Jeanine Rivais : Jean Tourlonias, quand avez-vous commencé à peindre ?

          Jean Tourlonias : J’avais environ 23 ans. Je rentrais de l’armée. J’avais fait mon service en Algérie, à la coopérative laitière de Gerzal...

 

          J. R. : Que dessiniez-vous ? Aviez-vous suivi des études artistiques ?

          J. T. : Non, pas du tout. Je dessinais un peu des paysages, des scènes qui me plaisaient.

Je me suis arrêté vers l’âge de 34 ans, parce que je devais travailler dans le jardin ; et je m’y suis remis vers 49 ans. Depuis, je ne me suis plus arrêté. J’en ai 60, maintenant.

 

          J. R. : Qu'est-ce qui vous pousse à peindre ? Vous sentez-vous seul ? Souffrez-vous de quelque chose ? Ou est-ce par simple plaisir ?

          J. T. : C’est la passion de peindre ! Ce que je n’aurais pas pu faire il y a quelques années, je le fais maintenant. Je ne travaille plus au jardin, et ainsi ma vie est moins monotone.

 

          J. R. : Avec quelle peinture peignez-vous ?

         J. T. : Avec de la peinture à l’huile. Certains parlent de la peinture acrylique, mais je crois qu’elle sèche trop vite ! J’ai peint tous mes tableaux avec de la peinture à l’huile qui me convient très bien.

 

         J. R. : En regardant vos œuvres récentes, je remarque que vous y avez mis des noms de gens connus : Réalisez-vous une toile pour chaque personne qui s’occupe de vous ?

          J. T. : Non. Mais, par exemple, le concessionnaire de chez Mercédès m’avait écrit pour que je fasse une exposition dans le magasin où il vend ses voitures. Je pouvais faire ce que je voulais. J’avais déjà fait une série avec des motos. J'ai eu envie de faire des voitures ! Je lui en ai parlé et cela lui a convenu.

 

          J. R. : Votre travail, en tout cas, est très vivant et donne l’impression que vous vous amusez beaucoup en le réalisant !

          J. T. : Oui, en effet. Et mes œuvres se vendent bien. Et puis, je connais pas mal de monde ! J’ai des oeuvres ici ; j’en ai porté il y a quelque temps, vingt-quatre à Lausanne ; et j’en ai quelques-unes à l’Aracine. Je connais Madeleine Lommel, mais je crois que son musée est en train de déménager ?

 

          J. R. : Oui, il va se réinstaller à Villeneuve-d’Ascq, dans le Nord.

          (A une voisine qui a accompagné Jean Tourlonias) : Depuis quand le connaissez-vous?

          La voisine : Depuis tout jeune ! Je l’ai toujours vu peindre !

 

          J. R. : Et pourquoi riez-vous, en vous promenant avec nous dans le musée ? Vous n’aimez pas sa peinture ?

          La voisine : Oh ! si, justement ! Je trouve que ce qu’il fait est bien plus beau que tout ce qui est autour de nous ! Et puis, je vous assure qu’il ne copie pas ! Ses voitures, il les a toutes dans la tête !

 

ENTRETIEN REALISE EN 1998, LE JOUR DE L'INAUGURATION DU MUSEE DE L'ART EN MARCHE.

ET PUBLIE DANS LE N° 62 D'AVRIL 1998 DU BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA