HOTEL DE VILLE : 

SUHAIL SHAIK

 

LES VIRTUOSITES ANCESTRALES ET ARTISANALES DE SUHAIL SHAIK

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          Chacun sait que la découpe du parchemin, puis du papier remonte au moins à l'an 700 ! Qu'il était initialement un art pratiqué dans les cérémonies religieuses du Japon. Que, tout en détails, en transparence et en finesse, ces œuvres, inspirées par la nature, sembleraient presque se confondre avec de la dentelle tant le papier blanc prend vie et s’épanouit. Que seuls sont autorisés, pour que les créations soient authentiques, le scalpel et les petits ciseaux. Et, selon Claude Allegri (¹), que "Le découpage est avant tout un jeu, un décor ou un acte de virtuosité pour arriver, avec les siècles, à en faire un art d'expression".

          Depuis combien de temps Suhail Shaik pratique-t-il avec minutie et délicatesse la découpe de papier ? Toujours est-il qu'il est devenu expert en son domaine et que ses œuvres tellement minutieuses suscitent chez le visiteur ébahissement et admiration. 

          Nombre d'artistes se sont colletés à cette forme d'artisanat qui requiert patience, dextérité, hardiesse et génère des œuvres délicates, raffinées. Mais le résultat est généralement petit. Rien de tel chez Suhail Shaik dont les créations inspirées de la vie qui l'entoure, sont grandes tels ses cercles ailés ; multiples comme ses poissons, nageant tous vers un même but, enfermés dans une armoire ; voire immenses, comme son abat-jour de plusieurs mètres de diamètre. Pour autant, les différents motifs constitutifs de ces grandes créations, sont minuscules, et suggèrent le nombre d'heures consacrées par l'artiste pour parvenir à la beauté finale !

Le but de ce travail étant de donner à un sujet le maximum de détails, en faisant tenir tous les éléments découpés d'un seul tenant, imagine-t-on, la nécessité de rigueur inhérente au dessin de chaque œuvre dessinée à l'envers et conçue forcément pour être vue à l'endroit ; l'obligation de se concentrer sur ce travail obsessionnel, pour que le côté répétitif des motifs charme l'œil du regardeur? 

          De toutes ces exigences, Suhail Shaikh est le garant, lui pour qui il est essentiel de "donner une forme physique à l'instant vu, un instant vécu, une émotion, avec une matière ordinaire" (²). Mais il s'attache à résoudre un autre problème : celui de la connivence entre les ombres et la lumière. La "dentelle" réalisée crée a priori un contraste entre les éléments blancs et l'ombre incluse entre eux, la réalité du papier faisant écho à la légèreté de l'ombre, à sa fragilité. Mais l'objet génère également une ombre portée, plus nuancée, version ombragée de la réalité. En somme, Suhail Shaikh joue sur la représentation de l'objet et de ce qu'il y a -littéralement- près de/sous lui, le matériel et l'immatériel, ce jeu étant une véritable invitation à la rêverie qu'il propose au visiteur de découvrir.

 

Ainsi, grâce à ses incroyables réalisations aux détails hyperréalistes ; par ses œuvres contemporaines, utilisant principalement des techniques traditionnelles ; avec son papier blanc découpé alliant délicatesse d’exécution, complexité visuelle et qualité ornementale, Suhail Shaikh présente-t-il une véritable anamorphose sculpturale alliant à ses nuances mi-ombre mi-lumière, une véritable poésie.

Jeanine RIVAIS

 

(¹) Ancien Conservateur du Musée du Vieux Pays d'Enhaut dans son livre "Les découpages du Pays d'Enhaut et du Saanenland".

(²) Suhail Shaikh

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ANNIE BLAISE RESNIK : 

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS "CREATRICE SANS LIMITES, SANS PREJUGES, SANS CONTRAINTES" : FESTIVALS, http://jeaninerivais.jimdo.com/VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020

 

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ATELIER-GALERIE FIFI STEVEN : 

FABRICE ANNEVILLE-CONSTANCE : 

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LES AGGLOMERATS DE FABRICE ANNEVILLE-CONSTANCE". FESTIVALS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ 6e BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2018 

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FIFI STEVEN

 

LES PEINTURES OBSESSIONNELLES DE FIFI STEVEN

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"Une oeuvre d’art n’est pas belle, plaisante, agréable. Elle n’est pas là en raison de son apparence ou de sa forme qui réjouit nos sens. La valeur n’est pas esthétique. Une œuvre est bonne lorsqu’elle est apte à provoquer des vibrations de l’âme, puisque l’art est le langage de l’âme et que c’est le seul".  Vassily Kandinsky

 

         Le visiteur qui arrive devant les peintures de grand format de Fifi Steven se retrouve confronté à des œuvres radicales : des toiles surchargées, prêtes à déborder l’espace du cadre, des gribouillis, des aplats épais de couleurs, parfois noirs et blancs, parfois multicolores, mais toujours répétitifs, systématiques, obsessionnels. 

N'était que l'artiste est trop jeune pour avoir "connu" l'Action Painting des années 40, ce visiteur pourrait penser qu'il s'en est largement inspiré ! Car dans ses œuvres, la toute-puissance du geste a pris le pas sur le résultat pictural. 

          Mais finalement, elles se rattachent plutôt à une peinture expressionniste colorée, faisant rejaillir son esprit, le représentant de façon spontanée par le prisme de ses émotions. Résolument abstraites, elles traduisent la sensibilité dont est doté Fifi Steven, son caractère exalté qui le fait jouer avec les couleurs et refuser les formes traditionnelles, créant au gré de sa fantaisie, un langage informel surprenant. 

          La peinture intuitive abstraite ne constitue pas une fin en soi :  néanmoins, des lignes déformées, des taches survenant de façon aléatoire, des formes géométriques enchevêtrées, tous les éléments amassés évoqués plus haut  génèrent, à l'insu du peintre peut-être,  des ensembles déstructurés qui se concilient avec les couleurs au sein de la composition du tableau dont le but final est de susciter une harmonie capable de permettre au regardeur d’entrer en contact direct avec la subjectivité du peintre et donner libre cours à sa propre réaction émotionnelle subjective.

Jeanine RIVAIS

 

TEXTE DE FIFI STEVEN

"Je crée quasi exclusivement dans la spontanéité et avec intuition. Je réfléchis rarement avant de produire quelque chose.

Je m’amuse beaucoup dans ce que je fais, et j’ai énormément de mal à faire les choses lorsque ça ne vient pas naturellement.

          Je suis davantage intéressé par le processus de création et ce qu’il s’y passe que par le rendu final.

          Je ne souhaite pas avoir une production dirigée afin de plaire au potentiel acheteur, mais plutôt me saisir de cette occasion pour laisser s’exprimer ce qui se joue à ce moment-là, seul ou à plusieurs. Je suis particulièrement intéressé par l’inclusion de toute personne volontaire et pas forcément "artiste professionnel" dans le processus de création.

          Créer collectivement c’est un peu partager ses doutes et ses croyances, s’exposer, partager une tranche de vie, lâcher prise.

          Mais c’est aussi voir que nous sommes capables, que cela produit quelque chose, et que cela peut aider dans son cheminement". 

 

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ATELIER PHILIPPE DURAND : 

TOTO PISSACO : 

 

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : GRAND BAZ'ART A BEZU 2009. 

Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS "LES PERSONNAGES CONFINES DE TOTO PISSACO" : FESTIVALS, http://jeaninerivais.jimdo.com/

VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020

 

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AMICALE CHAPELON : 

THIERRY FALIGOT : 

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS "LES LUXURIANTS ASSEMBLAGES DE PAPIER DE THIERRY FALIGOT" : VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020 http://jeaninerivais.jimdo.com/

 

 

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BOURSE DU TRAVAIL : 

AGNES BRUYAS ET LA PREHISTOIRE

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"ses traits étaient accentués : les arcades sourcilières étaient lourdes, le nez pointu, les mâchoires proéminentes, le front fuyant et la tête longue…" (Jean M. Auel : "Les enfants de la terre" Tome 4 Deuxième partie. Le retour d'Ayla)

Cet extrait d'un livre qui a fait le tour du monde semble à merveille convenir aux crânes d'Agnès Bruyas. Conçus en terre noire lourdement chamottée, ils ont toutes les caractéristiques de l'Homme préhistorique. Sauf que le visiteur les imagine moins lisses, car l'artiste les a longuement polis. 

       Appartenant à la même époque, mais aujourd'hui fossilisés, Agnès Bruyas présente des sortes de pseudopodes aux belles couleurs vert grisé, protégées de vernis, et dont l'oeil mi-clos, un peu endormi, contraste avec les gros yeux clos de ses hommes préhistoriques.

Jeanine RIVAIS

 

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CALOZ

HUMAINS ET/OU TOTEMS, LES SCULPTURES DE CALOZ

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        Est-ce la nécessité de se raconter des histoires libératoires qui entraîne Caloz dans la création d'êtres d'une beauté primale, déroutants et fascinants, toujours verticaux, à la fois réalistes et fétiches conjuratoires ?

Et si quelqu'un doutait de leur pouvoir, il lui suffirait de constater la puissance évocatrice de ces œuvres ; le rictus sur la plupart des visages ; qui ont pris, sous ses mains habiles, des expressions saisissantes représentant les tourments humains ; expressions en somme de la douleur physique ou psychologique renforcée par la mise-en-scène toute simple de chaque personnage représenté. Car elle n’a pas seulement modelé les corps, elle a fait jaillir la passion, la souffrance. Bref, elle a insufflé la vie à la matière, placé l’humain au cœur de sa création. Et, devant une telle force suggestive, le visiteur se demande quel puissant mal-être de l'artiste rejaillit sur ces créatures ? 

         Car elles sont de nul lieu et de nul temps ; simplement, elles sont "là" : incontestablement humanoïdes, solitaires, leurs épaules tombantes ; leur nez puissant en relief dans leurs visages tendus vers le ciel en un geste d'espérance sans doute, de dynamique peut-être, d'élévation mystique sûrement. Les yeux sont enfoncés et les pommettes saillantes ; la bouche est élargie, aux commissures basses des gens désespérés ! Et, quelle que soit leur silhouette nue ou dissimulée sous des vêtements qui ne sont guère plus que des haillons, le corps est fin, nerveux, noueux ; les jambes apparemment trapues, solides. 

    Il est à noter que, mis à part le personnage chevauchant son oie ou "Don Quichotte" cramponné aux lourdes cornes de son bœuf décharné et si épuisé qu'il a chuté, les autres semblent incapables d'agir : ici une femme tient à bout de bras son enfant emmailloté, inerte, mort peut-être ; l'"Ascète" à demi-retourné abritant un visage féminin dans les plis de sa pélerine, affecte une posture inquiète ; autour des jambes d'un autre personnage s'agrippent des sortes d'homuncules, les plus audacieux parvenus sur sa poitrine ; tandis qu'un autre encore, enchaîné surprend le visiteur de son corps biface, tenant d'un côté sa lourde chaîne, de l'autre un œuf  sur lequel est écrit "Alien", proclamant ainsi sa différence !...  Tout cela conçu en de longs pétrissages de la terre qu'elle laisse brute, afin que demeure le caractère essentiel de son travail : l'urgence de dire, de montrer ; en des ocres embus, des gris ternes, des violacés foncés, les couleurs de la misère, en somme ! 

          Ainsi, les œuvres de Caloz rejoignent-elles par leur gravité pleine de révérence, par leur spiritualité, l'esprit de celles dont l'ombre tutélaire a courbé bien des fronts. Pourtant, s'il s'agit de totems comme il est suggéré plus haut, elle les remet à l'échelle humaine : par eux, l'émotion du spectateur rejoint, en somme, celle de la sculptrice. Finalement, quelle que soit leur "destination", ces oeuvres sont, par le mélange d'éphémère et de durable qu'elles véhiculent, par leur totale adéquation entre création et imaginaire, porteuses d'un message intemporel d'une poésie puissante. 

De sorte que, lorsque, enfin, le spectateur émerge de sa visite, après être passé par des temps de fort désarroi, il lui faut un moment pour retrouver son calme, littéralement se délivrer de la rémanence de cette "violence psychologique implicite" ! Malgré tout, il emporte avec lui une certitude : si, comme l’écrit Louis Pons, lui-même très préoccupé du rapport de l’homme aux objets, "L’art doit clouer le bec", le sien l’a été, et de belle manière !

Jeanine RIVAIS

 

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SOPHIE DELPY : 

 

LES SCULPTURES ETHNOLOGIQUES DE SOPHIE DELPY

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            Depuis toujours, les artistes se sont passionnés pour l'étude d'autres civilisations, admirant, collectionnant (lorsque des missionnaires ne les avaient pas brûlés), s'appropriant les objets les plus variés, souvent religieux, rituels créés par des sociétés traditionnelles. Au début du XXe siècle, en particulier, nombre d'entre eux ont clamé l'influence qu'avaient sur eux les arts africains. La fascination a-t-elle été si grande qu'en ce premier quart du XXIe siècle, des artistes continuent de s'inspirer de l'esprit des sculptures tribales africaines ? 

 

          Tel est le cas de Sophie Delpy qui, après s'être exprimée en peinture avec des toiles abstraites, proposait en 2016 des sortes de petits totems traités dans des tons d'ocres et bruns lumineux, pour en venir à sa vision actuelle de l'ethnicité. Elle a réalisé pour ce faire des personnages de toutes tailles, de tous âges, des deux sexes. Tout se passe comme si elle avait découvert, derrière quelque porte dérobée, des êtres inconnus ; et s’était mise, avec leur complicité bienveillante, à en raconter l’histoire !  

        Les voyant disposés en petits groupes, le visiteur se demande s'ils sont en route vers quelque village perdu dans le désert ; ou, lorsqu'ils sont statiques ou assis, s'ils se reposent à l'étape du soir ? En somme, s'ils seraient des êtres primitifs en errance ?  Des êtres, en tout cas, sans définition sociale sauf qu'assurément, ils appartiennent à une même ethnie. Mais présentés hors de tout contexte (une grotte, par exemple, ou une hutte en paille…), susceptible d’introduire une indication de temps ou de lieu ; pas même une terre sur laquelle reposeraient fonctionnellement des objets usuels reconnaissables (masques, vases, sculptures ou ouvrages tissés) ; aucune pratique cultuelle, culturelle, donc…  Au visiteur de leur donner subjectivement une origine et une possible existence ! Par contre, à l'unanimité, ils ont la bouche grande ouverte : chantent-ils ? crient-ils, ce que l'expression de leurs grands yeux aux orbites vides laisserait plutôt croire : mais dans ce cas, que crient-ils ? La façon dont ils sont créés, produits, interprétés, réappropriés, confirme que Sophie Delpy a une façon bien à elle de leur donner vie et oblige, là encore, le visiteur à tirer de ces incertitudes, subjectivement ses conclusions.

          Des êtres donc, à l'anatomie mate, brunie par les enfumages. Nus, ou vêtus de vêtements/peaux. Les corps tout ronds, façon coquetier ou filiformes, aux troncs allongés tubulaires, parallélépipédiques, ou lorsqu'ils côtoient le réalisme, exposant une belle poitrine aux seins droits, mamelons dardés. Nantis de jambes ou juchés sur une simple tige fixée à un socle. Tendant des bras raides réduits à un simple bâton, ou fonctionnels, souvent repliés, parfois hypertrophiés. Chauves, presque tous, sauf quelques femmes aux cheveux crépus. La peau lisse, tendue au maximum sur les os, mettant en relief les scarifications du visage. Les pommettes larges. Le menton très réduit ou carrément absent. Les oreilles largement décollées. Très peu de front, les orbites creux comme il est dit ci-dessus, placées haut. Le nez proéminent, barrant la face. Le corps raide, le port altier.

  Ainsi, Sophie Delpy crée-t-elle un monde fantasmagorique, une ethnologie personnelle. Cette réflexion mutagène l'entraîne en un cheminement hors des sentiers battus. En une œuvre où la profondeur va de pair avec l'esthétique. Originale, conviviale, curieuse, interrogative et exploratoire : vivante en somme !

Jeanine RIVAIS

CE TEXTE A ETE ECRIT LORS DE LA VIIIe BASI 2022 DE SAINT-ETIENNE.

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : http//jeaninerivais.jimdo.com/ FESTIVALS BANNE 2012.Et ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS http//jeaninerivais.jimdo.com/ BANNE MAI 2016

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GINA DE LUCAS :

 

LES TOURS ET DECORATIONS DE GINA DE LUCAS

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          Gina de Lucas aurait-elle rencontré l'angle droit, elle qui, naguère, exposait des petits personnages en terre, tout ronds !? 

Elle propose cette année leur habitat, et les décorations susceptibles de les embellir : petites tours parallélépipédiques couvertes de dessins ; arbres peints ; boîtes ; demi-sphères, etc. Le tout joliment peint de figures géométriques, abstraites, voire fleurs en aplat, léger relief ou carrément collées sur la tranche.

Un travail qui relève de l'artisanat, plein d'humour et de savoir-faire.

Jeanine RIVAIS

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS "LES PERSONNAGES VENTRUS DE GINA DELUCA" : http//jeaninerivais.jimdo.com/ FESTIVALS, VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020

 

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MIREILLE FAURE  :

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/FESTIVALS : 6e BIENNALE DE SAINT-ETIENNE 2018

 

 

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AGNES FRANCESE :

 

AGNES FRANCESE ET LA TERRE

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          Que peut signifier, dans l'esprit d'Agnès Francese, cette dichotomie qui caractérise toutes ses œuvres ? S'agit-il de générer une pratique opposant revers/face, dedans/dehors, réel/factice; présence/absence qui solliciteraient du visiteur un imaginaire et une sensibilité, une réflexion sur les rapports qui existent entre l’homme et la machine, par extension entre l’art et l’artisanat ? 

          Il semble bien que ce procédé répétitif ait un tout autre but ; que loin de s'opposer comme il arrive la plupart du temps quand des éléments similaires ou très proches se font vis-à-vis, les deux éléments qui, unis à la base,  se déploient, se séparent, puis se retrouvent en haut de la sculpture, pas forcément à se toucher, mais se rapprocher suffisamment pour former un écrin précieux dans lequel l'artiste fait vivre ce qui pourrait être tantôt des éléments végétaux, évasés à leur sommet, ou au contraire bulbeux, ce qui donne à l'ensemble, une connotation sexuelle ; tantôt de petits éléments de formes aléatoires qui semblent s'agripper du haut en bas de ces deux demi-coques ;  témoignant des recherches formelles de l'artiste… Ces demi-coques se rapprochent de manière à former un cou, se dichotomisent à nouveau, donnant naissance à une tête formée de fleurs intimement enchevêtrées ; si bien qu'au final, ce visiteur a l'impression de se trouver devant un couple accroupi face à face. 

           La richesse des formes et des matériaux, alliant une extrême simplicité à une grande originalité, ou au contraire une longue élaboration lorsqu'ils sont piquetés d'une infinité de petits cercles troués faisant penser à de minuscules coquillages collés côte à côte, sont d'une beauté décorative impressionnante. D'autant que tout cela est conçu en belle glaise d'une blancheur immaculée, ou noire à motifs blancs. Et que sur ces surfaces parfaitement lisses, Agnès Francese a sculpté en léger relief des motifs végétaux ou floraux. De sorte que l'ensemble suggère un fruit qui, trop mûr, se serait fendu, déployant son intérieur à des yeux étonnés ! 

 

          Ces œuvres qui témoignent d'une grande sensibilité à l'humain, sont caractérisées par une vision émotionnelle et subjective du monde. Elles sont résolument expressionnistes, violentes et tendres, structurées, introspectives et poétiques. 

Jeanine RIVAIS

 

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : FESTIVALS http://jeaninerivais.jimdo.com/ BANNE 2014

 

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SANDRA GARGOWITSCH

 

LES SCULPTURES COLOREES DE SANDRA GARGOWITSCH

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          Bien qu'encore jeune dans le monde sculptural, Sandra Gargowitsch a déjà intellectualisé sa démarche, se livrant à des exercices de styles au cours desquels ses œuvres de bois, pierre, fibres, métaux, et grès se retrouvent entre réalisme et gestation, où l'aspect vivant est mis en valeur avec des formes arrondies et sensuelles. 

      Ses sculptures semi-figuratives et zoomorphes ou semi-abstraites selon le sujet abordé sont très colorées et possèdent une douce brillance, ces deux tendances cohabitant sans hiatus. Chaque œuvre est construite et le visiteur sent l'équilibre entre les formes et les couleurs.

          Sachant maîtriser une forme d'unité par une recherche constante d'esthétique, ayant découvert dans la terre chaleur et sensualité, Sandra Gargowitsch peaufine désormais l'esprit de sa recherche. Son exposition offre diverses figures de libération, de légèreté, parfois une touche d'humour ; un lien entre rêve et réalité que transcrivent les formes, les couleurs, les mouvements, les traits, les matières, évoqués plus haut. 

          Elle crée ainsi un monde qui semble exister comme une métaphore de la condition humaine.

Jeanine RIVAIS

 

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MARYSE LEBASTARD

 

BETES ET GENS, LES SCULPTURES ZOO-HUMANOÏDES DE MARYSE LEBASTARD

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C'est au Salon de Paris, en 1831, que la sculpture animalière a commencé à susciter un intérêt particulier du public, avec le travail d'Antoine-Louis Barye qui la réinvente. Il délaisse l'aspect mythologique des sculptures connues jusqu'alors, pour se concentrer sur l'aspect beaucoup plus représentatif et réaliste des animaux. Pourquoi cet engouement ? D’abord, parce qu’elle est avant tout un spectacle, l’exposition vient dire la jubilation de la monstration du vivant que l’on cherche à ordonner, à classer et à redéfinir. Ce processus engendre des logiques de qualification des animaux qui instaurent des représentations des relations de l’homme au vivant, oscillant entre une altérité farouchement défendue et le continuisme allant jusqu’à une intimité partagée. Enfin, l’exhibition des animaux les transforme en "acteurs-objets…" (¹)

 

          A quand remonte la fascination, le souci d'exprimer l'instinct grégaire et les questionnements sur l’humanité, façon Maryse Lebastard ? De nombreuses années, cette création devenant une véritable monomanie qui a envahi chaque moment de la vie de l’artiste ! 

          Et depuis tout ce temps, elle sculpte dans la terre, le grès surtout, traité au raku, des petits portraits en pied, d’un réalisme surprenant, à ceci près que tous ses animaux ont conquis la station debout ! Qu'ils sont chaque fois surpris par le visiteur, en des attitudes humanoïdes tout à fait surprenantes ! Car tout n'est que tendresse, dans le monde de Maryse Lebastard, conciliabules intimes entre l'animal, un petit singe ou un lémurien le plus souvent, ses grands yeux réfléchissant la lumière, et… un petit humain, souvent féminin, d'ailleurs… Mais parfois, l'artiste s'écarte de ce choix, et ce sont alors des hippocampes, des zancles, des huîtres… qui deviennent partie prenante de cet échange. Et malgré ce côté relationnel inattendu, aucun transfert n'est à remarquer : l'animal reste animal, l'humain reste humain, comme si elle tenait à affirmer la possible tolérance de l'un vis-à-vis de l'autre, en dépit de leur différence. 

          A ceci près que, toujours, c'est l'animal qui est le protecteur, l'humain le protégé, en une inversion très symbolique des rôles. Subséquemment, l'animal est toujours adulte, et propose sa relation avec l'humain à tous les stades de l'évolution de celui-ci : en gestation, placé bien en évidence dans le ventre de la "mère" ; déjà né mais encore bébé dans ses bras ; enfant lisant sur sa tête ; tous deux face à face, en un échange profond mère/enfant. Ajoutant peut-être un soupçon de fantasmagorie ou d'humour, lorsqu'elle danse sur le nez de son phoque !

          Il semble donc bien que Maryse Lebastard ait voulu affirmer son regard positif et sensible sur l’animal. Dire que l'humain n'a pas le monopole de la tendresse, mais que celle-ci existe au même titre dans le monde animal. Se souvenir que, dans la littérature, l'art, comme dans la vie réelle, l’Homme fait parfois appel à l’animal pour caractériser une émotion, un ressenti, une interrogation. Voir ses œuvres encourager l’observateur à s’interroger en adoptant une nouvelle perspective, celle des opprimés…

          Et elle réalise, du fait de tous ces possibles questionnements, une œuvre narrative à la manière d’un conte. Une œuvre qui est un mélange de tendresse comme il est dit plus haut, de poésie, de rêve, de souvenirs enjolivés au fil du temps ; tout cela rendu avec un évident amour de la sculpture.

Jeanine RIVAIS

(¹) Sophie Corbillé et Emmanuelle Fantin (extrait)

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : FESTIVALS http://jeaninerivais.jimdo.com/ BANNE 2014. Et ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : FESTIVALS BANNE 2016

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HUGUES PETERELLES 

 

LES CONSTRUCTIONS METALLIQUES D'HUGUES PETERELLES

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   L’utilisation du métal pour la conception et la réalisation d’œuvres d’art remonte au IIIe millénaire avant J.C., avec l’or, le cuivre puis le bronze. Aujourd’hui, le métal est détourné, recyclé et transformé en ornement ou sculpture. Les sculpteurs sont d’ailleurs nombreux à aimer travailler le métal car, de par sa malléabilité, il offre une infinie variété de possibilités en termes de créations artistiques. Multiples sont les artistes qui créent leurs œuvres à partir de pièces de métal. Mais le comble advient lorsque Hugues Péterelles y ajoute les boîtes de conserves ! D'où des combinaisons entre parties lourdes et plus légères. Malgré la froideur du métal, ses sculptures paraissent en éternel mouvement selon le regard que l’on porte sur elles ; et dans chacune, le visiteur peut voir du respect pour le matériau dont elle est issue, et de la modestie…

          Il faut dire que l'artiste ne fait pas dans la dentelle. Ses créations sont de lourdes compositions proposant à quelque martien caparaçonné de s'envoler ; à une tête toute seule sur son socle de regarder l'horizon avec ses jumelles… métalliques ; à son petit cheval de hennir en silence, la queue levée comme prêt à galoper… ! Epatant son visiteur en tournant une petite clef qui met en branle tout un système d'entrailles d'une sorte de moulin ! Suscitant des interrogations sur le fait qu'ici une fourchette dresse ses dents pointues, là une louche propose ses rotondités, ailleurs une hélice tourne ses pales… car les instruments du quotidien accroissent les combinaisons finales. D'autant que, prêt lui-même à s'embarquer vers quelque lointain cosmos, Hugues Péterelles a doté toutes ses constructions (ne faudrait-il pas dire plutôt ses "assemblages" ?) de roues plus ou moins grandes !

           Ainsi, passe-t-il avec une grande vitalité, d'un matériau à l'autre ; la façon dont il les conjugue lui offrant de multiples possibilités, et une grande liberté de concevoir, construire, créer, faire de la recherche et développer telle idée au gré de ses fantasmes. Un travail de passion auquel il dédie la majorité de son temps.

 

Mais pourquoi Hugues Péterelles se consacre-t-il avec autant d'assiduité à des œuvres où se côtoient suspense et méditation, passé, présent, futur et qui posent les questions universelles inhérentes à notre environnement ? N'est-ce pas une façon bien à lui de se réapproprier les symboles d'une société de consommation qui le dérange ? Ces objets destinés naguère à ajouter un plus à une situation déjà en surconsommation et qui participent désormais à des associations inopinées seront-ils des témoins fidèles de près de plusieurs décennies de recherches formelles et de fantasmagories poétiques ? Ces créations au concept toujours incisif, traduisent-elles une force créatrice infiniment vivace, d'où se dégage paradoxalement une sorte d'humour calme, de sérénité ? Cette dénonciation d'un quotidien à la fois familier et allogène tellement brutal lui apporte-t-elle l'apaisement ? 

          Une chose est sûre, à partir d'éléments banals jetés par d'autres, ou à lui confiés, Hugues Péterelles assemble les émotions et les sensations, travaillant plus avec elles qu’avec les règles et les modes. Son travail spontané, s’appuyant uniquement sur son ressenti, profitant de l’espace de liberté que lui donne la vie, exprime-t-il finalement ce qui est en lui d’émotions, d’envies, de rêves... Son long voyage personnel, en somme… ?

Jeanine RIVAIS 

 

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BEATRICE SAMUEL 

 

LE MONDE CONTEMPORAIN VU PAR BEATRICE SAMUEL

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Infinies sont les façons pour les artistes de rendre compte ou de dénoncer le monde contemporain ! Pour Béatrice Samuel, il s'agit de personnages conçus dans leur entièreté, vivant en des foules qui témoignent de leur instinct grégaire. Des individus à la fois en mouvement et statiques en des attitudes très vivantes. Et ce qui frappe de prime abord dans sa création, c’est la grande explosion de couleurs, les complémentarités et les oppositions des bleus crus qui s’enchevêtrent, des jaunes et des rouges sans nuances qui se chevauchent, des touches de verts qui s’interposent ; le tout “organisé”, combinant un système positionnel qui peut changer indéfiniment : le marié se retrouver avec l'obèse en maillot de bain, le roi avec le jardinier en salopette, le chien étendu aux pieds de l'esquimau, etc. Cette artiste, en effet, réalise des sculptures de terre qui pourraient avoir fait un petit tour chez Rabelais, et autres écrivains qui, comme lui, proposent des personnages truculents ; laids, à tout le moins quelconques ; et pince-sans-rire. Œuvres dans lesquelles chacun est confronté à ce que l'imaginaire peut présenter de paradoxal, de provocant et de poétique. Des personnages réalistes qui interrogent. Des “humains”, toujours. Modelés, burinés, peaufinés, afin que ressortent les éléments du corps que Béatrice Samuel souhaite mettre en évidence : un bedon, une calvitie naissante, la bedaine du roi ou de la baigneuse, l'air penché d'un gringalet…

          Œuvre fascinante en même temps, du fait qu'elle se situe à l’écart de toutes les modes, intemporelle malgré sa connotation un peu archaïque, tous les personnages arborant coiffures et habits sans âge : Ces gens-là peuvent être Monsieur ou Madame Tout-le-Monde de tous temps et tous lieux. Non pas vides de sens social, toutefois. Un peu militants, au contraire ! Représentants miniaturisés de deux des trois ordres qui constituent le monde "vrai" : Noblesse avec son roi couronné ; membres du Tiers Etat campés résolument sur leurs jambes légèrement écartées, posant comme s'ils pensaient que le petit oiseau va sortir. Certes, il manque le Clergé et ses curés, mis ils pourraient tout aussi bien être là, parmi ces créatures porteuses de la vie quotidienne, en somme ! 

         Suscitant chez le spectateur amusement d’abord, puis perplexité voire agacement et malaise par la façon dont, d’observateur il devient observé, car ces “individus” semblent lui rendre regard pour regard, du fond de leur banalité qui, très vite, caractérise cette foule.

          Ainsi Béatrice Samuel réinvente-t-elle le monde : un monde extirpé du contexte dans lequel elle l’a saisi sur un original ou tiré de son esprit. Elle se livre tout entière dans la solitude de son atelier, à la volupté de l’action de donner à chaque idée trois dimensions !... Se souvenir... et pétrir la terre ! Faire de deux plaisirs...une œuvre.

Jeanine RIVAIS

 

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MICHEL SMOLEC : 

 

VOIR AUSSI : TEXTES DE JEANINE RIVAIS : "NAISSANCE D'UNE VOCATION" DANS LE NUMERO 58 DE SEPTEMBRE 1996, DU BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA. "DE TERRE ET DE CHAIR, LES CREATIONS DE MICHEL SMOLEC, sculpteur". 

TEXTE DE JEANINE RIVAIS "NAISSANCE D'UNE VOCATION" : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N°58 de SEPTEMBRE 1996. TEXTE : http://jeaninerivais.jimdo.com/ RETOUR(S) SUR UN QUART DE SIECLE D'ECRITURE(S)

ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ FESTIVAL CERAMIQUES INSOLITES, SAINT-GALMIER 2005. Et :  "TANT ET TROP D'YEUX ou MICHEL SMOLEC dessinateur" : ART SINGULIER. Et aussi : "ET DE NOUVEAU NOUS SOMMES DEUX" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ ART SINGULIER. Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS : RUBRIQUE FESTIVALS RETOUR SUR BANNE 2003. Et : COURT TEXTE DE JEANINE RIVAIS : FESTIVALS : 6e BIENNALE DE SAINT-ETIENNE 2018. TEXTE "MICHEL SMOLEC A LA CAMPAGNE". TEXTE "MICHEL SMOLEC ET L'AMABIE" : http://michelsmolec.jimdo.com/

 

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JACQUELINE WINTZER : 

 

VOIR AUSSI : COURT TEXTE DE JEANINE RIVAIS : FESTIVALS : 6e BIENNALE DE SAINT-ETIENNE 2018.Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS "SES ORIFLAMMES ET SES ETRES DE TERRE" : FESTIVALS, http://jeaninerivais.jimdo.com/

VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020

 

 

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MUSEE D'ART ET D'INDUSTRIE : 

JOSIANE COSTE-COULONDRE : 

 

 

 LES PETITS PERSONNAGES/TETES DE JOSIANE COSTE-COULONDRE

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"Tant de livres faits sur la peinture par des connaisseurs n'instruiront pas tant un élève que la seule vue d'une tête de Raphaël". (Voltaire)

De tous temps, les têtes coupées ont été la signification profonde de la mise à mort brutale de l'ennemi. A tel point que de nombreux peintres, tels Caravage élevant Salomé, Judith ou David au rang de bourreaux ; ou Orphée décapité par les Ménades, etc. en ont fait leurs personnages principaux ; pour ne rien dire des révolutionnaires brandissant les leurs au bout de leurs piques… Et sans oublier que les têtes horribles sont devenues l'apanage d'Halloween ?

          Alors, comment expliquer que les petits personnages/têtes qu'affectionne depuis bien des années Josiane Coste-Coulondre soient si loin de cette pratique et de cette signification ? C'est qu'elle leur donne des petits airs tendres, un peu naïfs, et que la plupart du temps, ils ont acquis un cou gracile, eux qui avaient naguère la tête rentrée dans les amorces d'épaules. Et pourtant, elle leur en fait voir, question formes : les uns ont la tête ronde, les autres l'ont ovale, mais toujours cabossée, bosselée, étirée de tous côtés par des fils les reliant au support ; perdues au centre d'un magma gravelé noir et gris ; le visage carrément partagé en trois parties verticales par une large bande zigzagante, les cheveux plaqués noir de jais, ou entourant la tête de petites bandes de couleurs. Tous détails dont la "simplicité" la ramènent par leur semblant de maladresse mais leur véritable science du trait, aux origines, à des œuvres qui auraient la sincérité des productions enfantines !

          Parfois, Josiane Coste-Coulondre exprime son personnage dans son entièreté (ou presque). A en juger par ses seins, c'est une femme, aux hanches larges, telles les statuettes préhistoriques de la maternité. Mais elle n'a ni bras, ni pieds et elle est entourée d'un ovale noir. S'agit-il alors d'un être en gestation ? Qui sait ? D'autant qu'il lui arrive aussi de représenter ses petits êtres en groupes serrés (et certains sont de profil, alors que les têtes sont toujours de face, zieutant le visiteur).  Lequel, se demande comment, avec des traits aussi rudimentaires, cette créatrice parvient-elle à traduire tant de nuances de caractères et d’humeurs, allant de petites joies à des scepticismes qui leur font hocher la tête, des expressions interrogatives, etc.

          C'est que Josiane Coste-Coulondre est une artiste s'expriimant par le textile et l’envie de créer lui a permis de partager les techniques et d’harmoniser formes et couleurs. Ses œuvres, d’une finesse surprenante, par leur légèreté, le côté protéiforme des tissus cousus, brodés, l’amènent de passages finement ciselés à d’inattendues opacités : la multiplication sans hiatus des couleurs qui font taches sans le plus petit espace vide, génèrent un champ vibratoire toujours fortuit et surprenant. 

          Ainsi, loin de tous les académismes, l'artiste propose-t-elle une imagerie onirique faite de rêves qui l'accompagnent dans sa vie quotidienne ; de liens humains qu'elle essaie de représenter du bout de son aiguille. Des compositions polychromes qui sont un régal pour les yeux des visiteurs respectueux du talent et de la constance d’une telle création. 

Jeanine RIVAIS

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : FESTIVALS http://jeaninerivais.jimdo.com/ BANNE 2011

 

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SABINE FELICIANO : 

 

 LES CREATIONS OBSESSIONNELLES DE SABINE FELICIANO

 

       Il semble bien que les sombres dedans obsessionnels de Sabine Féliciano se soit adoucis puisque, ses œuvres tripales itératives apparemment abandonnées, elle recourt à un travail textile de broderie soit au crochet, soit au fil. Ouvrages non moins obsessionnels, d'ailleurs, mais dont la beauté saisissante vient se confronter avec le caractère symbolique qu'ils arborent. Ces œuvres très visuelles révèlent désormais un territoire esthétique insoupçonné, car elle est parvenue en un temps relativement court à une extrême maîtrise de ses compositions sculpturales. 

          Nombreuses sont ses figures construites à partir d’une même technique et des mêmes caractéristiques plastiques : la répétition à l'infini de petites boules crochetées qui, tantôt s'arrondissent en un magnifique bouquet bicolore ; tantôt sont boules indépendantes, mais indissociables par leur signification, leur alignement symbolisant le tant haï confinement… Tantôt encore,  "travail de contrariété" du fait que l'"on" "surveille nos habitudes" au point qu'elle s'exclame "Où sont nos jardins secrets ?", elle réalise un grand carré constitué d'une infinité de boules côte à côte, leurs couleurs combinées en lignes continues s’enlaçant et s’entremêlant de façon à imposer à l'œil du visiteur un effet vibrant, un sentiment de jeu entre la lumière et les ombres, l'impression d'une vie et d'un mouvement malgré leur position statique ! 

          A d'autres moments, Sabine Féliciano brode ce que sont, pour elle, "des instants purs que l'on aimerait prolonger. Comme un rappel, le souvenir d'instants tellement lointains qu'ils commencent à s'estomper". Elle réalise alors des compositions fines et poétiques où les broderies en léger relief, mêlées à des compositions florales, deviennent diadèmes de quelques princesses fantasmées, fragments de récits, scènes intimes de temps heureux imaginaires, etc. 

          Enfin (mais ce mot ne convient peut-être pas, vu la profusion des expressions de Sabine Féliciano), elle brode au cours d'un voyage de "1500 kilomètres", un "châle-méduse hommage aux grands fonds" attestant du caractère autobiographique de ses créations nourries par l’existence, à travers lesquelles s’articule en permanence la confrontation avec le monde et sa contestation!

          Ainsi, œuvrant différemment de ses compositions tellement violentes de naguère, l'artiste continue-t-elle de dénoncer à sa façon les travers d'une civilisation qui ne lui convient pas. Ces moments d’effusion et de créativité, assombris parfois par leur caractère dissident, sont autant de messages de paix et de compréhension exprimés sculpturalement et souvent confortés par des textes très personnels. Au point que le visiteur interpellé par les œuvres de cette artiste qui suivent une logique personnelle, interne et viscérale, par ces expressions qui appréhendent le monde et la société d’une manière à la fois poétique, critique et politique, repart la tête pleine de ce qui, pour un moment, a été un régal pour ses yeux, et un sujet de réflexion sur la capacité de cette créatrice à confronter le monde !!

Jeanine RIVAIS

LES TEXTES EN ITALIQUE SONT DE SABINE FELICIANO

 

VOIR AUSSI : COURT TEXTE DE JEANINE RIVAIS : FESTIVALS http://jeaninerivais.jimdo.com/ : 6e BIENNALE DE SAINT-ETIENNE 2018

 

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FONTENCOMBLE :

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS :"FONTENCOMBLE, EXPLORATRICE D'ART" : FESTIVALS : http://jeaninerivais.jimdo.com/

"Art brut et outsider, Singulier, Meysse 2016. Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS "FONTENCOMBLE INTRA IPSUM CORPUS" : FESTIVALS, VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020.

 

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MEDIATHEQUE DE TARENTAIZE :

 

CRISTEL BEGUIN : 

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LES SAYNETTES DE CHRISTELLE BEGUIN" : http://jeaninerivais.jimdo.com FESTIVALS BANN'ART JUILLET 2019.

Et  FESTIVALS  BANN'ART 2021

 

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HACENE BOUZIANE : 

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS :  FESTIVALS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ 6e BIENNALE BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2018

 

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ANNE LORDEY : 

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ FESTIVALS : 6e BIENNALE DE SAINT-ETIENNE 2018

 

 

 

 

 

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LOUIS MOLLE :

 

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : festivals Céramiques insolites Saint-Galmier 2006. Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS : FESTIVALS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ : 6e BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2018

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HERVÉ THAREL : 

 

VOIR  AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ :    FESTIVALS IVe BIENNALE LYON 2011.

 

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CENTRE SOCIAL DE BEAULIEU : 

FAFA DE SAINTÉ 

 

MIGRATION DE FAFA DE SINTÉ ET SOUVENIR DU PAYS NATAL

 

Depuis combien de décennies, Fafa de Sainté a-t-elle quitté son Maroc natal pour s'installer en France ? Où elle s'est si bien adaptée qu'elle a carrément supprimé son nom d'origine et en a créé un qui qui la situe complètement dans sa ville d'adoption : (Fawzia est ainsi devenue Fafa ; et de Sainté est l'abréviation populaire de Saint-Etienne). Cependant, sa culture originelle est restée tellement puissamment implantée, avec ses coutumes intimistes et coutumières que chacun de ses tableaux en rappelle un petit morceau. Et, ayant su rester indifférente aux mutations sociales et artistiques issues de tous les horizons, elle a trouvé dans les profondeurs de son environnement séculaire mémorial, un langage pictural qui constitue la forme, le fond et l’esprit de ses œuvres.

          Autodidacte, rien ne suggère la moindre curiosité à l'égard de civilisations étrangères. Par contre, il est évident qu'elle a vécu, qu'elle vit intensément chaque détail de sa vie de naguère. Qu'elle en explore les moindres recoins, les plus subtiles nuances. Et qu'elle les traduit dans un style très naturaliste ! De sorte que, pour le spectateur, ses œuvres prennent un petit air exotique né de sa façon -bien à elle- de donner semblable importance à tous les thèmes qu'elle aborde.

          Bien à elle, en effet, la manière dont Fafa de Sainté traite ses paysages ou les éléments de intérieurs d'habitations, car, tels des oasis verdoyantes sous un ciel d'un bleu intense, elle met en avant à petites touches, à mouvements et postures à peine suggérés, une multitude de plantes, de vases, d'oiseaux…  serrés les uns contre les autres : Un art de restituer au plus près, à travers sa gestuelle personnelle, la scène qu'elle a en tête …

          Cette façon de ne laisser aucun vide dans ses tableaux, Fafa de Sainté  la conserve pour les rares personnages qui jalonnent ses" scènes" : tête au gros nez épaté, aux lèvres entr'ouvertes sur un énorme cigare, encastrée au milieu de tables jonchées de fruits, et de bouteilles dont aucune étiquette ne précise le contenu ; danseuse en robe opulente, frappant son tambourin à bout de bras, dansant entre chats et oiseaux au bord d'un lac plus bleu que bleu ; silhouette humaine disparaissant derrière quelque tête de chèvre, seul son cigare dépassant de sa bouche bée ; femme chapeautée ou à l'opulente chevelure blonde (!) assises sur un banc ! 

          A la fois semblable est l'infinie précision de la composition ; mais différente, parce que, comme si elle procédait pour une photographie, l'artiste agrandit le point de vue et installe un décor, multiplie les pans de murs, les habitations vides d'habitants. Parfois aussi, pour varier peut-être son aperçu sur un thème, elle glisse des bandes étroites proposant des écritures dont le sens échappe tout à fait au visiteur. 

          Bien sûr, il faut également parler du talent de coloriste de cette surprenante autodidacte, son savoir-faire naïf et néanmoins tellement élaboré mêlant fonds quasi-inexistants et teintes lumineuses. Donnant à ses œuvres une richesse qui à la fois les rapproche des couleurs traditionnelles du Maroc, mais en fait une créatrice personnelle, sincère, d'une sensibilité toute féminine aux mémoires populaires. Son potentiel imaginatif inné, son sens de l'harmonie, son inspiration issue d'un quotidien ancestral revisité, ont façonné au fil des années, son univers éminemment poétique. 

                Tous éléments qui confirment, au fil du temps, que l’artiste, bien que transfuge, a préservé son identité culturelle, son intense créativité originale, son inspiration issue d’un quotidien ancestral revisité… Que celui-ci a généré, en somme, hors de toute orthodoxie et de tout apport allogène, un univers pictural mystique, à la fois posé et exubérant. 

Jeanine RIVAIS

 

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CATHERINE GILALCALA :

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS "GIL ALCALA ET SON ŒUVRE DESSINEE PROTEIFORME" : FESTIVALS, http://jeaninerivais.jimdo.com/ VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020

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JÉSA :

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS " JEZA, STREET-ARTISTE ET TANT D'AUTRES POSSIBLES" : FESTIVALS, http://jeaninerivais.jimdo.com/ VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020

 

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RENÉ MATHIEU  : 

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ FESTIVALS : 6e BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2018

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REVES D'AILLEURS : 

CLAIRE TEMPORAL : 

 

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ :    FESTIVALS BANNE 2013.

Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS " CLAIRE TEMPORAL OU L'ART D'ACCOMMODER MILLE PETITS RIENS" : FESTIVALS, VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020.

 

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LES MOYENS DU BORD : 

JACQUES SOULIÉ : 

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS "LA COMPLAINTE DU PAUVRE JACQUES" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ ART CONTEMPORAIN.

 

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ENSEIS FIRMINY ET ADAPEI SAINT-PAUL EN JAREZ (LE JAREZIO, LA MAPHA)

DEUX LIEUX HAUTEMENT QUALIFIES EN ART-THERAPIE

 

 

            L'Enseis et L'Adapei sont deux centres des environs de Saint-Etienne, jusqu'où la VIIIe Biennale des Arts singuliers et innovants étendait ses tentacules. Ce sont deux centres préoccupés par le handicap : Celui de Firminy a pour but de former des éducateurs ; celui de Saint-Paul en Jarez, de prendre en compte ce qu'ils ont étudié, compte de nombreux résidents auxquels ils assurent un mieux-être en pratiquant avec eux l'Art-thérapie.  

          A propos de cette collaboration, Louis Molle président de la Biennale, écrivait : 

"Dans l'univers particulièrement vaste de l'"Art" et principalement dans celui de l'"Art singulier", il est des acteurs qui ne se contentent pas de s'exprimer au moyen des acquis techniques en usage, mais partent vers d'autres horizons à la recherche de nouvelles aventures. Cette démarche fait sens et nous intéresse. 

Du Musée à l'Hôpital en passant par d'autres lieux atypiques, nous avons fait le choix de promouvoir l'"Art brut", l'"Art singulier" et toutes formes d'"Art innovant" particulièrement communicatives. Nous revendiquons notre utilité sous la forme de catalyseur de lien social dont l'Art est un moteur reconnu.

Nous travaillons au plus près de l'humain avec des artistes connus, mais tendons la main à nombre d'entre eux non médiatisés, à la découverte de pépites méconnues y compris dans l'univers de créateurs ayant des difficultés relationnelles. Sérieuse, sombre parfois, le plus souvent drôle et impertinente, cette manifestation est portée par un esprit d'échange et de partage. Gardienne de nos différences, elle se doit de parler à tous et de n'exclure personne". Louis MOLLE

Ces deux lieux habitués à travailler ensemble et à se compléter, proposaient un fort sympathique finissage au cours duquel une double exposition présentait d'une part un ensemble de sculptures de récupération et des faïences généralement dans des jolis bleus, avec de fines décorations. Et l'imaginaire de certains auraient pu laisser rêveurs bien des créateurs situés dans l'officialité ! Beaucoup d'émotion était patente, à regarder l'une après l'autre ces petites créations.

Dans une autre salle étaient les œuvres de l'Adapei, peintures cette fois. Presque toutes de format carré dont chacun sait qu'il n'est pas très facile à "remplir" ; ou léger rectangle. Rares étaient les œuvres qui auraient pu représenter une scène humaine, ou même un paysage. Mais ces compositions formelles étaient d'une richesse, d'un imaginaire remarquable, d'une touffeur surprenante ne laissant découvert aucun espace ! Et quelle richesse de nuances ! A croire que tous ces peintres sont des coloristes nés !  

          A visiter certaines expositions dites "d'Art-thérapie", la proximité des œuvres fait que le visiteur se demande quel est l'espace de liberté laissé aux patients ! Rien de tel ici, où la grande variété des compositions, des combinaisons de couleurs, ne laissait aucun doute sur le fait qu'il s'agissait bien d'œuvres authentiques, personnelles et originales ! 

Un grand bravo à ces associations, et nul doute qu'un tel travail soit bénéfique aux résidents qui l'ont offert aux yeux des invités. 

Jeanine RIVAIS