvres l'espace qu'elles méritent. Ce musée crée un sentiment de légitimité après toutes les vicissitudes vécues pour donner un lieu aux œuvres ; et de fierté puisque, récemment labellisée Musée de France, la collection passe du statut de « trésor caché » à celui de patrimoine national universel. En traversant le temps, j’ai eu conscience de passer de la curiosité pour une trajectoire personnelle et excentrique à l'émotion de voir l'« art hors les normes », toute la marginalité qu’avait soutenue Cérès, définitivement triompher sous les projecteurs du XXIe siècle. Et finalement, toute nostalgie pardonnée, cette trajectoire m’a émue par sa justice poétique.

 

Les photos sont de Michel Smolec. Ce texte contient des extraits proposés par le musée : quelques extraits de l’IA ; et beaucoup d’émotions de Jeanine RIVAIS

1/ Cérès Franco à Lagrasse

2/ Cérès à l’Ehpad de Toulouse Derrière les œuvres de Serge David Angeloff

3/ Le cercueil de Cérès décoré par Paella Chimicos

4/ Désirs bruts : Remise à Cérès de la Médaille des Arts et Lettres

5/ Les 10 ans du musée de Lagrasse

6/ La Coopérative Cérès Franco avant travaux

7/ La nouvelle façade du musée

8/ L’intérieur d’un silo exposition d’œuvres

9/ Le couloir entre mur et silos