Vernissage à la Baume d'Hostun en présence de représentants des trois communes
Vernissage à la Baume d'Hostun en présence de représentants des trois communes

Dans la foulée de la BIENNALE 2022 des ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE, trois communes se sont décidées à reprendre l'idée, et à inviter des artistes à créer une première Biennale ; SAINT-JEAN-EN ROYANS qui rendit à Jean Rosset, -Lequel, entre temps était parti vers d'autres cieux-, un très convivial hommage au cours duquel furent rappelées ses immenses qualités d'homme et d'artiste et lus plusieurs textes. La cérémonie se termina par l'émouvant adieu de ses deux enfants.

SAINT-MARCELLIN où les artistes exposaient à travers toute la ville. Et où le vernissage eut lieu au milieu de la performance insolite d'Yves Henri.

Et LA BAUME D'HOSTUN  où les artistes étaient tous réunis dans l'ancien Centre de convalescence, rebaptisé le CHALUTIER. Où chaque exposant avait "sa chambre" ! 

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DROME : LA BAUME D'HOSTUN : 

LE CHALUTIER 301 Côte Simon. Tél : 06.80.54.99.51.T.L.J. : 10h/19h.

 

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ISABELLE BONAFOUX

 

ISABELLE BONAFOUX : THEATRES DE LA VIE

LES PEINTURES ET SCULPTURES D’ISABELLE BONAFOUX

 

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          Comme la nature, Isabelle Bonafoux a horreur du vide ! De sorte que chacune de ses peintures met en scène un monde fait de plages hermétiques, “emplies” et “encloses” tantôt en noir et blanc à l’encre de Chine ; tantôt en de belles couleurs douces, à base de bleus sur lesquels ressortent des roses et des orangés. Dans chaque alvéole délimitée sur la toile, sur chaque feuille de papier, “résident” des êtres, humanoïdes sans réalisme, souvent d’ailleurs réduits à des bustes ; serrés, encastrés tels des poupées gigognes. S’ils sont entiers, leur vêtement est délicatement décoré comme pour une fête : costumer ses personnages et concevoir pour eux des masques plutôt que des visages, sont deux des impératifs picturaux de l’artiste. Si ces individus sont masculins, ils tombent, s’accrochent dans des déséquilibres et des gestes maladroits, portent fraise brodée ou larges capuchons pointus, comme jadis les fous des rois ! Si ce sont des femmes, elles sont nues la plupart du temps, comme libérées, fières de leur beauté. Elles dansent, bras levés et longues jambes en extension. 

          Parce qu’installé sur des obliques, tout ce petit monde donne une grande impression de mouvement, paradoxal dans des espaces restreints, en ces lieux imprimés de signes récurrents : Ainsi, Isabelle Bonafoux introduit-elle dans l’environnement de ses créatures, des cartes à jouer et surtout des dés, ces symboles de débauche et de convoitise, généralement minuscules certes, mais nombreux sur chaque oeuvre. Ainsi encore, “autorise”-t-elle certains “privilégiés”  à dépasser leurs limites, chevaucher les frontières, vivre en deux lieux à la fois ; apporter une respiration à cet univers strictement fermé : mais, subséquemment, les voilà de nouveau “coupables” de contrevenir à l’ordonnancement préétabli ! Comme pour se faire pardonner, l’artiste entoure ces “hors-la-loi” de mille breloques minuscules (petits plots électriques, fleurs, croix et boules... toutes sortes d’infimes caractères pictographiques qui modifient les connotations linéaires, génèrent des passages scripturaux si courants dans les créations singulières. Et, les ayant de ce fait mentalement récupérés, seul désormais leur regard toujours de profil  –fuyant celui d’autrui pour se fixer sur des  horizons  situés  en  off ? – leur conférerait une liberté incontrôlée ; n’était qu’ils sont vacants !

          Incapable, donc, de rencontrer ces regards, conquis pourtant et perplexe à la fois, le visiteur essaie de s’en détourner, de décrypter sans eux les arcanes de ce monde coloré, dessiné avec des finesses exquises, très structuré ; mélange indissociable d’incommunicabilité, de permissions arrachées et de transgressions ; cerné en outre par des cadres couverts de graffiti, à l’intérieur desquels, telle une agoraphobe, Isabelle Bonafoux trouve la sérénité et son équilibre.

Le même sentiment de plénitude se retrouve dans ses sculptures, porteuses de la même problématique, puisqu’elle en veut résolument les protagonistes “opprimés” : Pourtant, gaies, colorées ; en des tons identiques à ceux des peintures, leur forme totémique donne de prime abord au spectateur, l’impression de personnages autonomes tendus vers le ciel. Mais, très vite, les corps se rapprochent en une sorte de spire ascendante ; se soudent au moyen des mêmes symboles déjà répertoriés pour les peintures. Finalement, tout espoir d’émancipation disparu, ils se retrouvent tête soudée en un unique bloc portant ses regards aux quatre horizons, ou aggloméré en une énorme tête d’oiseau, aptère mais au bec redoutable...

          Et c’est ainsi que, peintre ou sculpteur, Isabelle Bonafoux, passant du jeu au drame, pousse en un patchwork de couleurs lumineuses et tendres, les pions de ses petits théâtres de la vie ; de ses histoires intemporelles ; de ses “écrits” picturaux ou sculpturaux qui sont, chaque fois, de grands moments d’émotion jugulée.

Jeanine RIVAIS

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LES THEATRES DE LA VIE D'ISABELLE BONAFOUX" : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N° 67 de JANVIER 2000 Et N°71 de Janvier 2002. Et FESTIVALS RETOUR SUR BANNE 2002. Et FESTIVALS RETOUR SUR PRAZ-SYR-ARLY 2001. Et N° 72 TOME 2 de FEVRIER 2003 Retour sur Banne 2003. Et "CINQ QUESTIONS A ISABELLE BONAFOUX" : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N°75 Tome 1, Août 2004. Et RETOUR (s) SUR UN QUART DE SIECLE D'ECRITURE (s)

 

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ALAIN BOURDEL

ALAIN BOURDEL  proposait trois groupes de sculptures, familles accolées à en juger par les différences de tailles. Corps liés au niveau de la taille. Incurvés parce que réalisés à partir de douelles de barriques. Uniformément peints en noir, avec un léger rentré pour le cou, permettant à la tête d’être en relief, sans qu’aucun trait ne soit indiqué

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CATHERINE LACHOUQUE

LES MASCARONS DE CATHERINE LACHOUQUE, sculptrice

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          Il est normal d'appeler "mascarons" les têtes fixées à des murailles, généralement celles du propriétaire ou de sa famille, parfois des dieux grecs ou romains comme Bacchus, portant décorations au-dessus de la tête, et pour la plupart masculines. Mais, si quelques-unes sont murales, lorsque, comme celles de Catherine Lachouque, elles sont bifaces, parfois même en ronde-bosse, le visiteur a le plaisir d'admirer sous tous les angles des bustes qui sont résolument féminins. 

          S'agit-il, pour elle, de rappeler qu’elle est sculptrice "femme" puisque chaque sculpture est féminine, et que l’artiste a pris grand soin de la présenter comme telle : chaque poitrine moulée dans une amorce de robe lamée est longuement ornée de fleurs, "agrémentée" ici d'un lézard apparemment incrusté dans la peau, là d'un oiseau reposant sur une épaule, de petits poissons à têtes bleues couvrant la naissance d’un cou, etc. ? Par ailleurs, chaque femme est posée sur un socle également porteur d'un poème de Catherine Lachouque, lequel évoque souvent (pour combler une absence ?) une présence masculine : "D’un côté une femme …De l’autre côté un homme paisible et serein…". A moins que, parfois, elle ne propose un couple, deux personnes siamoises, collées dos à dos ? Pour le profane, ces interrogations, ces détails constituent par leur finesse, leur diversité, leur fantaisie, ces tracés éminemment originaux, la preuve de l’élégance de la pensée de l’artiste, de son sens esthétique. 

          D'autant que s'y ajoute un grand effort pour accentuer le côté féminin : Parfois, les cheveux bleus, regroupés en mèches, globalement parallèles sur un côté de la tête, ondulent en vagues dont les sommets sont alternés d’une mèche à l’autre ; d’autres fois, de grosses tresses élégamment dressées au-dessus du crâne sont entrelacées de feuilles d'or, chaque toron est ensuite ciselé de fines lignes parallèles, de traces de doigts en légers aplats, compositions sophistiquées grandissant la femme ; ailleurs, de larges fleurons mordorés, surmontés d’une croix pattée, forment couronne… Et puis les visages ! Apaisés, lorsque les yeux sont clos, les lèvres pulpeuses aux commissures relevées ; prêts à affronter la vie, lorsqu’ils sont grands-ouverts ; nez épatés et pommettes saillantes. De beaux visages, aimant se regarder dans un miroir ! 

          En fait, depuis qu’elle a commencé à sculpter, Catherine Lachouque poursuit une démarche très littéraire, cherchant peut-être à créer l'intimité d'un coin de table ; de personnaliser un petit coin de vie avant de livrer au public ses créations originales. Elle semble situer ses personnages, toujours réalisés grandeur nature, hors de tous temps, tous lieux, tous contextes sociaux, sauf qu’une certaine aisance leur permet les fantaisies vestimentaires et capillaires évoquées. Et, ainsi réinvente-t-elle le monde et se livre tout entière dans la solitude de son atelier, à la volupté de l’action de pétrir la glaise ! ! Faire de deux plaisirs...une œuvre !

Jeanine RIVAIS

 

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BRIGITTE

   Longtemps, Brigitte Nemes, lourdement handicapée mentale et mutique, a vécu en hôpital psychiatrique, une vie anonyme, faite de progrès et de lourdes régressions. Jusqu'au jour où son infirmier proposa de la retirer de cet hôpital et de devenir sa famille d'accueil. Plongée dans un milieu familial chaleureux, Brigitte commença à parler ; comprit les règles d'hygiène et les exigences quotidiennes. On la mit donc à l'école et grâce à son institutrice, à dix ans, elle pouvait écrire et savait lire. Son ancien infirmier devint son tuteur légal. Aujourd'hui, il est décédé et elle a compris qu'un nouveau tuteur est responsable d'elle.

     Connaîtra-t-on jamais les arcanes du psychisme ? Un jour vint, sans signe avant-coureur, et sans motif spécial, où Brigitte Nemes commença à peindre ! Et la peinture devint frénésie.  Son tuteur commença à la faire participer à des expositions collectives, et constata le plaisir qu'elle éprouvait, au point de ne jamais trouver assez rapide l'annonce de la prochaine exposition. Et il semble bien qu'au-delà du geste artistique, ce sont avant tout les rencontres humaines nées autour des œuvres élaborées qui a créé cette véritable boulimie. Et que cette femme de cinquante-six ans aujourd'hui, qui peut difficilement s'exprimer, a trouvé consciemment ou inconsciemment le geste, le mot, l'expression, l'attitude, le comportement, une façon de faire et d'agir qui la distingue des autres en lui permettant d'extirper ce qui bouillonnait si violemment en elle. 

          Le public commença à s'étonner et à s'intéresser à sa peinture : Brigitte Nemes devint "Brigitte" !

 

          Et Brigitte commença à gérer son action de peindre : Depuis, elle choisit en premier le cadre de son prochain tableau, comme si le fait de savoir son "dit" suivant en "sécurité" dans cet espace limité, calmait ses inquiétudes. Puis, elle choisit le thème qu'elle va "raconter", et ce sera invariablement un événement de sa vie personnelle, qui l'a émue, touchée, mise en colère, déçue, etc. : "Je suis allée au théâtre pour jouer les représentations avec Bernadette et les autres" ; "Claude et Agnès sont venus chez moi pour manger avec Bernard et Valérie et Anaïs et André Luis et Raymonde et Claude et Agnès et moi" ; "Bernard est allé à Vinezac avec Bernard et Anaïs et Jean-Pierre et Philippe sans moi"…

          Et à regarder ses œuvres côte à côte, il va de soi que seul, l'individu l'intéresse : chaque tableau comporte une tête, voire un corps entier, l'expression pouvant aller de l'à peine ébauché, un peu flou, en des tons de bleus sur fonds jaunes mêlés de traînées brunes; à une série où les personnages sont en filigrane, à peine visibles, éventuellement réduits à un masque, avec à leurs pieds ce qui ressemble à un animal noir couché. Mais il peut arriver aussi que Brigitte peigne un groupe. Les couleurs se font alors vives, des rouges souvent, et des séries de taches noires (sans doute les yeux) témoignent que plusieurs personnes occupent son espace, parfois alignés sur des bancs : à l'arrière-plan d'une séparation noire : ou carrément derrière des grilles ! A l'évidence, la composition de ses "histoires", la matière, la couleur, correspondent à l'expression momentanée de sa personne.

 

          En somme, Brigitte qui a vécu, au début de sa vie, une existence solitaire, sans intérêt et sans autonomie, élabore désormais des œuvres socialisées. Il est sûr que ces créations sont le miroir de sa vie intérieure, qu'elles lui ont permis de se révéler, s'ouvrir aux autres. Et que quelle qu'ait pu être la raison pour laquelle elle s'est mise à peindre, son geste créatif est devenu naturel ; qu'elle-même est devenue une authentique artiste. Et qu'est naturelle aussi, sa soif d'exposer qui affirme son besoin de montrer ses réalisations, dont elle est fière ! 

Jeanine RIVAIS

 

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SYLVIA DAUTY

          Il est surprenant d'entrer dans l'espace de Sylvia Dauty et d'y trouver des œuvres appartenant à des thèmes tellement différents, et sans relation apparente. 

          La partie la plus abondante concerne les collages : Sur un fond noir rectangulaire, elle colle une matière blanche, qu'elle présente tantôt grumeleuse, striée de dessins abstraits, tantôt totalement lisse. Dans l'un et l''autre cas, cette plaque blanche est traversée parfois par un ajout de bois récupéré sans doute au cours de ses glanes ; ornée de fins motifs colorés ; animée de deux yeux noirs découpés dans de la feutrine ; couverte épisodiquement de minuscules pétales dorés, etc. D'autres fois, travaillant sur des obliques, elle crée des sortes de projection florales (?) blanches zébrées de rouge. Ou elle associe des bandes blanches posées sur le fond noir, côte à côte avec une grosse boule blanche et des boules ocres plus petites.

 

          Ailleurs, sylvia Dauty a entrelacé des branches posées sur un fauteuil, et servant d'arrière-plan à une fleur en pot. Et sur un mur, elle a installé un grand tableau abstrait rouge traversé en diagonale par une bande brune, couverte en son milieu par un collage doré.

 

         Devenue céramiste, elle propose quelques bustes et des masques tantôt laissés nets de toute décoration, tantôt tatoués de fines lignes blanches. 

          Mais le plus intéressant se présente sous forme des petites pierres gravées plutôt que sculptées. Parfois, c'est un simple masque aux yeux rieurs, coiffure déjetée sur un côté. D'autres fois, des petites têtes aux expressions diverses se côtoient, couvrant la pierre.  Ailleurs, l'entour du matériau est couvert de personnages conçus de la tête à la naissance des jambes.

          Cette série de petites sculptures, avec le possible talent qu'elles dénotent, serait à coup sûr une ligne intéressante à suivre pour Sylvia Dauty.  Et assurerait une unité à ses présentations. 

Jeanine RIVAIS

 

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MARIETTE 

La Maison de Mariette (détail)
La Maison de Mariette (détail)

          Chacun sait que, lorsqu’un artiste dit "mon atelier", il exprime une envie d’espace, de lumière, de voyage dans ses pensées, de rêve en images ; mais en même temps il s’agit dans son esprit d’un lieu culturel important, un univers de réunion, de discussion, de mise en perspective de son activité picturale. Alors, lorsque l’atelier est dans la maison et qu’il est conçu façon Mariette, il devient un joyeux mélange de toutes les œuvres créées séparément, mais cohabitant sans hiatus : pour lesquels elle a découpé, déchiré, assemblé, recomposé, superposé, subverti ceci, utilisé cela à contre-emploi, rapproché les contraires et joué avec les limites de l’inattendu. Subséquemment, il abrite peintures, sculptures, objets divers, reliquaires, exvoto, icônes, textes… impossible de dire TOUT ce qu’abrite la maison de Mariette ! Mariette artiste, qui se réclame de l’Art singulier et qui, petit à petit, a créé un monde bien à elle, qu’elle aime partager en le faisant visiter. 

          II ne faut donc pas s’étonner que lors d’une exposition extra muros, elle sache, en quelques heures, faire sien un lieu anonyme dont elle disposera pendant un temps très bref ! En un court laps de temps, les poupées installées sur des coffres témoignent de sa fascination pour les visages (n’oublions pas qu’elle a naguère fait une exposition de sept-cents poupées, des grandes, des moyennes, des petites, des avec ou sans seins, des corps abîmés ou non… enceintes, parfois handicapées…  etc. Sans parler des millions de minuscules têtes qu’elle augmente de cent chaque matin, pour se mettre en forme). Déjà installés sur ces cimaises inconnues, un cœur en peluche et un magnifique cadre ovale retravaillé, présentent un nombre impressionnant de ces minuscules têtes matutinales. Bientôt, une bande de personnages/oiseaux s’envolent en rangs serrés. Dans un angle, une tête aux cheveux raides, yeux exorbités, oreilles dissimulées sous des rubans, crâne orné d'une couronne de fleurs, lèvres rouges déformées, crée une impression de souffrance. Sur une table basse, des bouquets de petits cœurs en papiers fleurissent. Un coquetier où s'entasse une famille devient un "Nid d’Amour", etc. Bref, chaque objet apporté, du plus grand au plus petit, à peine libéré de son emballage, a trouvé sa place en un tournemain ! 

          Et le visiteur se retrouve immergé au centre du (nouveau, mais toujours le même) monde de Mariette, tranquillement assise sur une chaise, en train de créer quelque personnage, comme si elle était dans sa maison ; prête à répondre aux multiples questions qui fusent au détour d’échanges privilégiés ! Et toujours un travail minutieux, grâce à son aise avec les éléments amples et à sa relation à l’infiniment petit. Le tout d’une sobriété impressionnante, car cette artiste ne travaille que dans les noirs, les gris, voire des blancs cassés pour ses poupées. D’ailleurs, parfaitement "dans la note", elle-même ne se vêt que de noir.

Décidément, Mariette dont le talent est immense et protéiforme a l’art de permettre l’échange et la rencontre avec les visiteurs la plupart inconnus ; partager avec eux ce lieu où elle vit et crée, même temporairement ; leur prodiguer la grande convivialité qui est en elle ; leur faire sentir que "toutes" ces œuvres sont une "seule" œuvre ; que chaque détail de cet ensemble est mû par une semblable obsession, un même imaginaire. De sorte que tous sont admiratifs face à l’intimité qu’elle a déployée pour eux. Conscients, en somme, d'être inclus dans cet espace qu’elle a su apprivoiser, d'être intégrés à sa "boîte à rêves".

Jeanine RIVAIS

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : FESTIVALS, VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020

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ALAIN MEUNIER 

A quel moment Alain Meunier a-t-il senti que simplement travailler le bois ne lui suffisait plus, et décidé que désormais, ses œuvres devaient témoigner de son univers intérieur et de la façon poétique dont il regarde le monde ? C'est en tout cas le moment où, de menuisier, il est devenu sculpteur autodidacte, inspiré, s'affirmant sur pierre, métal, sur bois surtout, qui l'emmène à la recherche de racines ou de vieilles souches dont la forme s'imposerait à lui, et l'amènerait à créer tel oiseau, tel végétal, etc.

Et voilà Alain Meunier auteur figuratif d'oiseaux réalistes, de champignons plus vrais que vrai…  Devenu étrange ornithologue, étrange sculpteur animalier, étrange artiste végétalien de non moins étranges créations. Passé en somme, de la récup' à l'imaginaire !

          Le voilà  travaillant, ponçant, colorant, vernissant… proposant subséquemment des créations d'une belle patine lustrée, sombre mais révélant localement le fil d'un bois clair. Lisse, au point de refléter la lumière. Qui s'imposent dans l'espace, en un mélange de force et d'équilibre, conféré par la dynamique des courbes et des lignes profilées ; où le jeu final oscille entre agrandissements, rapetissements voire tailles réelles.

 

Récemment, Alain Meunier est devenu peintre hyperréaliste, proposant avec une précision égale à la sophistication de ses sculptures, ici le portrait d'un vieil Arabe, front dégarni, cheveux blancs, yeux bridés par le grand soleil en off, sa cigarette rougeoyant au milieu de la fumée ; là, à l'instar des petits Maîtres du XVIe siècle hollandais, un vieillard à la barbe fleurie, allumant sa pipe devant une chope, sur fond bleu velouté, etc.

          Aujourd'hui, devenu expert dans l’art de maîtriser l’esthétique, Alain Meunier peaufine l’esprit de sa recherche. Parce qu'il sait donner à ses formes un poli parfait ; remplacer la connotation glacée ou brute, mate ou éclatante du matériau par une brillance qui donne à son bois chaleur et sensualité, chaque œuvre se retrouve statique, mais paradoxalement animée par des chromatismes entièrement tributaires de l'heure, de l'orientation de l'œuvre, en somme de son jeu avec la lumière. Partant de l’éphémère, et allant vers la pérennité de l'œuvre achevée qui devient à son tour témoignage de sensations passées, de souvenirs à demi-enfouis… Et, finalement, son but est bien d'emmener le visiteur au-delà de son quotidien, l'entraîner au fil de ses rêves, dans une approche dramatique de son univers fantasmatique. 

Jeanine RIVAIS

 

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ANNE RIVET

          Qu’il s’agisse d’exposer des œuvres ou de se consacrer à celles d’autres artistes, dans tous les cas, une exposition est toujours une occasion très spéciale et doit s’organiser intelligemment. C'est ce qu'a dû penser Anne Rivet lorsqu'elle a investi sa "chambre" au Chalutier de La Baume d'Hostun. Il s'agissait pour elle, de faire naître des cimaises là où il n'y avait que des murs anonymes, organiser ses petites créations précieuses dans cet espace limité.

        Ce mot "précieux" qui s'attache parfaitement à ses œuvres, n'implique pas forcément le sens de "qui a une grande valeur", même s'il est possible qu'il en soit ainsi. Il s'agit de leur conférer une esthétique, un raffinement, une élégance et une singularité capables de faire briller les yeux du visiteur qui les contemple. 

          En effet, ses œuvres comportaient une partie qui concernerait plutôt l'artisanat d'art, même s'ils étaient finement ouvragés : des portraits à l'ancienne, ou des couples miniaturisés, façon camées, sertis dans des chaînes dorées ou des entourages emperlés. Ou, l'humour aidant, de petits personnages dansants, accrochés à des chaînettes, elles-mêmes reliées à une unique chaîne, etc.

          Une autre partie consistait en petites peintures. Les unes, comme à l'ordinaire, réalisées sur toile, représentant des jeunes filles sur fond noir. Mais les plus inattendues reposaient sur de jolis tissus lustrés, en soies peut-être, ou en taffetas, jouant de leurs reflets, de leurs plis qui devenaient capitons pour la femme au diadème ; pour la jeune paysanne sertie dans son cadre d'argent ; pour la mère et l'enfant tendrement enlacées dans les replis bleus et soyeux, ou simple toile bise pour la jeune femme en léger relief, une sorte de tiare rehaussée d'une boule sur la tête…

          Le même principe d'"Art en boîte" était appliqué par Anne Rivet, concernant ses paysages ! Ainsi, petit bourg tassé au pied de son église ; village marin entouré de rochers ou hameau étagé au flanc d'une colline, couvraient le fond de la boîte ou chevauchaient fond et couvercle ! 

          Il suffisait donc à l'artiste de fermer le soir ses coffrets et la magie disparaissait jusqu'au lendemain. 

 

          Ainsi Anne Rivet crée-t-elle selon ses humeurs des ensembles précieux, kitch, théâtraux… qui, à l'instant précis où son regard se pose sur eux, obligent le promeneur à s'arrêter, comprendre la confidence à lui murmurée par ces harmonies peintes ou composées, découvrir qu'une beauté un peu rétro peut faire partie de son quotidien ; qu'il peut se sentir un moment en communion avec la plus modeste fillette sur sa chaise, le plus romantique bijou, le plus romanesque village! 

Jeanine RIVAIS

 

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MICHEL SMOLEC

MICHEL SMOLEC ET L'AMABIE

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          Voilà deux décennies, Michel Smolec, autodidacte, a fait son entrée dans le monde de l'art, et très vite, lui si réservé, si pondéré, a plongé avidement dans le milieu des galeries, des musées, comme un boulimique qui se jetterait sur de la nourriture dont il aurait été trop longtemps privé. Et surtout dans la création. Et pendant des années, il s'est posé, sous formes de dessins, sculptures, peintures, des questions sur lui-même, ses espoirs, ses déceptions. Son imaginaire aidant, il est devenu l'auteur d'œuvres de terres mêlées, polychromes, avec un sens inné des rapports de couleurs. Bouleversantes, telle une œuvre de chair au sens quasi-littéral. Provocatrices ! Frondeuses ! Raisonneuses ! Un peu militantes, aussi, sous leurs airs innocents et leur bon sens populaire. Pas non plus dépourvues d'érotisme, au fil de leur apparition. 

          Sont nés ensuite de nouveaux questionnements, en dessins d'abord, puis en peinture : des femmes dont les corps indéfinissables étaient conçus en une connotation obsessionnelle dont seuls, peut-être, des psychanalystes sauraient décrypter le message ! Les bras disparates, disproportionnés ! les corps uniques ou siamois ! Mais surtout les yeux qui, finalement, accentuaient l’étrangeté des personnages et ajoutaient à la difficulté de les définir ! Au regard à la fois énigmatique et dur, voire arrogant. Et, comble de l'inattendu, jamais à la bonne place, et leur nombre jamais satisfaisant ; mais, à l'évidence tenant dans l’esprit de l’artiste, une importance capitale. 

 

          Les années ont passé, le Covid est apparu, obligeant nombre d'artistes à rentrer dans leur coquille, contrairement à Michel Smolec qui, enfermé, est sorti de la sienne, pour pénétrer dans un monde interlope. Fantasmagorie aidant, il a contrecarré les projets de sorcières qui, au cours de leurs hallucinations, mêli-mêlotant de savantes alliances de bave de crapauds et autres bestioles à des incantations pas piquées des vers, qui touillant, qui farfouillant, avaient décidé qu'il était temps d'en finir avec le monde !! Et puis, sentimental, il s'est perdu dans ses souvenirs en revisitant "Le jardin de (son) grand-père". Et s'auto-portraiturant au milieu des tomates, poireaux et autres salades, il a décidé que rien ne valait la verdure pour contrecarrer "Le ventre encore fécond, d'où a surgi la bête immonde" (¹) qui ravage actuellement villes et campagnes ! Et là, bien sûr, ce sont des lutins bienfaisants qui, usant de leurs pouvoirs cosmiques, l'ont protégé et accompagné dans son confinement!!  

          Dans le même esprit, a surgi, à l'échelle mondiale artistique, un étrange monstre issu de la mythologie japonaise du XIXe siècle, l'Amabié. Un peu oiseau, un peu sirène, et beaucoup humanoïde. Sur laquelle s'est jeté un nombre infini de peintres. Dont Michel Smolec qui l'a fantasmée sous tous ses aspects possibles ! Avec ou sans écailles, avec un nombre variable de jambes, de face ou de profil, droite ou lascivement étendue, le visage rond ou allongé, les yeux en amandes ou ronds exorbités, une abondante chevelure frisée ou hirsute... Mais toujours image mythique offerte à des fins psycho-magiques ; issue des eaux profondes, émergée dans un monde en danger ; capable de mettre fin à la pandémie actuelle qui ravage ce monde qu'elle est supposée protéger. Une entité guérisseuse, en somme, sortie de l'imaginaire de l'artiste !  

          Et, à travers cet étrange personnage fantasmatique, Michel Smolec sorti de lui-même ; parti à l'assaut du cosmos !! Jusqu'à quand ? Qui sait ? 

Jeanine RIVAIS 2021   

 (¹) Bertold Brecht : " Grand’ Peur et Misère du IIIème Reich" .

VOIR AUSSI : TEXTES DE JEANINE RIVAIS : "NAISSANCE D'UNE VOCATION" DANS LE NUMERO 58 DE SEPTEMBRE 1996, DU BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA. "DE TERRE ET DE CHAIR, LES CREATIONS DE MICHEL SMOLEC, sculpteur". ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : FESTIVAL CERAMIQUES INSOLITES, SAINT-GALMIER 2005. Et :  "TANT ET TROP D'YEUX ou MICHEL SMOLEC dessinateur" : ART SINGULIER. Et aussi : "ET DE NOUVEAU NOUS SOMMES DEUX" : ART SINGULIER. Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS : RUBRIQUE FESTIVALS RETOUR SUR BANNE 2003. Et : COURT TEXTE DE JEANINE RIVAIS : FESTIVALS : 6e BIENNALE DE SAINT-ETIENNE 2018. TEXTE DE JEANINE RIVAIS "NAISSANCE D'UNE VOCATION" : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N°58 de SEPTEMBRE 1996. TEXTE : RETOUR(S) SUR UN QUART DE SIECLE D'ECRITURE(S)

 

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FRANKLINE THIRARD

LUMIERE, IMAGINAIRE ET MYSTICISME DANS L'OEUVRE DE FRANKLINE THYRARD

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Frankline Thyrard était-elle déjà mystique, lorsque naguère elle mettait en scène tout un monde interlope de soiffards et de noctambules ? Lorsque ses sculptures murales, découpées avec des précisions chirurgicales en puissants reliefs emmenaient le spectateur déambuler dans la désespérance d'après-boire, au tréfonds de ses cours des miracles, de ses fumeries d'opium, tous lieux où se conjuguait la même solitude à couper au couteau ?

 

Profitant de la Biennale des Arts singuliers et innovants qu'elle a en grande partie créée et promue dans la foulée de celle de Saint-Etienne, elle avait investi, comme chacun des autres exposants à la Baume d'Hostun, l'une des chambres de cet ancien centre de convalescence reconverti l'espace de trois semaines en lieu d'exposition.  

Là, conquise par l'intimité du lieu, témoignant de son imaginaire, elle a imprégné les cimaises de sa spiritualité. Et grande a été la surprise du visiteur et multiples ses questionnements en pénétrant dans cet espace contemplatif où se succédaient des épisodes lumineux ou sombres, comme si l'artiste avait hésité, lors de la conception de son "histoire", entre ombre et lumière, avant de  dévoiler ses méditations, ses convictions mystiques, et le flux de son oeuvre artistique. 

 

Certes, comme naguère,  la création de cette artiste autodidacte prend la forme de tableaux en relief ou de sculptures murales, réalisés à partir de matériaux variés, allant du bois au métal, à la terre, la résine, le carton, etc.

Certes, comme naguère, l'humour traverse les oeuvres de Frankline Thyrard, transgresse les tabous, mais plutôt qu'à des quotidiens débauchés, elle traverse l'histoire des religions qu'elle détourne. Une histoire où elle transcrit son interprétation personnelle. Son histoire où elle donne vie à ses personnages !

 

La surprise circonvenue, mais pas les questionnements, il revient à ce visiteur d'explorer cette narration si singulière, faire sienne en tenant compte de sa subjectivité, cette sorte de métaphore dont il lui faut percer le mystère.

Et d'abord, alors que l'intrigue une robe blanche de fillette accrochée à  la fenêtre, il s'arrêtera devant un coffre portant deux photographies de scènes religieuses bon-enfant, une ancienne publication de l'artiste, et une paire de gants dépareillés : s'agit-il des symboles d'une vie pieuse à laquelle il faudrait renoncer ? Une affiche verticale sur laquelle sont écrits "LES MOINES" peut-elle, dans son esprit, suggérer que la personne concernée dont il ne sait encore rien,  envisageait de devenir moniale !?

 

          Il découvrira alors qu'il va peut-être connaître les aléas de la vie de Sainte-Eulalie, installée entre vigne (elle vécut dans le Bordelais) et Golgotha (ayant refusé de renier sa foi, elle fut martyrisée), un personnage accroupi près d'elle tenant la blanche colombe aux ailes écartées, échappée de sa bouche, et prête à s'envoler.  

          Mais bien sûr, l'histoire ne pourrait commencer si une touche d'humour ne venait en changer la connotation : Une grenouille noire  tenant un énorme cierge allumé, coasse dans un bénitier !!

A partir de là, les choses redevenant graves, le visiteur connaîtra le cadre dans lequel vivait la jeune adolescente : les (incontournables) marchands du temple, les chantres assurant la lithurgie,  les compagnons (ne pas oublier que Frankline Thyrard est très concernée par l'artisanat et les métiers nobles),  l'écuyer sans doute destiné à porter aux chevaliers dont le costume rappelle "L'Ordre"la nouvelle de la découverte du Graal.

          Enfin, on ne peut plus sérieux, le visiteur doit se souvenir que le sacrifice d'Eulalie est dû à sa foi dans le Christ dont un visage rappelle le tragique, et qu'il voit marchant lui aussi,  "sous le poids de la souffrance".

Et, bien sûr, l'humour reprenant ses droits, il est invité à s'agenouiller sur un prie-dieu, et connaître "La  pénitence" à laquelle il devra se plier!

 

 

 

 

          Bref, bas-fonds ou mysticisme, Frankline Thyrard bouscule les convenances ; crée de toutes ses forces et de son imaginaire débridé, des histoires tellement désordonnées qu’elles finissent par sembler logiques ; est à son gré plasticienne ou littéraire, les deux expressions se complétant dans la plus parfaite originalité et harmonie ! Et lorsqu'il quitte ce lieu tellement inattendu, le visiteur si souvent évoqué ci-dessus se demande s'il a vraiment compris l'histoire sentencieusement "écrite" par l'artiste, ou s'il n'a pas plutôt rêvé la sienne ?

Jeanine RIVAIS

VOIR AUSSI : Court texte de Jeanine Rivais : IVe FESTIVAL DE PRAZ-SUR-ARLY : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N°67 de JANVIER 2000. 

Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS :"LE MONDE RIBAUD DE FRANKLINE THYRARD" : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N° 72 Tome 2 Janvier 2003, IIIe FESTIVAL DE BANNE.  Et aussi TEXTE COMPLET :  RETOUR SUR LE FESTIVAL DE BANNE 2002

 

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SAINT-JEAN-EN-ROYANS

 

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LA PARENTHESE

 

Hommage de Jeanine RIVAIS : 

 

Samedi 16 avril 2022

JEAN ROSSET, UN GRAND PARMI LES GRANDS

 

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          Lorsque les films d'horreur présentent à grands jets d'hémoglobine, les blessures dont sont capables une hache ou une tronçonneuse, le spectateur n'imagine pas que ces mêmes outils peuvent, dans des mains expertes, se faire caresse pour lisser le bois, fouir curieusement ses entrailles pour y trouver la forme évocatrice d'une bouche, de grands yeux étonnés… ; intailler ses nœuds et ses courbes pour former de nouveaux rythmes au gré de l'imaginaire de l'artiste. C'est ainsi que Jean Rosset concevait son travail créateur d'étranges totems de châtaigniers, chênes ou sycomores… "rencontrés" au cours de ses longues promenades sylvestres.

 

          Volumineuses, ses sculptures étaient la plupart du temps bifaces. Et, un peu lassé peut-être, de s'"arrêter" à d'imprécis golems, il tentait d'arracher son chant au bois, en y découpant des lames ; les affinait jusqu'à leur faire rendre la musique qu'il souhaitait entendre !

 

          Lorsqu'il parcourait ses bois, un authentique dialogue s'instaurait entre lui et les arbres. En une seconde, telle rugosité, telle courbe… l'arrêtait, avec la certitude immédiate que cette essence-là était celle de cette sculpture-là qui, simultanément, avait jailli dans son esprit ! Ce dialogue in situ se poursuivait dans l'atelier. Jean Rosset cognait, tranchait, limait, explorait les blessures naturelles, s'intéressait à l'infini aux possibles expressions… jusqu'au moment où son corps et son esprit, disciplinés par tant d'années d'affrontement complice avec le bois, savaient qu'il fallait s'arrêter.

         L'œuvre terminée résidait désormais dans l'atelier. Parfois, peut-être, Jean Rosset la couvrait de peinture pour la personnaliser, éviter à son œil trop de monotonie. Puis il laissait ses créations en repos et partait vers d'autres lieux, glacés ceux-là, (Laponie, Sibérie, Alpes hivernales, etc.). Là, il recommençait à découper, tronçonner de nouveaux personnages : leurs mille facettes nivéales, brutes, renvoyaient aux quatre vents et soleils de la planète, son bonheur de se colleter aux éléments (hostiles pourtant), sans jamais les avilir ou les défigurer. Car la relation, durable ou éphémère, de l'artiste avec l'environnement, se faisait toujours dans le plus grand respect du milieu investi, forêt ou banquise !

       Cette affirmation est si vraie qu'invité dans des lieux hors-normes, Jean Rosset savait en un clin d'œil les conquérir. Citons par exemple, son exposition à l'Ermitage du Mont Cindre, près de Lyon, où le visiteur ne parvenait qu'au bout d'un long périple tortueux et imprécis ! Jean Rosset lui avait déjà réservé double plaisir, double surprise : Après avoir longé les énormes sculptures de l'artiste, alignées sur le pré, ce visiteur parvenait à ses peintures jusque-là rarement montrées ; il progressait alors jusqu'au jardin bordé –grande curiosité- par les constructions de rocaille d'Emile Damidot, dit Frère François qui était arrivé à l'Ermitage le 1er avril 1878.

 Jean Rosset, qui était sculpteur sur tout ce qui cherchait à lui résister et peintre presque secret, considérait ses oeuvres, proches de l’Art brut, comme une nécessité aussi vitale que la passion de frère François pour la rocaille. Chacune de ses sculptures était née d’un lent consensus allant du choix de l’arbre à la manipulation de ses tronçonneuses. Chacune de ses peintures exprimait son moi intime. Il ne faut donc pas s'étonner que ses têtes énormes ou ses toiles dispersées parmi la verdure, ne présentaient aucun hiatus avec les rocailles du moine ! Tout se passait comme si elles avaient toujours cohabité !

 

          Et chacun repartait encore plus convaincu que Jean Rosset avait été un écologiste longtemps avant que ce mot ne fût galvaudé ; un artiste de talent dont, aujourd'hui encore, l'œuvre continue d'enrichir l'équilibre naturel de la terre. 

 

          Jean Rosset, un grand parmi les grands! 

 

Jeanine RIVAIS

 

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Les  enfants Rosset, qui avaient présenté ce texte lors de l'enterrement de leur père, le Vendredi 8 décembre 2021, en l'Église de Sainte-Agnès, l'ont de nouveau présenté le jour de l'hommage de la Biennale Drôme/Isère.

A notre père, à Jean :

J comme Jeunesse

E comme Energie

A comme Amour

N comme Nature

Papa, dans ton dernier coup de fil tu nous as dit « si je dois partir, ne soyez pas tristes, j’ai fait mon temps, c’est dans l’ordre des choses ».

Comme toujours, tu voulais nous protéger, nous épargner, mais là...

Tu nous as coupé l’herbe sous le pied !

L’herbe tendre de ton enfance, entouré de Maurice et Mélanie, tes parents, puis de Monique, Marie-Agnès, Lucienne et Suzanne. L’herbe verte, où tu emmenais pâturer les vaches en taillant déjà des bâtons au couteau. L’herbe sèche, sous laquelle ton père et ton oncle cachaient un fusil au cas où les Allemands montent...

A 14 ans, tu devenais Homme et tu reprenais déjà la ferme familiale, avec l’aide des voisins.

Puis, tu as eu 20 ans, l’âge des possibles. L’herbe a été envahie par les épines et les broussailles de la guerre d’Algérie.

Un combat contre des paysans lointains, qui n’était pas le tien, car tu sentais que les rôles s’inversaient.

De retour sur ta Terre, les arbustes supplantent les épines. Tu t’investis d’abord auprès du Cousin Gabriel, dans l’accueil des sans-abris à Lyon.

A Sainte-Agnès, tu fais vivre la MJC qui distrait et ouvre les horizons des jeunes du balcon. La musique vibre dans Belledonne !

Parmi les arbustes, tu rencontres Françoise, l’Arbre qui fait fleurir ta forêt. Tu sculptes les visages de ton humanité dans les troncs, faisant naître des têtes de bois et tu récoltes les fruits de ton amour en nous donnant la vie.

 

Au-dessus de la forêt, tu prends de la hauteur, parcourant les montagnes à pied ou à ski, avec ta famille et tes amis. Tu transmets ta passion. Tu emmènes les jeunes de la colonie et les familles des chalets des sans-abris, jusqu’aux neiges éternelles. Ils t’appellent Mr. Jean, et tu animes leurs vacances en leur faisant faire du pain, du cheval, de la sculpture...

Tu t’élèves au-delà de tes montagnes. Tu voyages au rythme de l’art et de la culture, de tes expositions, des concours de sculptures sur neige, de tes rencontres et de tes convictions...

Viennent les nuages et tu guides Maman à travers les brouillards de l’oubli...

Mais le soleil revient dans ta maison, au son des petits pas de Sam...

Ton foyer rayonne de chaleur humaine.

Un dernier jus de pommes partagé...

L’hiver est venu plus tôt cette année,

Tu as pris le Train à Grande Vitesse pour retrouver Maman.

Aujourd’hui, nous voici tous rassemblés pour toi, ou par la pensée.

Toi, Grand Petit Homme, tu restes vivant à travers tant de souvenirs... par ton Humour, ton Humilité et ton Humanité.

Depuis le ciel où Maman t’a accueilli, vous nous contemplez, nous inspirez et nous guidez vers la lumière.

Nous vous aimons.

SANDRINE ET VINCENT 

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RIEUX JEAN-FRANCOIS

 

VOIR AUSSI : 

 

RIEUX JEAN-FRANCOIS : TEXTE DE JEANINE RIVAIS "SOUFFRANCE ET DESENCHANTEMENT de JEAN-FRANCOIS RIEUX". : N° 71 DE JANVIER 2002 DU BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA. Et http://jeaninerivais.jimdo.com/ FESTIVALS RETOUR SUR PRAZ-SYR-ARLY 2001. Et aussi ART SINGULIER. Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS : FESTIVALS RETOUR SUR BANNE 2002 ET 2003

 

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OFFICE DU TOURISME : 

BRIDOUX JEAN-CHRISTOPHE 

 

VOIR AUSSI : 

 

BRIDOUX JEAN-CHRISTOPHE : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "TERRE ET FER, LES CREATIONS DE JEAN-CHRISTOPHE BRIDOUX" : http://janinerivais.jimdo.com/ FESTIVALS. BANNE MAI 2018. LIEUX ET EXPOSANTS

 

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THIERRY FAURE

          Pourquoi, lorsqu'il titre "Cheval", "L'ange et l'agneau", "Portrait homme", "Vague souvenir de l'humanité"…, Thierry Fabre ne dessine-t-il pas tout simplement comme le feraient tous les artistes, un cheval, un ange les yeux dans les yeux avec un agneau, un homme ou un paysage ? Fait-il ainsi la nique à son visiteur qui tombe en arrêt devant son travail, saisi d'une telle technique, et d'un tel art de structurer des figures ectoplasmiques ? Ou bien, s'agit-il pour lui de styliser ses "êtres", mettre en images un monde d'allochtones, tout en supprimant résolument tout ce qu'une représentation classique sous-entendrait de psychologique ? En somme, dire l'essentiel pour recréer une nouvelle réalité ! En même temps, susciter la surprise, générer le doute, obliger ce visiteur à penser : " Ai-je bien vu " que, dans telle présence qui m'avait semblé informe, quand il signe "cheval", il a effectivement peint un cheval, la tête légèrement tournée vers moi, qui plus est" ?  De sorte qu'ayant observé et admiré chaque œuvre sur les cimaises, il se demande : "Que dit donc, une fois saisie sa genèse, ce petit monde formel, un peu géographique à force de linéarisation ?" Qu'il s'agit, paradoxalement, d'un univers paisible. Que ces "corps" qui s'imposent" au centre de chaque toile sont en fait posés sagement en de très naturelles complémentarités, en des relations calmes et harmonieuses. Que seul, le talent de l'artiste à composer ses milliers d'entrelacs et ses postures de symboles, donne l'impression qu'ils sont abstraits. Et qu'une nécessité intérieure le pousse à peindre et dessiner ces formes étranges qui plongent chacun dans un monde imaginaire.

          Sans doute une intense jubilation à jouer les démiurges, le conduit-il, sur la toile où éclatent alors à travers son travail complexe, son grand talent, sa verve chromatique, son lyrisme pictural et l’éblouissante technique qu’il a développée, à créer sa peinture la fois si tactile et si visuelle !

           Ce qui frappe de prime abord dans cette création, c’est une grande explosion de couleurs paradoxalement douces, les complémentarités et les oppositions des nuances de violines qui sont à la base de chaque œuvre et qui s’enchevêtrent, pour faire vibrer les blancs/gris ; quelques bleus pâles qui s’interposent ; le tout s’organisant sans lignes de démarcation, et l'on peut imaginer l'artiste, le nez collé sur sa toile ou son papier, passant et repassant à petits gestes répétitifs de la main, linéarisant si parfaitement les courbes ténues qui forment la croupe du cheval ;  ajoutant tiret après tiret jusqu'à parvenir à la tête surallongée du "Vague souvenir de l'humanité" ou ceux légèrement ondulés de la "Grande figure", etc. Agglutinés les uns aux autres, ces éléments deviennent des couches aléatoires qui vont engendrer les reliefs, les brillances et les vibrations évoquées, les accidents, les repères... Peu à peu, cette progression génère un panachage composé de bien complexes alchimies. Finalement, cette main a foui ces non-formes pour y composer à longs traits des silhouettes allusives.

          A un moment, s’arrête l’imaginaire, et commence la circumnavigation raisonnée. Car ce qui frappe, dans le travail de l’artiste, c’est la rigueur architecturale de l’exécution, la précision entomologique des enchevêtrements de cercles, courbes et contrecourbes, idéalement réglés comme des chorégraphies. Les couleurs douces déjà évoquées se fondant les unes dans les autres, unifient encore ces géographies fantaisistes. S’harmonisent sur le support.

       Dans ces mélanges, amalgames, entrelacs, jaillissements créatifs particulièrement aboutis et homogènes, ce travail répétitif mais très codifié, alliant déclinaison de formes et de signes colorés, Thierry Fabre enfouit-il ou au contraire développe-t-il ses fantasmes les plus intimes ? De ses créations multiples et toujours la même reconnaissable entre mille, à ses présences jetées comme des escales, choisit-il son "dit" au gré d'évolutions, de rythmes qui lui conviennent, d'enchaînements profus qui le font rêver ?

          Subséquemment, conscient de cette marche du créateur vers lui-même, comment le spectateur ne percevrait-il pas, sous la lourde dentelle des entrelacements picturaux, sous la douceur et l'harmonie des couleurs qui les conjuguent, le questionnement personnel incessant de cet artiste ?

          Et aussi, pourquoi le rapport à l'allusif fascine-t-il tellement Thierry Fabre ?  Peut-être parce qu'il renferme, dans l'espace restreint de la toile, réminiscences et images qui le définissent ? Parce qu'il oblige le peintre à se confronter à tout ce qui est intime et dormant en lui ? Qui sait ?

Jeanine RIVAIS

 

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ACTIV'ROYANS :

CRISTEL BEGUIN 

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LES SAYNETTES DE CHRISTELLE BEGUIN" : http://jeaninerivais.jimdo.com FESTIVALS BANN'ART JUILLET 2019. TEXTE "LES SAYNETES DE CHRISTELLE BEGUIN" : FESTIVALS  http://jeaninerivais.jimdo.com/ BANN'ART 2021. TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LES SAYNETES DE CHRISTELLE BEGUIN " : http://jeaninerivais.jimdo.com/ SAINT-ETIENNE BIENNALE DES ARTISTES SINGULIERS ET INNOVANTS 2022. Rubrique FESTIVALS LIEUX ET EXPOSANTS

 

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BERGÉ PIERRE dit PEDRO

 

AMOUR ET DETRESSE DANS LES ŒUVRES DE PIERRE BERGÉ dit PEDRO

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          « Il n’y a réellement ni beau style, ni beau dessin, ni belles couleurs : il n’y a qu’une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle. » Auguste Rodin

          Il semble bien que Pierre Bergé, dit Pedro, ait longuement appris à dessiner et à peindre. Mais que l'art académique qu'il avait intégré l'ennuyait profondément. Et que, comme beaucoup d'artistes à la naissance de l'Art singulier, il ait essayé de se débarrasser de ce savoir, et créer d'instinct, revenir aux traits et lignes fondamentaux. Pour autant, si son esprit est dans le déni de l'appris, le "dit" en reste imprégné, car il n'a à craindre aucun remords, chaque trait est à sa place, nécessaire, irremplaçable ! 

 

          D'autant que son œuvre entière est fondamentalement basée sur un paradoxe : De quoi parlent ses peintures ? De l'amour ET de la détresse.

          De l'amour qui est exprimé dans tous ses dessins en noir et blanc, avec chaque fois le minimum de traits pour formuler le maximum d'expressivité. Où se retrouvent chaque fois une femme, les seins nus, et un homme parfois réduit à un buste tenant une colombe ; d'autres fois, blotti dans ses bras ; ou bien serré contre elle, tous deux têtes levées observant un même point en off ; ou encore la serrant dans ses bras… 

          Amitié, cette fois, entente, dans deux grands tableaux en bleu et noir : sur l'un un groupe mixte est en train de danser ; sur l'autre, un trio compact d'hommes conduit des taureaux en pleine course, comme l'artiste doit en voir souvent dans la région dont il est originaire ! 

        L'amour, donc, l'amitié, Pierre Bergé s'épanchant en toute liberté !...

 

    Alors, où est le paradoxe ? C'est que chacun des tableaux évoqués plus haut, prouvant tout l'amour que Paco dispense dans ses œuvres, peut en même temps être considéré comme une œuvre de mésentente, de guerre, peut-être, de détresse en tout cas ! Dans le premier, la femme penchée au-dessus de l'homme à la colombe, brandit dans sa main droite, un objet inidentifiable, mais qui ressemble fort à un couteau ! Dans celui où il est blotti, l'artiste place en exergue une phrase qui en dit long : "Tes morceaux de corps (ne) sont pas idems" ; et le titre indique qu'il appartient à une série sur la guerre en Ukraine ; mais surtout, ils sont placés devant un crucifié apparemment vivant ! Ailleurs, des visages sont enclos dans des espaces sans issues, leurs bouches et leurs yeux sont perplexes, apeurés, en détresse !... Et là encore, une phrase ramène le peintre à la réalité : 'Sang nos mains, sans étoiles, sans la (guerre ? difficilement déchiffrable). 

Là encore, les grands tableaux corroborent et accentuent cette impression de paradoxe ! Si les danseurs pouvaient être considérés comme joyeux, il apparaît que dans le coin droit du tableau, un personnage se tient la poitrine, comme oppressé ; tandis que la tête d'un autre disparaît dans une sorte d'explosion ! Et surtout le tableau des taureaux en pleine course ! Car à peine a-t-il vu cette œuvre, le visiteur est transporté à Guernica, de triste mémoire, et pense au tableau de Picasso ! Et il lui faut un temps pour reprendre son souffle ! 

 

Ainsi, Pierre Bergé dit Paco va-t-il, peignant à sa façon très singulière sa réalité ; explorant son monde peuplé de gens non pas simplement juxtaposés, mais subordonnés les uns aux autres en un rythme définitif. Il est l’auteur d’un travail profondément humain ; dont la répétitivité, l’immutabilité, et la charge psychologique sont d’emblée perceptibles. Mais faut-il imaginer que, dans cette austérité, presque cet ascétisme pictural, où aucun lieu de vie n'est exprimé, Pablo en choisissant ses façons variées de poser ses créatures sur la toile, réfléchit, joue de ses questionnements, de ses humeurs ; explore son monde intime à travers son œuvre personnalisée ? Où, par ailleurs, transparaît sa volonté de témoigner de son temps, en des métaphores de vies qui ne peuvent exister que par le sens inné du mouvement qu’il possède.

Jeanine RIVAIS

 

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BAR LE PEOPLE : 

CORINNE PIRAULT

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : " LES VILLES DE CORINNE PIRAULT" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ FESTIVALS : BIZ'ART FESTIVAL : HAN-SUR-LESSE 2017. Page des Nouveaux. TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LES VILLES DE CORINNE PIRAULT" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ SAINT-ETIENNE BIENNALE DES ARTISTES SINGULIERS ET INNOVANTS 2022. Rubrique FESTIVALS LIEUX ET EXPOSANTS

 

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ISERE SAINT MARCELLIN 

 

ESPACE SAINT-LAURENT : : 06.01.79.45.68.  18 Boulevard du Champ de Mars. Mercredi-Dimanche : 10h/12h et 15h/19h.

 

YVES HENRI 

 

LA PERFORMANCE  D'YVES HENRI

UNE MARCHE DE LA VIE A LA MORT OU DE LA MORT A LA VIE ?

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          Il était vraiment impossible de ne pas être médusé en entrant dans la salle où Yves Henri proposait une installation tellement insolite.  

       Blanc le lieu, tout blanc : baigneurs/bébés blancs, filets blancs, cages blanches… Seul, contrastait avec sa couleur de peau brun/rosé, le corps de l'artiste avachi -mais vivant en dépit de son inertie- dans un coin, muet, comme réfléchissant aux raisons qui faisaient qu'il dominait un si grand nombre de ces bébés morts à ses pieds. Les jambes repliées, la tête penchée en avant, appuyée sur sa main gauche, la droite posée sur son genou, sa barbe drue et ses cheveux poivre et sel, il s'inscrivait dans une sorte d'orbe qui semblait l'isoler du contexte. 

 

          Au bout d'un long moment, l'homme s'est levé, a commencé à marcher parmi ces enfants morts, contournant les cages qui en étaient pleines, les filets où ils s'écrasaient. Une marche lente, à peine perceptible ! Et le spectateur, debout lui aussi, se rendait compte de la différence qui peut exister entre "jouer un rôle" et "vivre" un drame ! A quel point Yves Henri avait su concrétiser ce sujet, si bien qu'une première évidence apparaissait : Il (re)vivait un drame qu'il avait lu ? entendu ? vécu ? 

          Au long de sa traversée, il rencontrait ici la religion, sous la forme d'une croix sur laquelle étaient crucifiés des bébés ; plus loin, un totem féminin noir, au visage hilare… et le public qui s'écartait pour le laisser passer ! Et, à chaque pas incertain de l'homme, immense par rapport à tous ces enfants morts, attachés, ligotés, mutilés, le spectateur de plus en plus interrogatif se demandait si dans l'esprit de l'acteur (bien que ce mot rende mal la dramatisation de ce moment), la croix ne symbolisait pas les incursions des Blancs, dans tous les pays colonisés où elle a été imposée ? Si le sourire cynique du totem et ses mains croisées sur son ventre de femme satisfaite n'impliquaient pas qu'il avait jeté aux orties son rôle de protecteur ? Si le public n'était pas comme toutes les foules du monde, indifférent à la puissance psychologique de ces éléments ? 

          Périple d'autant plus dramatisé qu'un orchestre l'accompagnait, de ses lamentos, ses moments violents, toutes les variantes qui peuvent souligner les variations d'une situation tendue. 

          Enfin, au bout d'un long moment où la tension allait montant, Yves Henri parvenait à un autre coin, à l'opposé de sa première station. Mais au lieu de s'écraser de nouveau, il restait actif ; agrippant un filet rempli de bébés, dont quelques-uns semblaient se redresser, tandis que d'autres restaient inertes. Avait-il ainsi le sentiment de sauver quelques-uns de ces enfants voués à la mort ? 

 

          Ainsi, le spectateur avait raison : Yves Henri, avait assuré une métaphorisation théâtrale d'une histoire qui sous-tendait la notion mortifère portée par tous ces baigneurs blancs, tout en assumant une mise en scène de lui-même, comprise comme une révélation de sa personnalité corporelle et langagière (même si le "langage" n'était que gestuel et musical) sur cette scène d’intervention fictive.

          Métaphore, donc, mais de quelle histoire ? Il a fallu au spectateur, consulter les documents mis à sa disposition pour deviner qu'entre autres drames qui auraient pu tout autant le toucher, l'auteur/acteur avait choisi d'illustrer le génocide culturel canadien qui, au début du XXe siècle, avait permis la mort dans un pensionnat, de deux-cent-quinze enfants amérindiens, dont les corps n'avaient été découverts qu'au XXIe siècle !  Ainsi, son histoire rejoignait-elle l'Histoire ! 

          Et ce spectateur déjà tant évoqué, quittant la salle, se demandait, pensant à la magie du mot "retour", et difficilement libéré de cette contention imprimée en lui, simple témoin de hasard, comme une empreinte, combien de temps il faudrait à l'artiste qui s'était si profondément impliqué, pour se remettre de cette tension qu'il avait transmise ? Quand Yves Henri a-t-il pu redevenir son authentique personnage, après avoir porté si psychologiquement et fortement une telle image de mémoire ? Quant à lui, il est reparti, ayant acquis la certitude qu'une telle mise en scène resterait longtemps dans l'histoire de la salle où elle s'était déroulée. 

Jeanine RIVAIS

 

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LA CAVE SAINT-MARCELLOISE :

 

 

LEBASTARD MARYSE : 

 

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : FESTIVALS BANNE 2014. Et ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : FESTIVALS BANNE 2016. TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "BETES ET GENS LES SCULPTURES ZOO-HUMANOÏDES DE MARYSE LEBASTARD" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ SAINT-ETIENNE BIENNALE DES ARTISTES SINGULIERS ET INNOVANTS 2022. Rubrique FESTIVALS LIEUX ET EXPOSANTS

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ATELIER 11 :

CLAIRE RIBEYRON

EIC TISSIER

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TIERS LIEU NUMERIQUE : 

FAFA DE SAINTE :

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "MIGRATION DE FAFA DE SAINTÉ ET SOUVENIR DU PAYS NATAL" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ SAINT-ETIENNE BIENNALE DES ARTISTES SINGULIERS ET INNOVANTS 2022. Rubrique FESTIVALS LIEUX ET EXPOSANTS

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LAVERIE NIKEL : 

            Vitrine / THERESE CIGNA

 

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KRYS OPTIQUE :

CHABAUD FANNY :

 

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS :  FESTIVALS IVe BIENNALE LYON 2011. Et aussi : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : DE PERES EN FILLES, TROIS COUPLES, SIX PERSONNALITES, LOUIS ET FANNY CHABAUD, HENRI ET EMILIE COLLET, JEAN-JACQUES ET PAULINE DUBERNARD. Comment se situent-ils par rapport à l'Art singulier ? : http://jeaninerivais.jimdo.com/ ART SINGULIER

LILY JACK : 

Vitrine / FANNY CHABAUD

SPOUTLINK : 

Vitrine/ FANNY CHABAUD

 

 

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L'AURA DES PIERRES :

Vitrine / ANNY WACQUANT

BOUTIQUE EMMA : 

Vitrine/ TRAVAUX DES ELEVES D'ANNY WACQUANT

JURIS IMMOBILIER :

Vitrine / ANNY WACQUANT

HOTEL DES IMPOTS :

ANNY WACQUANT

 

 

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LIBRAIRIE MARQUE-PAGE : 

Vitrine/ LIVRES INSOLITES

 

 

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BAR LA TERRASSE : 

Vitrine / BRIGITTE CLAVERIA

 

 

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EPIK COUTURE : 

Vitrine / FRANCOISE DAUDEVILLE

 

 

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ANCIENNE DROGUERIE GLENAT :

ELODIE BARRE 

SEBASTIEN BIETRIX

VINCENT DOMERGUE

GENEVIEVE FREOUR

 

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HOTEL DES IMPOTS :

GERARD DIETSCH : 

 

VOIR AUSSI : DIETSCH GERARD : COURT TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/  FESTIVALS : 6e BIENNALE DE SAINT-ETIENNE 2018

 

 

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MAIRIE :

Rez-de-chaussée : FERNAND GRECO 

1er étage : FERNAND GRECO

1er et 2eme étages : 

  TOTO PISSACO

 

VOIR AUSSI : PISSACO TOTO : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : GRAND BAZ'ART A BEZU 2009. Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS "LES PERSONNAGES CONFINES DE TOTO PISSACO" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ FESTIVALS, VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020 et VIIIe en 2022.

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     MAGALI TRIVINO

 

VOIR AUSSI : TRIVINO MAGALI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LES ARCHITECTURES IMAGINAIRES DE MAGALI TRIVINO" : http://jeaninerivais.jimdo.com/ FESTIVALS BANNE 2021.

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ODILE VERNIN

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CHAUSSURES ARBLL : 

Vitrine / GENEVIEVE FREOUR

 

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