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Voilà de nouveau le musée Pierre Merlier à l’honneur. Pour la seconde année, trois artistes icaunais ont été invités à installer leurs sculptures dans la cour du musée. C’est le retour de « Sculptures au jardin ». Trois artistes dont l’un se réfère à l’Art contemporain ; les deux autres à l’Art singulier. Trois créations très personnelles et différentes, qui animeront la cour jusqu’à la Toussaint.
Chaque artiste fut invité à parler de son travail :
JACQUES CANONICI :
« Bonjour à tous,
Je vous préviens que si vous voulez des explications, vous n’en aurez pas. Car mon travail n’en demande pas : C’est un travail émotionnel, peut-être, pas du tout intellectuel. Il n’y a dedans aucun message. C’est un travail de sensibilité, d’érotisme, d’humanité.
UN PETIT ÉCHANGE
Une visiteuse : --Vous avez portraituré des hommes importants, réputés, c’est votre panthéon personnel ?
« Pas forcément ! Peut-être un peu quand même : Romain Rolland, Jean Marais…
--Et Gaston Monnerville, qui faillit être notre premier Président noir…
Mais la plupart des portraits d’écrivains tiennent au fait qu’ils sont venus à Pontigny pendant des décennies, et que nous avons travaillé ensemble : Sur l’humanisme, Sur la société. Ils étaient chers à mon cœur, car tous avaient une philosophie particulière.
QUELQUES EXTRAITS DE TEXTES
Les créations de Jacques Canonici saisissent par leur vitalité. Qu'il s'agisse de peinture ou de sculpture, chacune de ses compositions est un rapport obsédant entre pleins et vides pour trouver le juste équilibre.
Ce qui me surprend c'est l'expression des visages qui donnent vie à ces compositions. Travail formidable, quel talent !
Sculptures en terre cuite de Jacques Canonici, "archaïque renaissant" dont le fil conducteur de l'œuvre est la puissance du mouvement et les rapports essentiels entre lumière et volume. Les rugosités non polies manifestent la force vitale et ensauvagée des désirs exprimés par les visages et les corps. Mais une grâce dans les mouvements, des élans allant parfois jusqu'aux confins du déséquilibre viennent adoucir et poétiser cette sensualité.
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FRANCK MERCKY :
--Merci de m’avoir invité à présenter mes œuvres dans ce beau musée. Je n’ai pas un langage très étendu au sujet de mes œuvres. C’est plutôt beaucoup d’amusement Depuis longtemps, je ne représente plus d’êtres humanoïdes. Je m’intéresse aux animaux, dans des postures invraisemblables, des petits serpentaires, des grues ; des poissons qui ont été maltraités et dont je ne retrouve que les arêtes. .... J’ai apporté ici une série de grues. Je travaille aussi beaucoup avec des choses qui bougent, des mobiles… Quand je vois les gens rire en regardant mes œuvres, j’éprouve beaucoup de joie et c’est plutôt ces sensations que je recherche. Animaliers, ils deviennent dragons, bêtes un peu fantasmagoriques... le rêve, le fantastique. L'imaginaire, l'humour, toujours.
UN PETIT ECHANGE
J.S-R. : Dans vos créations, vous prolongez la gestuelle des formes par le mouvement. C'est-à-dire que le visiteur peut les tirer, les pousser…
F.M. : Oui, les asseoir ; et même les "clinguer" ! Le problème, c'est que les gens sont tellement habitués à aller dans des lieux où on leur dit de ne pas toucher que je suis obligé de mettre des pancartes pour leur dire qu'ici, c'est autorisé ! Moi-même, je suis allé un jour à Beaubourg, à la rétrospective de Calder, et il était interdit de toucher. Les œuvres étaient fixes, rien ne bougeait ! Alors, si les gens ne sont pas prêts à suivre mes petits panneaux, les œuvres ne vivent pas ! Et ils peuvent s'interroger sur le sens de ce qu'ils voient. Mais dès qu'on les met en mouvement, tout change ! Leurs yeux s'écarquillent, le sourire vient, ils commencent à pousser des exclamations. C'est cela qui me plaît !
TEXTE
**** Avec sa faune métallique faite de pièces de récupérations finement dessinées et découpées ; rouillées pour témoigner de l''usure du temps et qui servent à FRANCK MERCKY à réaliser son étrange bestiaire, l'artiste avait déterminé les limites du village puisque ses "Bêtasaures", "Craquosaures" et autres "Craquorétus" qui datent, comme chacun sait, de la plus lointaine vie sur terre, avaient migré aux quatre points géographiques ! Ainsi, découpés, ajourés, tachetés ; parfois même récemment peints en tenues de camouflage, proposaient-ils leur impertinence provocatrice… D'autant que ça remue, de la tête à la queue ! Et ça bouge, ça se déplace ! Chacun a le droit de toucher ! Pour le plus grand bonheur des enfants petits ou grands ! (Texte écrit pour les ACJ. 2018)
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MARIE-NOËLLE NOURY
Bonjour à tous,
Mes personnages sont tous des Maurice. Ceux que vous voyez ont été conçus pour rester dehors. J’ai commencé à créer Maurice en 2002, en hommage à Mauricette", la fillette-femme de Francis Marshall que l'on peut voir à la Fabuloserie à Dicy, dans l'Yonne. Maurice reflète de façon très humaine les bons et mauvais côtés de l’existence, visage triste ou gai, dubitatif ou luron, pensif ou hilaire, intériorisé ou extraverti.
TEXTE
Maurice est né en hommage à Mauricette, la fillette-fille-femme de Francis Marshall, dont les pérégrinations immobiles comblent depuis plusieurs décennies d'humeurs et d'humour noir, une pièce de la Fabuloserie de Dicy, dans l'Yonne. Mais " Maurice fait ses valises ", car Maurice, lui, est un globe-trotter. Il possède, pour le prouver, une belle patinette rouge. Et, bien que très jeune encore, les multiples aléas de sa courte vie couvrent déjà un livre entier de sa conceptrice. Jeune ? En fait, Maurice est sans âge. Sa sagesse est infinie, ses raisonnements exemplaires, son humour réactif du fait du gros bon sens qui le génère. Car chacune de ses attitudes, de ses pensées, de ses décisions, est l'occasion d'un détournement de langage, d'un jeu de mots, d'une allusion à quelque vieil adage. Ainsi, grimpé dans une poubelle, " Maurice est(-il) dans vos petits papiers " ; affalé sur son postérieur, c'est " Maurice assis sur ses positions " ; les pieds rentrés comme ne pouvant assumer le suspense contenu dans son pot plein de jetons de casino, c'est " Maurice a les j'tons " ; alité, l'air de dormir, " Maurice est dans de beaux draps ", etc. D'autant que Maurice reflète de façon très humaine, les bons et mauvais côtés de l'existence : visage triste ou gai, dubitatif ou luron, pensif ou hilare, intériorisé ou extraverti…
Maurice est de taille paradoxale. Avec sa bouille ronde aux gros yeux curieux dardés sur le monde ; son ventre énorme et ses membres raides aux bras terminés par des arrondis préhensiles, il a l'air de peser lourdement sur le sol. Or, il n'en est rien ! Maurice est tout léger, du fait de son ossature grillagée, et sa peau de papier encollé !
Maurice, par contre, est un vrai coloriste : il arbore avec un total naturel ses habits/corps, mélanges arlequinesques de jaune, rouge, noir… Et du bleu. Des bleus, plutôt, seule couleur à être nuancée, du violet le plus vif à l'azur le plus pur !
" Maurice ", affirme son nom, assume sa masculinité. Et pourtant, aucune indication (phallus, moustache…) ne vient corroborer cette assertion. Seules, sa petite crête bleue de cheveux en bataille, et une façon de carrer ses épaules lui permettent d'affirmer que rien de rien ne suggère qu'il n'est pas un homme ! (Ce qui ne les empêche pas -les épaules- d'être pendantes les jours où " Maurice est à côté de ses pompes ", ceux où " Maurice marche sur des œufs ", parce que " Maurice a des pépins ") !
Et côté intellectuel, comment va Maurice ? Est-il un simple ? Un érudit ? Malgré sa grande connaissance déjà évoquée des dictons populaires et des sous-entendus marqués au coin de la culture rurale, rien ne dit qu'il ait avalé un dictionnaire ! Peut-être même, avec tout ce qui lui arrive d'heurs et malheurs, n'a-t-il jamais eu le temps d'aller à l'école ? Qui sait ?
Il serait judicieux, pour Marie-Noëlle Noury, de s'en inquiéter !J.R (Texte écrit en 2017).
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Et ? bien sûr, vous pouvez toujours venir ou revenir pour voir les sculptures du maitre incontesté des lieux : Pierre Merlier, « véritable orfèvre du bois ; qui sait le caresser, en explorer les blessures naturelles, le modeler jusqu'à y évoquer les brillances et les ombres d'un décolleté, les mamelons d'une cuisse cellulitique, y générer une pilosité factice, faire saillir ou ployer une épaule, accentuer exagérément la chute d'une paire de fesses... Détruire toujours, enlaidir ; aller jusqu'au bout de la laideur, à coups de nez énormes, de commissures de lèvres affaissées, de seins flasques, de moues et de rictus exacerbés ! Augmenter encore cette disgrâce physique en peignant à même le bois, des vêtements informes, des chapeaux disgracieux et ringards, des chaussures éculées. Et puis des lèvres rouge-sang, d'énormes lunettes opaques ou des yeux vides et mornes, tantôt quasi-clos, tantôt noirs et immenses, déformés en tout cas, surtout dans les sculptures polymorphes dont les poitrines et les ventres génèrent des têtes ou des visages, jusqu'à être constituées de plusieurs "étages… ".J.R.
MUSEE PIERRE MERLIER Hameau du Saulce, 89290 ESCOLIVES-SAINTE-CAMILLE. Ouvert de Pâques à la Toussaint, tous les jours sauf mardi, 11h/18h30. Tél : 06.75.12.87.04.
Photos 1 et 2 : Jacques Canonuci : Portrait et œuvre
Photos 3 et 4 : Franck Mercky : Portrait et œuvre
Photos 5 et 86: Marie-Noëlle Noury : portrait et œuvre
Photo 7 Musée Pierre Merlier.
Photo 8 Musée Merlier
le site artistique de jeanine rivais