Pendant très longtemps j'ai réalisé des entretiens avec les artistes que je rencontrais pour la première fois et que j'appelais "Les Nouveaux".

          Depuis trois ans, j'ai décidé d'écrire des textes sur les œuvres des nouveaux "Nouveaux" ! 

Mais certains entretiens remontant à dix ou quinze ans, certaines déclarations d'alors ne sont plus valables, l'œuvre des artistes variant parfois du tout au tout ! J'ai donc décidé, même si cela implique des mois de travail supplémentaire, d'écrire également un texte sur les œuvres de ceux qui avaient jusque-là un entretien.

          Certes, ces textes pourront se périmer à l'égal des entretiens. Mais qui vivra verra ! 

          En attendant, courage !! 

Jeanine RIVAIS

 

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 CAIRON SYLVIE :

 

TEXTES DE JEANINE RIVAIS : "SYLVIE CAIRON,PEINTRE, A LA RECHERCHE DE SOI-MEME" , et "JUSQU'AU BOUT DE SES REVES"  et "PAYSAGES" :  http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique Art Contemporain. 

ET AUSSI ENTRETIEN DE JEANINE RIVAIS AVEC SYLVIE CAIRON, peintre : http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique ENTRETIENS.

 

 

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ERIC DEMELIS : UN SEUL ETRE OU L'INFINI ?

 

Il y a une dizaine d'années, Eric Demelis qui dessinait depuis sa plus tendre enfance, a imaginé un personnage, ou plutôt une tête de personnage qui se retrouve aujourd'hui littéralement multiplié à l'infini, mais dont il affirmait qu'il était toujours "le même" et qu'il était un autoportrait. Le visiteur pouvait bien lui démontrer que non, que ce ne pouvait pas être un être unique, vu que certaines têtes souriaient, d'autres riaient, d'autres encore grimaçaient… les uns avaient des têtes parfaitement rondes ; d'autres des têtes très longues voire cornues ; des gros nez ; certains étaient moitié-terriens, d'autres moitié-martiens… à tel point qu'il aurait fallu trouver tous les adjectifs pouvant caractériser un visage et les appliquer à ses  tableaux, et encore la description ne serait-elle assurément pas complète ! Mais rien à faire, l'artiste persistait et signait : Ces êtres drus, disposés sans jamais la moindre respiration n'étaient qu'une déclinaison de la même tête. Des personnalités complexes à l'intérieur d'une même personnalité. C'étaient les mêmes visages : "une espèce d'autoportrait éparpillé"*. 

Et puis, peut-être parce que cet "être unique" était un autoportrait, tous les visages étaient –sont encore- masculins. A croire qu'il n'a pas dévié d'un pouce de son idée fixe : Lui, lui, encore lui !!!

 

Pourtant, au fil des années, quelques variantes sont apparues : certains de ses individus sont sortis de ces mélis-mélos (tiens tiens ! LE Eric Demelis tellement unique aurait-il eu besoin de se singulariser ? S'échapper de ces cadres où il grouillait à l'infini ?) Toujours est-il qu'il se retrouve parfois seul, tête solitaire, ou en photo d'identité, voire en pied comme un "vrai" personnage !

       Et puis, des cases sont venues isoler visage après visage ! Chacun se retrouvant indépendant, tout en restant membre à part entière, inséparable de la multitude !

         Ensuite, Eric Demelis a abordé la couleur ! Taches aléatoires ou couleurs de chaque petit fond, d'où une impression de kaléidoscope, et couleurs de certaines têtes elles-mêmes, tandis que d'autres restent en noir et blanc, ce qui ajoute à ce sentiment d'irisation !

         Enfin, son monde a changé ! De multi-Demelis, il s'est mis à côtoyer des objets, des animaux. A moins qu'il ne s'agisse de mutants ? Des espèces d'arachnides gigotent à pattes que veux-tu dans leurs cases. Des porcs au groin sur-allongé y dressent leurs oreilles super-pointues. Des êtres bicéphales y côtoient des têtes de coqs. Des clefs ouvrent quelles portes ?  etc. Et la liste s'allonge, avec ou sans cases, en noir et blanc et en couleurs, jusqu'à dépasser l'infini car l'artiste s'est mis à enrouler des mètres de papier à mesure qu'il avance dans sa progression ! 

 

          Comment définir cette obsession des visages, des petits personnages et de tous les éléments qui se sont immiscés dans les créations d'Eric Demelis ? Une chose est sûre, même si cette répétition récurrente est proche des obsessions de l'Art brut, il n'en fait pas partie, trop de culture l'en empêche ! Alors, quel nom donner à cette permanence d'une même idée : lui encore et toujours ? Quelles inhibitions ou besoin de liberté le ramènent jour après jour, année après année devant cet autoportrait qu'il considère comme unique ? Une telle création tellement prolifique, toujours semblable en apparence, mais jamais la même, relève-t-elle du jeu ? Est-elle, au contraire, tellement irrépressible qu'elle soit (en exagérant un peu) une addiction à laquelle il est impossible à l'artiste d'échapper ? Dans ce cas, faudrait-il envisager de l'exorciser ? Mais face à la richesse infinie (aussi infinie que le nombre de petits autoportraits), serait-ce souhaitable ? Ne vaut-il pas mieux continuer de s'en étonner ? Qui sait ? 

Jeanine RIVAIS

VOIR AUSSI :  ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ RUBRIQUE FESTIVALS BANNE 2012.

 

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ELSO BEATRICE : 

 

TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.doc/  Rubrique FESTIVALS : "Art brut et outsider, Singulier, Meysse 2016.

 

 

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FOUGERE PHILIPPE : 

 

TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.doc/  Rubrique FESTIVALS : "Art brut et outsider, Singulier, Meysse 2016.

 

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LES ETRES HOMOMORPHES DE LUCIE GAMACHE

 

          Omniprésents sont les “humains” dans l'œuvre de Lucie Gamache : tantôt presque réalistes,  cheveux crépus, gros nez et gros yeux ronds, mais  la tête hypertrophiée ; tantôt figure rustaude et coiffure à chéchia, mais pieds soudés ; où encore fillette à profil de Bécassine !   Tantôt l'air d'avoir été conçus à partir de branches torses ou de ceps de vignes particulièrement noueux. Ceux-là, si la volonté de l'artiste est bien de les faire humanoïdes, ils sont néanmoins bizarres (!!) : Et ce sont des gymnastes assurément : L'un, le plus "normal", cheveux au vent, torse balancé vers l'avant, cuisses nettement ciselées, une jambe solide au sol, lance la seconde en arrière comme s'élançant pour taper dans un ballon ; un autre coiffé d'un très militaire képi, chevauche une chèvre aux longues oreilles tombantes caracolant sur ses pattes grêles ; tandis qu'à un autre encore, émule des contes cruels pour enfants, l'artiste a attribué d'une part un appendice dorsal tubulaire qui  sinue dans son dos, terminé par ce qui ressemble à une tête vipérine et, d'autre part une lourde tête de loup "en argent" bleuté, menaçant le visiteur de ses énormes crocs :  l'influence de ces derniers attributs sur la connotation de l'oeuvre consiste à faire jouer une bivalence inattendue : conjuguer l’agressivité de ces  énormes dents avec l’angélisme de ses seins menus au galbe parfait. 

 

          Il faut dire que l’humour, chaque fois, a le dessus, dans cette gémellité oppositionnelle et les libertés prises avec les anatomies. Et que chez Lucie Gamache, il y a un fourmillement d’idées, une profusion d'effets-surprises qui partent dans tous les sens, prouvant que son imagination est sans limites. Et, comme, en outre, elle sait jouer de la lumière sur les nodosités de ses protagonistes, elle témoigne  ainsi, par la naïveté inconsciente et ludique de ces fantaisies humaines d’une personnalité tout à fait optimiste  ! 

Jeanine RIVAIS

 

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GUIBERT CLAUDINE : 

 

TEXTE DE JEANINE RIVAIS : " CREATURES ET CONSTRUCTIONS DE CLAUDINE GUIBERT" :  http://jeaninerivais.jimdo.doc/   Rubrique FESTIVALS BANN'ART 2017.

Et COURT TEXTE DE JEANINE RIVAIS :http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique FESTIVALS. BANNE MAI 2018. LIEUX ET EXPOSANTS

 

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POUR LES NON-RIVERAINS DE LA MER : "Pinsé" est le mot breton pour "pensé"  qui signifie naufrage. Par extension, tout ce qui vient de la mer sur l'estran (zone intertidale ou replat de marée : partie du littoral située entre les limites extrêmes des plus hautes et des plus basses marées.

Pinseyeur : Ramasseur d'épaves. Par extension, artiste qui utilise ces matériaux pour créer ses oeuvres

PEINTRE ET PINSEYEUSE,

ODILE KAYSER ET SES "CREATURES"

 

     En d'autres lieux, il serait dit qu'Odile Kayser est récupératrice, mais comme l'essentiel de ses glanes se situe au bord de la mer, la voilà pinseyeuse !  Et ses sculptures sont en fait des assemblages réalisés avec des matériaux divers, bois, ferrailles, pierres, plastiques, mais pour qu'ils l'intéressent, il faut qu'ils soient burinés par le temps, érodés par les marées. C'est alors que son imaginaire se met en branle et qu'apparaissent de bien étranges animaux ! 

          Tous sont quadrupèdes, mais si les uns se servent de cette quadrupédie, d'autres tels des humains s'étant relevés, ne marchent que sur deux pattes ; à moins que, devenus bipèdes, ils n'aient besoin d'un appendice ventral pour les maintenir en équilibre !! Mais quelle que soit leur avancée dans la civilisation animale, il n'y a chez la plupart, aucune recherche dans la conception des pattes : des bâtons tels que récupérés : bien raides ; filiformes parfois à la manière des oiseaux ; disparates sur une même créature,  au gré des découvertes de l'artiste ! Et pour celles qui sont devenues des bras, elles sont si souvent en croix que le visiteur se demande à quoi elles peuvent servir ?... 

          La tête semble dans le prolongement direct du corps, sans rétrécissement pour le cou. Et elle est soit minuscule par rapport au corps, à la manière d'une tête de belette ; soit dotée d'un bec, comme un corbeau ; soit énorme, ursidée, pisciforme  ou chevaline ! 

          Quant au corps, il est tubulaire ou à peu près ; entouré de cordes, ou couvert de morceaux d'étoffes effrangées pour le pelage et pourquoi pas de vraies plumes figurant ailes et queue ? 

          A ces formes, dont la teinte varie selon le matériau utilisé, Odile Kayser ajoute souvent une pointe de couleur, d'où l'impression d'une faune colorée, pleine de gaieté ! 

 

Mais la pinseyeuse est aussi peintre. Et là, c'est l'humain qui l'intéresse. Homme et (ou) femme. A la fois réaliste et imaginaire.  Parfois, en situation de groupe sans la moindre idée de perspective, répartis de façon aléatoire sur la toile, pris dans une multitude de subtilités, d’infimes personnages fourmillant parmi de très sobres éléments de décoration ; isolés de leurs voisins par une couche de peinture non-signifiante, comme il y a des milliers d'années, les membres Cro-Magnon cohabitaient dans la caverne, chaque foyer séparé des autres uniquement par des pierres au sol !(¹) 

Mais le plus souvent, elles sont seules sur la toile immense dépourvue de châssis, battant donc au moindre souffle de vent. En grande extension telles des gymnastes. Nues toujours. D'autres fois, une femme le vêtement en léger relief, (comme si l'artiste l'avait réalisé avec de petits morceaux de papier encollé, déchirés dans quelques journaux), penchée vers l'avant, semble épier le spectateur (?) en off ! Et toujours, les personnages emplissent la toile, ne laissant aucune place à ce qui pourrait être un décor les situant socialement, historiquement, géographiquement…  pour le visiteur.

 

Ainsi, du détournement de ses glanes qu'elle s'approprie et auxquelles elle donne une seconde vie, aux peintures où elle assure la réalité de personnages malgré tout imaginaires, Odile Kayser avance-t-elle, selon son humeur, un jour dans tel état d'esprit sur une toile, un autre jour sur un animal quadrupède ou non ; attestant ainsi qu'elle aime la diversité. Avec, pour ces deux branches de son art, le souci de vagabonder dans une non-définition ! 

Jeanine RIVAIS

(¹) "Les enfants de la Terre" (Le clan de l'ours des cavernes, T.1) de Jean M. Auel.

 

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LES PETITS CIRQUES ET AUTRES AMOURS DE LA DJO

 

          Ce sont bien des peintures, mais les protagonistes y dansent, sautent, gesticulent,  l'un caracole sur un zèbre, une autre dont la chevelure est en feu, jongle avec des flammes ; une plongeuse nage parmi des requins… On pourrait ainsi à l'infini, énumérer les "numéros" effectués par les artistes du cirque de La Djo ! 

          C'est que cette artiste les connaît sur le bout des ongles, ces numéros ! Mais il ne s'agit pas de n'importe quel cirque, c'est celui des complicités, de la confiance, celui où l'on s'aime, et cela se voit à la façon dont la dompteuse s'allonge voluptueusement sous les pattes de la panthère en extension, dont les équilibristes s'embrassent à bouche que veux-tu au milieu des nuages, où les clowns féminin et masculin se caressent entre deux gags…  Bref, dans le cirque de La Djo, on se chérit, on se bécote, on se serre… et elle sait –comme en vrai- transcoder la finesse, l’intelligence, la convivialité d’artistes dont chaque mot doit déclencher le rire, chaque geste faire palpiter les cœurs, chaque salut générer le rêve ! Un cirque dont le spectateur perçoit immédiatement l’intimité et la suggestivité gestuelle. Car son œuvre picturale s’attache non pas à "décrire" un contexte, cadrer un environnement aussi pittoresque soit-il ; mais à traduire la fluidité d’un déplacement, le petit geste de l’instant, la stature liée à la définition d’un rôle. Cette artiste passionnée s’est faite la mémoire du cirque, sachant choisir les couleurs susceptibles de mettre en valeur chaque volte, chaque pirouette… faisant de son monde imaginaire, à la fois grave et ludique, une création plus vraie que vraie.

 

     Mais La Djo, ce sont aussi des sculptures. Et là, plus encore peut-être que pour les peintures, il serait évident (¹), même si on ne connaissait pas son nom, que ces créations fluides, naïves, pittoresques et pleines d'humour, sont typiquement féminines ! Qu'il s'agisse du joueur de clairon tendu, souple comme une liane, lançant vers le chapiteau les accents déchirants de ses airs de jazz ; ou le petit couple ou la contorsionniste serrés dans le corps d'un étui à violon, sa tendresse jaillit de la glaise ou du papier mâché peut-être, car elle sait avec sa sensibilité mettre en lumière ses personnages placés parfois dans les situations les plus burlesques ! Et, dès que son esprit "tient" le caractère spécifique de tel personnage, la quintessence de telle attitude… vite, la main pétrit le matériau, traduisant le bouleversement qu’elle a ressenti.

 

         Une oeuvre sympathique, curieuse et fascinante, réalisée par une artiste hors-les-normes d'une  incontestable sincérité ! N’y a-t-il pas là un beau conte dont la fée serait cette jeune femme au cœur et à l’esprit pleins d'équilibristes  et de délicieuses fantasmagories ?

Jeanine RIVAIS

(¹)N'en déplaise à ceux qui excluent qu'il existe une peinture typiquement féminine ou masculine ! 

 

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L'HENAFF FABRICE : 

 

TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "FABRICE L'HENAFF ET SES PERSONNAGES "PAR DEUX'" : http://jeaninerivais.jimdo.doc/   Rubrique FESTIVALS BANN'ART 2017.

 

 

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LES PIERRES PARLANTES

VIDEOS DE TRISHA McCRAE

 

          Pile et face : Trisha McCrae propose, avec ses vidéos, deux possibilités de la (de SA ?) vie.  

      Deux possibilités séparées par une infranchissable barrière, des pierres, donc, comme celles qui sépareraient deux clans ennemis : une montagne très symbolique constituée de cinq sculptures accolées. Barrière infranchissable, de chaque côté de laquelle elle propose des tranches de vies.

 

           Côté pile, se déroulent des vies calmes, des vies de femmes dans leurs activités familières s'écoulant dans ce qui est apparemment leur maison. Elles déambulent, montent et descendent un escalier, croisent d'autres femmes… Toutefois, elles ne sourient jamais. Que se passe-t-il donc, dans leur for intérieur ? Sont-elles si concentrées sur leurs occupations que leur visage reflète cette concentration ?  Est-ce la solitude qui leur confère ce visage fermé ? Aucun arrière-plan, aucun décor ne permet de répondre, car les personnages se déplacent et agissent toujours en gros plan évoluant sur la montagne. Tout se passe comme si une sorte de fil d’Ariane menait le spectateur de l’image à l'artiste ; comme s'il était le reflet de variations filmées sur le thème passionné peut-être, quotidien assurément ; souple, il impliquerait une démarche sinueuse allant de l’humour à l’enfermement, du bonheur à la tristesse ; linéaire, il symboliserait la vie de funambule, les incertitudes de la créatrice.

          Côté face, toutes les "scènes", (épisodes dramatiques de vies gâchées ?) sont vues par le spectateur à travers le trou d'une serrure. Là, se noue ou se dénoue apparemment le drame : des femmes courent, éperdues, échevelées. Des bras aux poings fermés se lèvent, plein écran. Des visages terrifiés emplissent l'espace. Des têtes jaillissent, hypertrophiées dans lesquelles seuls sont visibles les grands yeux sans paupières... C’est une épreuve psychologique pour le spectateur appelé à s'immiscer dans cette dramaturgie ; d'où son investissement outragé et ce sentiment de regret impuissant.

 

          Car, entre les deux, se dresse la montagne, tantôt éclairée, tantôt noire, imperturbable ! La matière que l'artiste nomme "Les Pierres parlantes". Paradoxalement. Car si elles parlent, que disent-elles, puisqu'elles se dressent, indifférentes, indestructibles entre les deux possibilités de cette vie de chair terriblement fragile ?

 

          Alors, après avoir visionné cette vidéo de Trisha McCrae, de multiples questions se posent : Pourquoi un monde exclusivement féminin ? Pourquoi tant de drame(s) récurrent(s) ? Y a-t-il bien deux possibilités sur deux facettes ?  Ou bien est-ce parce qu'à un moment donné les femmes côté pile ont vécu ce qui se passe côté face et que, désormais, bien qu'elles connaissent un monde plus serein, elles sont incapables de retrouver le sourire ? L'artiste ne propose aucune clef à ces questionnements. En possède-t-elle une, elle-même ? 

 

          Mais une chose est sûre : dans notre époque féroce, où l'autoritarisme et le sexisme jouent un rôle si violent, où tous les deux jours, les médias rendent compte d'un nouveau féminicide, d'une nouvelle mort de femme violentée par son compagnon actuel ou ex, ces images de la vidéo de Trisha McCrae prennent par leur gravité tout leur sens à la fois universel et ultra-contemporain.

Jeanine RIVAIS

 

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CHERCHEZ L'INTRUS

 

ENTRETIEN REALISE A BANNE EN 2006 (Extrait)

JR. : Votre discours est très construit, très revendicatif, certes. Mais si je n’avais pas le discours pour le juger, j’aurais une vision personnelle de l’œuvre, sans deviner la teneur de ce discours. C’est-à-dire que vous avez laissé une place à la poésie, au fantasmagorique : une place pour que l’interlocuteur puisse, lui aussi, laisser aller son imagination

… Néanmoins, vous avez mis les titres : que disent-ils ? Font-ils redondance avec les œuvres ? Sont-ils complémentaires ?...

RM. : Ils induisent. De rentrer dans ma logique. Pourtant, je ne veux pas les imposer directement aux gens, de façon à ce qu’ils se fassent leur propre représentation. Même si, pour moi, les titres sont très précis par rapport à l’idée que j’ai en tête, je veux les laisser entrer d’eux-mêmes dans un système de pensée. 

TEXTE ECRIT EN 2002 : 

"…S’il s’autorise ainsi, sur le fond, quelques incertitudes, sur le plan formel par contre Raphaël Mallon n’accepte aucune contrainte. Il  reste d’une sobriété exemplaire ou au contraire se lance dans une débauche de couleurs presque baroque… Parfois, le "dit" laisse le visiteur dubitatif, du fait de l’absence de perspective… D’autres fois, il ajoute des éléments… lui permettant d’introduire de l’humour dans une réflexion grave ; et d’insister sur un détail qui, autrement, se serait fondu dans le reste ! …"

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          Presque deux décennies plus tard, qu'elle paraît donc sérieuse la peinture actuelle de Raphaël Mallon, avec ses couleurs tristes de bis et bruns foncés, de noirs profonds, de ciels malades ! Pour un peu, le visiteur la confondrait avec de  la peinture classique ! 

          N'était que, tout soudain, il s'aperçoit que quelque chose lui a échappé ! Il était là, devant une petite maison solitaire, toute tristounette, avec ses volets clos, son petit pré triangulaire à l'avant-plan formant le plan central du tableau ; tout autour, la rivière en crue (ou en décrue ? ) et à l'arrière, une barque toute noire se détachant devant les peupliers… tout noirs, eux aussi, entre les troncs desquels se détache le ciel bien sombre ! Toutes les lignes extrêmement simplifiées mais lourdes ; corroborant par leur raideur, la lourdeur du paysage, maison ou arbres placés derrière, bouchant l’horizon. Et, incongrue, une chèvre sur le toit, appuyée sur la cheminée ! Chacun sait que les chèvres sont capables de grimper un peu n'importe où ! Mais sur le toit ? Perplexe, ce visiteur se reporte au titre. Et la lumière (est) ! " Les chèvres étaient sur les toits. Peut-on s'imaginer la Charente sortie de son lit et les gens en barques dans les rues. J'ai donc imaginé la chèvre sur le toit après la décrue".(¹) Il tient donc son explication ! 

 

     Et, ayant la clef de l'énigme, il peut passer au tableau suivant… pour constater que, d'œuvre en œuvre, le processus est le même ! Une scène caractérisée par la couche lourde, décomposée en une application de traits épais, en aplats méticuleusement appliqués ; qui néglige l’illusion de la perspective, au profit d’un espace où tous les éléments du paysage se retrouvent agglomérés en une sorte d’intimité géographique. Et, à chaque fois, un intrus qui vient démolir sa première impression. Ainsi du "Martyre de Blandine"… référent pour lequel Raphaël Mallon a fait un véritable imbroglio : Deux bourreaux qui ressemblent plus à des satyres qu'à des hommes, l'un à genoux, l'autre chevauchant un chat, tiennent un taureau, l'un par la tête, l'autre par la queue, sous le regard d'un oiseau, et celui, inattendu, d'un poisson. En fait, c'est le taureau, tiraillé par ses "bourreaux" qui a l'air d'être la victime, car de Blandine, il n'y a point !

        Ainsi, du cabaret tenu par un cochon ; du grand crû de "Saint-Genis d'Hiersac"(²) où un corbeau et une chèvre (?) se partagent un verre de vin ; ou du "Luminantiste" (dont il doit déjà chercher la signification) (³). Le visiteur doit invariablement passer par une première impression incomplète ; trouver comment il s'est trompé, puis faire preuve d'humour et admettre qu'une fois encore il s'est laissé prendre ! 

 

Epreuve qui n'enlève rien à la qualité des œuvres car chaque tableau se présente comme ayant sa propre lumière, dont la surface peut paraître (rarement) calme et sereine, ou au contraire tourmentée d’harmonies contrariées…

Ainsi, de thème en thème, Raphaël Mallon explore-t-il son monde subconscient, enrichit-il son univers onirique ; car il s’agit bien, pour lui de recréer SON monde, humain mais non réaliste, organisé sur des incertitudes, comme il est dit plus haut,  par un artiste qui, outre celui de la couleur (couleurs sombres, certes, mais sans jamais de hiatus) possède un talent inné de la composition et de la mise en scène. Qui crée de ce fait un théâtre de la vie où se happent et se repoussent le grotesque et l’absurde ; un univers dérangeant ; une oeuvre majeure, originale, unique.

Jeanine RIVAIS

(¹) La citation n'est peut-être pas absolument exacte, le photographe l'ayant en partie coupée !

(²) Ce "crû" est en fait le nom du village où s'est, en 2019, déroulé le Festival des Sarabandes !

(³) LUMINANTISTE : Peinture d'atelier. De retour à l'atelier, poursuite des recherches. Premier portrait. Importance du papier préparé avec un enduit à l'huile.

 

VOIR AUSSI :  TEXTE DE JEANINE RIVAIS :  "LES CYCLES INFINIS DE RAPHAËL MALLON" : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N°71 de JANVIER 2002, Ve FESTIVAL DE PRAZ-SUR-ARLY. 

ET AUSSI ENTRETIEN : WWW.jeaninerivais.fr/PAGES/mallon.htm. 

Et : www.rivaisjeanine.com/festival/retour-sur-banne-2002/mallon-raphael.

Et http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique FESTIVALS RETOUR SUR PRAZ-SYR-ARLY 2001.

Et " :  http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique FESTIVALS. RETOUR SUR LE PRINTEMPS DES SINGULIERS 2003.

Et : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.doc/  Rubrique FESTIVALS : 6e BIENNALE DE SAINT-ETIENNE 2018

 

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MARGOT : 

 

TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.doc/  Rubrique FESTIVALS : "Art brut et outsider, Singulier, Meysse 2016.

 

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DOUCEUR ET SERENITE

CHEZ NAM T

 

          Depuis qu'elle peint, il est sûr que Nam T a délibérément ignoré tout de l'angle droit, voire de tout contour qui pourrait générer une quelconque dureté. En attestaient naguère ses personnages aux rebords rudimentaires, en lévitation dans des fonds constitués d'agglomérats abstraits, avec des endroits très travaillés, et à côté, des surfaces de repos. Car, à l'évidence, l'artiste, depuis toujours, aime les "histoires" statiques. Elle passe et revient à larges coups de pinceau sur ses décors intimistes, s’y “promène” comme si, fantaisiste et chaleureuse, elle prenait plaisir à cette familiarité avec les personnages qu'elle met en scène. 

          Et toujours, ils révèlent une grande tendresse avec beaucoup de douceur, des mouvements calmes et sereins. Par contre, placés côte à côte,  ils ont désormais conquis leur place au sol et chaque individu ou chaque "famille" (père, mère, enfant) regarde droit vers le spectateur en off. Si le père n'est pas là, mère et enfant prennent leurs aises, étendus sur un canapé, un verre opportunément placé sur le bras du siège, une bouteille à proximité : le bonheur du farniente, en somme ! Et puis, elle sait faire se découper à contre-jour un groupe familial, retrouvant des chatoiements sur des vêtements pourtant sans nuances et sans élaboration ! Car, vu qu'apparemment elle peint “de mémoire” et assurément d'imagination, Nam T donne à ses personnages, des airs inachevés, des visages non élaborés, simplement suggérés, rappelant qu’elle ne traduit alors que des impressions rémanentes, entrecoupées de sensations oubliées !

          Ainsi, tour à tour, passe-t-elle de la vie à l’immobilisme, de la légèreté à une concentration paisible, attestant du droit hautement revendiqué d’exprimer l’un ou l’autre au gré de sa fantaisie. Le tout, sur des fonds très ornementés, très fouillés, dans de belles couleurs allant des bis aux bleu-gris, sans jamais de noir absolu, où se glisse parfois une plage de rouge adouci. 

 

          Créant ainsi un univers poétique, un peu nostalgique en rupture avec l'espace "réel", pour le plaisir renouvelé du spectateur qui devant ces ambiances oniriques, retrouve son âme d'enfant, repart les yeux pleins de rêves et au cœur une pointe de mélancolie.

Jeanine RIVAIS

 

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PAUVAREL CLAIRE : 

 

TEXTE DE JEANINE RIVAIS : " LES FEMMES RETRO DE CLAIRE PAUVAREL" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique  FESTIVALS. BANNE SEPTEMBRE 2017 Pages des nouveaux.

 

 

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PICAPICA (Shough Tracey) : 

 

TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.doc/  Rubrique FESTIVALS : "Art brut et outsider, Singulier, Meysse 2016.

 

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LA VIE PSEUDO-RELIGIEUSE DE SAINT-FABRICE (PRESSIGOUT)

 

     Fabrice Pressigout est artiste d'Art-Récup'. Il déclare même que ses sculptures (ses assemblages, plutôt) ne sont faites (faits) que "de n'importe quoi et d'un peu d'imagination" ! Mais il arrive qu'il n'ait même pas besoin de "fabriquer" ses œuvres, il lui suffit apparemment de les trouver, les détourner, ajouter quelques commentaires voire quelques images autres et inattendues, comme c'est le cas pour son installation sur la religion avec laquelle il affirme qu'"on ne rigole pas… un peu quand même" ! 

 

          Combien d'artistes, de Millet à Dali, ou, plus près de nous, Cecilia Gimenez de terrifiante renommée, se sont-ils attaqués aux symboles religieux, soit en toute "bonne" FOI, soit pour expurger des mal-être, des haines, etc. Sans parler des parodies de croyances consistant, pour le commun des mortels, à acheter et adorer les saint-sulpiceries qui sévissent aux abords de tous les lieux de culte(s) et qui, finalement, fabriqués sans vergogne en séries, confinent au paganisme !? 

          Alors, quelles peuvent être les motivations de Fabrice Pressigout, lorsqu'il prend la relève ? L'un des mobiles évoqués ci-dessus ? Ou tout simplement un désir de mélanger, avec une bonne dose d'humour noir, "normalité" et "invraisemblance" sachant que les formes naturelles jouent un rôle irréfutable dans ses personnages. Hyperréalistes, toujours. Laissant supposer que l'artiste est chaque fois au théâtre ? Où se situe-t-il vraiment, dans ces nuances, puisque son œuvre consiste en une multitude de ces figures religieuses, au moyen desquelles il désacralise des tabous largement imprimés dans les croyances populaires ? 

 

          D'autant plus qu'il pousse l'ironie jusqu'à sérier les thèmes religieux. 

 

          Il semble bien que son thème favori soit la Vierge qu'il met un peu à toutes les sauces (à moins que les "documents" ne soient les plus faciles à glaner ?) Comment intervient-il pour détourner ces objets de "culte" ? Les formes originelles restent intouchées, les personnages usinés qu'il se procure représentant très fidèlement ce que les rites religieux ont transmis depuis des siècles, à l'œil et à l'esprit du croyant ! Mais sa Vierge peinte, entourée de tous ses saints, pointe du doigt un "mécréant" (qui) "est l'auteur de cette installation païenne, soit-disant* qu'il assume… mais sa photo date de 30 ans. Lâche!!!" S'agit-il d'un autoportrait de l'artiste en plus jeune ? Du portrait de quelque chanteur ou acteur naguère célèbre ? Ailleurs, en 3D cette fois, il s'agit d'une vierge rousse, vêtue de ses incontournables robe et cape bleues (D'ailleurs sur toutes les œuvres de F.P., elle garde son uniforme)  qui guide "Les premiers pas de Jésus". Mais pour celle qui affirme "Je t'ai à l'œil", présentée en photo d'identité/relief, mieux vaut ne pas déchiffrer ni épiloguer sur les sous-entendus de l'auréole !! De même pour celle dont la tête est remplacée par un bidon de "Lave-vitres miracle" (bénit, bien sûr), et qui conseille : "Méfiez-vous des contrefaçons" ! Et, naturellement, voici la Vierge en stars de toutes couleurs et toutes occupations, présentée dans ses "Apparitions" !!!

 

          Second thème,   "La vie intime d'un super-héros", série de crucifix suspendus tout bonnement, sans modifications, tous ensemble, au-dessus (le visiteur se crée alors son image subjective) du lit familial, peut-être ou d'un prie-Dieu ? Mais si "intime", la vie, qu'il est absent de toutes les croix, sur lesquelles ne renste que le traditionnel INRI, et encore!... Mais en cette série, Fabrice Pressigout crée à force de planches et sans doute de gouges et de coups de marteau, son propre "Homme. Tronc d'église", authentique Christ en croix, à la bouche béante, (sans doute pour mieux recevoir les oboles ?)

 

          Et puis, même s'il vaut mieux s'adresser au bon Dieu qu'à ses saints, les saints aussi font partie de la liturgie de l'artiste. Saint-Sébastien, en particulier, pieds et poings liés sur fond de pilier bleu-charrette et de nuages, dûment percé de flèches ! Souffre-t-il vraiment ? Apparemment non ! D'autant que, comme Guillaume Tell il supporte une pomme bien rouge posée sur sa tête, et que… jusque-là, elle est intouchée ! 

 

 

     Ainsi, les œuvres de Fabrice Pressigout dénoncent-elles, avec une technique très sûre, le silence lourd d'interrogations inhérent à une figuration pseudo-mystique "raisonnée et déraisonnable". Pas de fioritures, pas d'effets de manche ! Pas d'émotion. Tout cela carrément exposé, sans acrimonie, sans agressivité, avec tout de même un doigt de provocation ! Des œuvres, en tout cas, qui font jubiler le visiteur "mal"-pensant, époustouflé de ce qu'il a "osé" !  

Jeanine RIVAIS.

*Sans doute, de la même façon, assume-t-il la faute d'orthographe ? (Soi-disant).

 

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Un mandala : dans le Bouddhisme, c'est la  représentation de l'univers, de forme géométrique et symétrique par rapport à son centre, servant de support à la méditation.

C'est aussi un terme sanskrit, en tibétain : il signifie cercle, centre, unité, totalité et par extension sphère, environnement, communauté. Les mandalas sont en premier lieu des aires rituelles pour évoquer des divinités hindoues.

Les mandalas nous proviennent de la nuit des temps et sont présents partout dans la nature, dans les fleurs, les toiles d'araignées, les fruits et légumes coupés, dans le système solaire, et jusque dans les cellules humaines. 

Ces fameux dessins circulaires sont pratiqués dans toutes les civilisations, puisque partout, le cercle est le symbole de la vie.

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LES MANDALAS DE MUSTAPHA RAYTH

 

     Il faudrait être un spécialiste, pour analyser les mandalas de Mustapha Rayth ! La béotienne que je suis sur ce sujet ne peut que tenter de s'y retrouver dans les définitions savantes ; en sachant que l'artiste, art-thérapeute, utilise ces figures pour amener ses patients à la méditation ! 

    Ce qui définit en premier lieu un mandala, c'est la symétrie par rapport à un axe vertical, et si ceux de Mustapha Rayth semblent absolument ainsi à un premier regard, le plus curieux, dans sa progression, est que les multiples éléments de chaque moitié de la toile ne sont en rien identiques, simplement, ils donnent l’impression de l’être. Et c’est bien là une des prouesses techniques de l'artiste ! Le plus trompeur ne serait-il pas le mandala conçu dans les violets, qui semble tellement parfait, tellement géométrique, mais pour lequel, tout soudain, le visiteur s'aperçoit que le danseur stylisé à tête ronde situé à 14 heures n'a pas son bis, à 10 heures où le personnage est certes un danseur, mais se retrouve avec une tête triangulaire. Et puis, le mandala à fond rouge et semis polychromes en bas a un petit air penché, et les deux barques miniatures sur les deux roues ne sont manifestement pas semblables ! Et le soleil, le plus impressionnant de tous ! Où est le pendant de la trajectoire de la quatrième lune ? Les débords rouges sur la sphère solaire jaune sont fantaisistes, ainsi que l'ectoplasme central qui est doté d'un creux à un "bout", d'une protubérance à l'autre (Tiens, y aurait-il là un symbole justifiant la non-symétrie ?)…

 

          Peut-être faudrait-il s'amuser à prendre ainsi Mustapha Rayth en défaut, alors que l'illusion du premier regard est tellement parfaite ?! Imaginer qu'il ne serait pas conscient de sa "triche" serait offensant ! Alors, peut-être, faut-il conclure qu'il a souhaité se libérer du carcan des conventions, car, toujours, l’axe est là, intuitivement, partageant verticalement chaque œuvre ; semblant revendiquer ce rassurant équilibre. Finalement, les disparités ne confortent-elles pas les fantasmes de l’artiste, désireux de s'affranchir des frontières de ces huis-clos ? Ne s’agirait-il pas là d’une révolte inconsciente que l’artiste s’obstine à canaliser ? Qu'importe, au fond, puisque l'illusion est bien là, et que Mustapha Rayth est un coloriste de grand talent qui, avec une maîtrise parfaite des graphismes et des harmonies, sait, en très peu de couleurs donner l’impression d’une grande explosion de tonalités ! 

 

          Mais le peintre présente aussi des œuvres abstraites (disposées d'ailleurs symétriquement sur la cimaise !) qui semblent indépendantes des mandalas ; n'était que là encore la toile semble bien  une scène sur laquelle l'expression directe des émotions prime sur l'esthétique. Non que ses œuvres traduisent une révolte picturale mais un besoin de donner forme à des élans subjectifs, une liberté créatrice ; que les rapports entre les vides et les plages dessinées et les harmonies de couleurs ravissent l'œil du visiteur ! Selon le thème choisi, elles peuvent aller sobrement de côtoiements de matière purs ou mêlés ; à certains accords de tonalités rares, des rouges ou quelques verts adoucis, des bleus azuréens où les flaques d'ombres ou au contraire les flots de lumière s'harmonisent définitivement.

 

          Finalement, mandalas ou peintures abstraites, la couleur tient un rôle primordial pour Mustapha Rayth, dans l'art de rendre les éléments évoqués ci-dessus. Rares sont les cas où un aussi irrésistible enchaînement, une telle osmose prennent corps entre création et artiste. Après ce long moment de confrontation avec les questionnements suscités par ces créations inhabituelles,  le visiteur  gardera longtemps la rémanence de ce périple circulaire et abstrait. 

Jeanine RIVAIS

 

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SMOLEC MICHEL : 

 

TEXTES DE JEANINE RIVAIS : "NAISSANCE D'UNE VOCATION" DANS LE NUMERO 58 DE SEPTEMBRE 1996, DU BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA. "DE TERRE ET DE CHAIR, LES CREATIONS DE MICHEL SMOLEC, sculpteur" 

et :  "TANT ET TROP D'YEUX ou MICHEL SMOLEC dessinateur" : http://jeaninerivais.fr Rubrique ART SINGULIER.

 Et aussi : "ET DE NOUVEAU NOUS SOMMES DEUX" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique ART SINGULIER. 

Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS  : http://jeaninerivais.jimdo.com/ RUBRIQUE FESTIVALS RETOUR SUR BANNE 2003

Et : COURT TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.doc/  Rubrique FESTIVALS : 6e BIENNALE DE SAINT-ETIENNE 2018

 

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TOURNAIRE NICO : 

 

TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.doc/  Rubrique FESTIVALS : "Art brut et outsider, Singulier, Meysse 2016.