Vernissage à la Baume d'Hostun en présence de représentants des trois communes
Vernissage à la Baume d'Hostun en présence de représentants des trois communes

Dans la foulée de la BIENNALE 2022 des ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE, trois communes se sont décidées à reprendre l'idée, et d'inviter des artistes à créer une première Biennale ; SAINT-JEAN-EN ROYANS qui rendit à Jean Rosset, -Lequel, entre temps était parti vers d'autres cieux-, un très convivial hommage au cours duquel furent rappelées ses immenses qualités d'homme et d'artiste et lus plusieurs textes. La cérémonie se termina par l'émouvant adieu de ses deux enfants.

SAINT-MARCELLIN où les artistes exposaient à travers toute la ville.

Et LA BAUME D'HOSTUN  où les artistes étaient tous réunis dans l'ancien Centre de convalescence, rebaptisé le CHALUTIER. 

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Texte de Jeanine RIVAIS : 

 

Samedi 16 avril 2022

JEAN ROSSET, UN GRAND PARMI LES GRANDS

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          Lorsque les films d'horreur présentent à grands jets d'hémoglobine, les blessures dont sont capables une hache ou une tronçonneuse, le spectateur n'imagine pas que ces mêmes outils peuvent, dans des mains expertes, se faire caresse pour lisser le bois, fouir curieusement ses entrailles pour y trouver la forme évocatrice d'une bouche, de grands yeux étonnés… ; intailler ses nœuds et ses courbes pour former de nouveaux rythmes au gré de l'imaginaire de l'artiste. C'est ainsi que Jean Rosset concevait son travail créateur d'étranges totems de châtaigniers, chênes ou sycomores… "rencontrés" au cours de ses longues promenades sylvestres.

          Volumineuses, ses sculptures étaient la plupart du temps bifaces. Et, un peu lassé peut-être, de s'"arrêter" à d'imprécis golems, il tentait d'arracher son chant au bois, en y découpant des lames ; les affinait jusqu'à leur faire rendre la musique qu'il souhaitait entendre !

          Lorsqu'il parcourait ses bois, un authentique dialogue s'instaurait entre lui et les arbres. En une seconde, telle rugosité, telle courbe… l'arrêtait, avec la certitude immédiate que cette essence-là était celle de cette sculpture-là qui, simultanément, avait jailli dans son esprit ! Ce dialogue in situ se poursuivait dans l'atelier. Jean Rosset cognait, tranchait, limait, explorait les blessures naturelles, s'intéressait à l'infini aux possibles expressions… jusqu'au moment où son corps et son esprit, disciplinés par tant d'années d'affrontement complice avec le bois, savaient qu'il fallait s'arrêter.

          L'œuvre terminée résidait désormais dans l'atelier. Parfois, peut-être, Jean Rosset la couvrait de peinture pour la personnaliser, éviter à son œil trop de monotonie. Puis il laissait ses créations en repos et partait vers d'autres lieux, glacés ceux-là, (Laponie, Sibérie, Alpes hivernales, etc.). Là, il recommençait à découper, tronçonner de nouveaux personnages : leurs mille facettes nivéales, brutes, renvoyaient aux quatre vents et soleils de la planète, son bonheur de se colleter aux éléments (hostiles pourtant), sans jamais les avilir ou les défigurer. Car la relation, durable ou éphémère, de l'artiste avec l'environnement, se faisait toujours dans le plus grand respect du milieu investi, forêt ou banquise !

          Cette affirmation est si vraie qu'invité dans des lieux hors-normes, Jean Rosset savait en un clin d'œil les conquérir. Citons par exemple, son exposition à l'Ermitage du Mont Cindre, près de Lyon, où le visiteur ne parvenait qu'au bout d'un long périple tortueux et imprécis ! Jean Rosset lui avait déjà réservé double plaisir, double surprise : Après avoir longé les énormes sculptures de l'artiste, alignées sur le pré, ce visiteur parvenait à ses peintures jusque-là rarement montrées ; il progressait alors jusqu'au jardin bordé –grande curiosité- par les constructions de rocaille d'Emile Damidot, dit Frère François qui était arrivé à l'Ermitage le 1er avril 1878.

          Jean Rosset, qui était sculpteur sur tout ce qui cherchait à lui résister et peintre presque secret, considérait ses oeuvres, proches de l’Art brut, comme une nécessité aussi vitale que la passion de frère François pour la rocaille. Chacune de ses sculptures était née d’un lent consensus allant du choix de l’arbre à la manipulation de ses tronçonneuses. Chacune de ses peintures exprimait son moi intime. Il ne faut donc pas s'étonner que ses têtes énormes ou ses toiles dispersées parmi la verdure, ne présentaient aucun hiatus avec les rocailles du moine ! Tout se passait comme si elles avaient toujours cohabité !

          Et chacun repartait encore plus convaincu que Jean Rosset avait été un écologiste longtemps avant que ce mot ne fût galvaudé ; un artiste de talent dont, aujourd'hui encore, l'œuvre continue d'enrichir l'équilibre naturel de la terre. 

          Jean Rosset, un grand parmi les grands! 

Jeanine RIVAIS

 

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DROME : LA BAUME D'HOSTUN : 

LE CHALUTIER 301 Côte Simon. Tél : 06.80.54.99.51.T.L.J. : 10h/19h.

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ISABELLE BONAFOUX : THEATRES DE LA VIE

LES PEINTURES ET SCULPTURES D’ISABELLE BONAFOUX

 

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          Comme la nature, Isabelle Bonafoux a horreur du vide ! De sorte que chacune de ses peintures met en scène un monde fait de plages hermétiques, “emplies” et “encloses” tantôt en noir et blanc à l’encre de Chine ; tantôt en de belles couleurs douces, à base de bleus sur lesquels ressortent des roses et des orangés. Dans chaque alvéole délimitée sur la toile, sur chaque feuille de papier, “résident” des êtres, humanoïdes sans réalisme, souvent d’ailleurs réduits à des bustes ; serrés, encastrés tels des poupées gigognes. S’ils sont entiers, leur vêtement est délicatement décoré comme pour une fête : costumer ses personnages et concevoir pour eux des masques plutôt que des visages, sont deux des impératifs picturaux de l’artiste. Si ces individus sont masculins, ils tombent, s’accrochent dans des déséquilibres et des gestes maladroits, portent fraise brodée ou larges capuchons pointus, comme jadis les fous des rois ! Si ce sont des femmes, elles sont nues la plupart du temps, comme libérées, fières de leur beauté. Elles dansent, bras levés et longues jambes en extension. 

          Parce qu’installé sur des obliques, tout ce petit monde donne une grande impression de mouvement, paradoxal dans des espaces restreints, en ces lieux imprimés de signes récurrents : Ainsi, Isabelle Bonafoux introduit-elle dans l’environnement de ses créatures, des cartes à jouer et surtout des dés, ces symboles de débauche et de convoitise, généralement minuscules certes, mais nombreux sur chaque oeuvre. Ainsi encore, “autorise”-t-elle certains “privilégiés”  à dépasser leurs limites, chevaucher les frontières, vivre en deux lieux à la fois ; apporter une respiration à cet univers strictement fermé : mais, subséquemment, les voilà de nouveau “coupables” de contrevenir à l’ordonnancement préétabli ! Comme pour se faire pardonner, l’artiste entoure ces “hors-la-loi” de mille breloques minuscules (petits plots électriques, fleurs, croix et boules... toutes sortes d’infimes caractères pictographiques qui modifient les connotations linéaires, génèrent des passages scripturaux si courants dans les créations singulières. Et, les ayant de ce fait mentalement récupérés, seul désormais leur regard toujours de profil  –fuyant celui d’autrui pour se fixer sur des  horizons  situés  en  off ? – leur conférerait une liberté incontrôlée ; n’était qu’ils sont vacants !

          Incapable, donc, de rencontrer ces regards, conquis pourtant et perplexe à la fois, le visiteur essaie de s’en détourner, de décrypter sans eux les arcanes de ce monde coloré, dessiné avec des finesses exquises, très structuré ; mélange indissociable d’incommunicabilité, de permissions arrachées et de transgressions ; cerné en outre par des cadres couverts de graffiti, à l’intérieur desquels, telle une agoraphobe, Isabelle Bonafoux trouve la sérénité et son équilibre.

Le même sentiment de plénitude se retrouve dans ses sculptures, porteuses de la même problématique, puisqu’elle en veut résolument les protagonistes “opprimés” : Pourtant, gaies, colorées ; en des tons identiques à ceux des peintures, leur forme totémique donne de prime abord au spectateur, l’impression de personnages autonomes tendus vers le ciel. Mais, très vite, les corps se rapprochent en une sorte de spire ascendante ; se soudent au moyen des mêmes symboles déjà répertoriés pour les peintures. Finalement, tout espoir d’émancipation disparu, ils se retrouvent tête soudée en un unique bloc portant ses regards aux quatre horizons, ou aggloméré en une énorme tête d’oiseau, aptère mais au bec redoutable...

          Et c’est ainsi que, peintre ou sculpteur, Isabelle Bonafoux, passant du jeu au drame, pousse en un patchwork de couleurs lumineuses et tendres, les pions de ses petits théâtres de la vie ; de ses histoires intemporelles ; de ses “écrits” picturaux ou sculpturaux qui sont, chaque fois, de grands moments d’émotion jugulée.

Jeanine RIVAIS

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LES THEATRES DE LA VIE D'ISABELLE BONAFOUX" : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N° 67 de JANVIER 2000 Et N°71 de Janvier 2002. Et FESTIVALS RETOUR SUR BANNE 2002. Et FESTIVALS RETOUR SUR PRAZ-SYR-ARLY 2001. Et N° 72 TOME 2 de FEVRIER 2003 Retour sur Banne 2003. Et "CINQ QUESTIONS A ISABELLE BONAFOUX" : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N°75 Tome 1, Août 2004. Et RETOUR (s) SUR UN QUART DE SIECLE D'ECRITURE (s)

 

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ALAIN BOURDEL  proposait trois groupes de sculptures, familles accolées à en juger par les différences de tailles. Corps liés au niveau de la taille. Incurvés parce que réalisés à partir de douelles de barriques. Uniformément peints en noir, avec un léger rentré pour le cou, permettant à la tête d’être en relief, sans qu’aucun trait ne soit indiqué

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SYLVIA DAUTY 

 

CATHERINE LACHOUQUE 

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MARIETTE : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : FESTIVALS, VIIe BIENNALE des Z'ARTS SINGULIERS ET INNOVANTS DE SAINT-ETIENNE 2020

 

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ALAIN MEUNIER 

CATHERINE NEME 

VERONIQUE PERES 

ANNE RIVET 

 

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MICHEL SMOLEC ET L'AMABIE

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          Voilà deux décennies, Michel Smolec, autodidacte, a fait son entrée dans le monde de l'art, et très vite, lui si réservé, si pondéré, a plongé avidement dans le milieu des galeries, des musées, comme un boulimique qui se jetterait sur de la nourriture dont il aurait été trop longtemps privé. Et surtout dans la création. Et pendant des années, il s'est posé, sous formes de dessins, sculptures, peintures, des questions sur lui-même, ses espoirs, ses déceptions. Son imaginaire aidant, il est devenu l'auteur d'œuvres de terres mêlées, polychromes, avec un sens inné des rapports de couleurs. Bouleversantes, telle une œuvre de chair au sens quasi-littéral. Provocatrices ! Frondeuses ! Raisonneuses ! Un peu militantes, aussi, sous leurs airs innocents et leur bon sens populaire. Pas non plus dépourvues d'érotisme, au fil de leur apparition. 

          Sont nés ensuite de nouveaux questionnements, en dessins d'abord, puis en peinture : des femmes dont les corps indéfinissables étaient conçus en une connotation obsessionnelle dont seuls, peut-être, des psychanalystes sauraient décrypter le message ! Les bras disparates, disproportionnés ! les corps uniques ou siamois ! Mais surtout les yeux qui, finalement, accentuaient l’étrangeté des personnages et ajoutaient à la difficulté de les définir ! Au regard à la fois énigmatique et dur, voire arrogant. Et, comble de l'inattendu, jamais à la bonne place, et leur nombre jamais satisfaisant ; mais, à l'évidence tenant dans l’esprit de l’artiste, une importance capitale. 

 

          Les années ont passé, le Covid est apparu, obligeant nombre d'artistes à rentrer dans leur coquille, contrairement à Michel Smolec qui, enfermé, est sorti de la sienne, pour pénétrer dans un monde interlope. Fantasmagorie aidant, il a contrecarré les projets de sorcières qui, au cours de leurs hallucinations, mêli-mêlotant de savantes alliances de bave de crapauds et autres bestioles à des incantations pas piquées des vers, qui touillant, qui farfouillant, avaient décidé qu'il était temps d'en finir avec le monde !! Et puis, sentimental, il s'est perdu dans ses souvenirs en revisitant "Le jardin de (son) grand-père". Et s'auto-portraiturant au milieu des tomates, poireaux et autres salades, il a décidé que rien ne valait la verdure pour contrecarrer "Le ventre encore fécond, d'où a surgi la bête immonde" (¹) qui ravage actuellement villes et campagnes ! Et là, bien sûr, ce sont des lutins bienfaisants qui, usant de leurs pouvoirs cosmiques, l'ont protégé et accompagné dans son confinement!!  

          Dans le même esprit, a surgi, à l'échelle mondiale artistique, un étrange monstre issu de la mythologie japonaise du XIXe siècle, l'Amabié. Un peu oiseau, un peu sirène, et beaucoup humanoïde. Sur laquelle s'est jeté un nombre infini de peintres. Dont Michel Smolec qui l'a fantasmée sous tous ses aspects possibles ! Avec ou sans écailles, avec un nombre variable de jambes, de face ou de profil, droite ou lascivement étendue, le visage rond ou allongé, les yeux en amandes ou ronds exorbités, une abondante chevelure frisée ou hirsute... Mais toujours image mythique offerte à des fins psycho-magiques ; issue des eaux profondes, émergée dans un monde en danger ; capable de mettre fin à la pandémie actuelle qui ravage ce monde qu'elle est supposée protéger. Une entité guérisseuse, en somme, sortie de l'imaginaire de l'artiste !  

          Et, à travers cet étrange personnage fantasmatique, Michel Smolec sorti de lui-même ; parti à l'assaut du cosmos !! Jusqu'à quand ? Qui sait ? 

Jeanine RIVAIS 2021   

 (¹) Bertold Brecht : " Grand’ Peur et Misère du IIIème Reich" .

VOIR AUSSI : TEXTES DE JEANINE RIVAIS : "NAISSANCE D'UNE VOCATION" DANS LE NUMERO 58 DE SEPTEMBRE 1996, DU BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA. "DE TERRE ET DE CHAIR, LES CREATIONS DE MICHEL SMOLEC, sculpteur". ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : FESTIVAL CERAMIQUES INSOLITES, SAINT-GALMIER 2005. Et :  "TANT ET TROP D'YEUX ou MICHEL SMOLEC dessinateur" : ART SINGULIER. Et aussi : "ET DE NOUVEAU NOUS SOMMES DEUX" : ART SINGULIER. Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS : RUBRIQUE FESTIVALS RETOUR SUR BANNE 2003. Et : COURT TEXTE DE JEANINE RIVAIS : FESTIVALS : 6e BIENNALE DE SAINT-ETIENNE 2018. TEXTE DE JEANINE RIVAIS "NAISSANCE D'UNE VOCATION" : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N°58 de SEPTEMBRE 1996. TEXTE : RETOUR(S) SUR UN QUART DE SIECLE D'ECRITURE(S)

 

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LUMIERE, IMAGINAIRE ET MYSTICISME DANS L'OEUVRE DE FRANKLINE THYRARD

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Frankline Thyrard était-elle déjà mystique, lorsque naguère elle mettait en scène tout un monde interlope de soiffards et de noctambules ? Lorsque ses sculptures murales, découpées avec des précisions chirurgicales en puissants reliefs emmenaient le spectateur déambuler dans la désespérance d'après-boire, au tréfonds de ses cours des miracles, de ses fumeries d'opium, tous lieux où se conjuguait la même solitude à couper au couteau ?

 

Profitant de la Biennale des Arts singuliers et innovants qu'elle a en grande partie créée et promue dans la foulée de celle de Saint-Etienne, elle avait investi, comme chacun des autres exposants à la Baume d'Hostun, l'une des chambres de cet ancien centre de convalescence reconverti l'espace de trois semaines en lieu d'exposition.  

Là, conquise par l'intimité du lieu, témoignant de son imaginaire, elle a imprégné les cimaises de sa spiritualité. Et grande a été la surprise du visiteur et multiples ses questionnements en pénétrant dans cet espace contemplatif où se succédaient des épisodes lumineux ou sombres, comme si l'artiste avait hésité, lors de la conception de son "histoire", entre ombre et lumière, avant de  dévoiler ses méditations, ses convictions mystiques, et le flux de son oeuvre artistique. 

 

Certes, comme naguère,  la création de cette artiste autodidacte prend la forme de tableaux en relief ou de sculptures murales, réalisés à partir de matériaux variés, allant du bois au métal, à la terre, la résine, le carton, etc.

Certes, comme naguère, l'humour traverse les oeuvres de Frankline Thyrard, transgresse les tabous, mais plutôt qu'à des quotidiens débauchés, elle traverse l'histoire des religions qu'elle détourne. Une histoire où elle transcrit son interprétation personnelle. Son histoire où elle donne vie à ses personnages !

 

La surprise circonvenue, mais pas les questionnements, il revient à ce visiteur d'explorer cette narration si singulière, faire sienne en tenant compte de sa subjectivité, cette sorte de métaphore de dont il lui faut percer le mystère.

Et d'abord, alors que l'intrigue une robe blanche de fillette accrochée à  la fenêtre, il s'arrêtera devant un coffre portant deux photographies de scènes religieuses bon-enfant, une ancienne publication de l'artiste, et une paire de gants dépareillés : s'agit-il des symboles d'une vie pieuse à laquelle il faudrait renoncer ? Une affiche verticale sur laquelle sont écrits "LES MOINES" peut-elle, dans son esprit, suggérer que la personne concernée dont il ne sait encore rien,  envisageait de devenir moniale !?

 

          Il découvrira alors qu'il va peut-être connaître les aléas de la vie de Sainte-Eulalie, installée entre vigne (elle vécut dans le Bordelais) et Golgotha (ayant refusé de renier sa foi, elle fut martyrisée), un personnage accroupi près d'elle tenant la blanche colombe aux ailes écartées, échappée de sa bouche, et prête à s'envoler.  

          Mais bien sûr, l'histoire ne pourrait commencer si une touche d'humour ne venait en changer la connotation : Une grenouille noire  tenant un énorme cierge allumé, coasse dans un bénitier !!

A partir de là, les choses redevenant graves, le visiteur connaîtra le cadre dans lequel vivait la jeune adolescente : les (incontournables) marchands du temple, les chantres assurant la lithurgie,  les compagnons (ne pas oublier que Frankline Thyrard est très concernée par l'artisanat et les métiers nobles),  l'écuyer sans doute destiné à porter aux chevaliers dont le costume rappelle "L'Ordre"la nouvelle de la découverte du Graal.

          Enfin, on ne peut plus sérieux, le visiteur doit se souvenir que le sacrifice d'Eulalie est dû à sa foi dans le Christ dont un visage rappelle le tragique, et qu'il voit marchant lui aussi,  "sous le poids de la souffrance".

Et, bien sûr, l'humour reprenant ses droits, il est invité à s'agenouiller sur un prie-dieu, et connaître "La  pénitence" à laquelle il devra se plier!

 

 

 

 

          Bref, bas-fonds ou mysticisme, Frankline Thyrard bouscule les convenances ; crée de toutes ses forces et de son imaginaire débridé, des histoires tellement désordonnées qu’elles finissent par sembler logiques ; est à son gré plasticienne ou littéraire, les deux expressions se complétant dans la plus parfaite originalité et harmonie ! Et lorsqu'il quitte ce lieu tellement inattendu, le visiteur si souvent évoqué ci-dessus se demande s'il a vraiment compris l'histoire sentencieusement "écrite" par l'artiste, ou s'il n'a pas plutôt rêvé la sienne ?

Jeanine RIVAIS

VOIR AUSSI : Court texte de Jeanine Rivais : IVe FESTIVAL DE PRAZ-SUR-ARLY : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N°67 de JANVIER 2000. 

Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS :"LE MONDE RIBAUD DE FRANKLINE THYRARD" : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N° 72 Tome 2 Janvier 2003, IIIe FESTIVAL DE BANNE.  Et aussi TEXTE COMPLET :  RETOUR SUR LE FESTIVAL DE BANNE 2002

 

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