BANN'ART ART SINGULIER, ART D'AUJOURD'UI

XXXIe FESTIVAL

 

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LIEUX ET EXPOSANTS

 

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SALLE D'ART ACTUEL BANNE

 

JEAN GOEDE 

 

          D'origine hollandaise, Jean Goede est graveur. Ses gravures sur cuivre imprégné de vernis, témoignent de son goût pour la nature, les oiseaux, les arbres et les rochers qu'il reproduit, souvent des paysages d'Ardèche où il réside, car il aime plus que tout travailler in situ ! 

          Connaissant sa technique jusqu'au bout de la pointe la plus fine, ainsi se succèdent les motifs dont il s'imprègne au cours de ses longues heures dehors ! Pour ce faire, il reprend des techniques déjà existantes au Moyen-âge, toutes les nuances de "rendus" lui étant accessibles, y compris ajouter parfois un peu d'aquarelle afin d'éviter la monotonie d'œuvres en noir et blanc. J.R.

VOIR AUSSI : ENTRETIEN REALISE DANS LA SALLE DE L'ART ACTUEL A BANNE, LE SAMEDI 31 MAI 2014, LORS DU XXIIIe FESTIVAL BANN'ART ART SINGULIER ART D'AUJOURD'HUI.

 

LOU 

 

          Les artistes sont généralement d'accord pour dire que peindre un enfant, c'est retrouver des moments, des espaces qui ressemblent à autant de souvenirs de leur propre enfance. Exprimer sur la toile des sensations, des éclairages, des images… ressentis dans un passé plus ou moins lointain. Certains vont même jusqu'à exacerber ces sensations en tentant de "peindre comme un enfant" ! Lou ne peint pas "comme" un enfant ; mais elle peint des enfants. Des fillettes, avec un petit côté rétro qui la ramène au temps de celles qui peuplaient les livres de la Comtesse de Ségur !

          Et que l'enfant soit rousse, blonde ou brune, que sa robe évoque le flou d'une mousseline ancienne unie ou à fleurs, droite ou à volants, la fillette est toujours de face au centre du tableau, regardant (comme posant pour une photo qui témoignerait de sa réalité) le visiteur en off  ! 

            Lequel s'étonne de ces compositions si simples, en somme, tellement simples dans leur entièreté, qu'il faut toute la science intuitive des mises en scène de Lou pour qu'il se détache de l'enfant et commence à explorer son environnement ! Car toutes les "scènes" sont conçues sur un même schéma : L'enfant, donc, comme évoquée plus haut, droite sur un fond non signifiant allant de nuances de violines souvent, à des bruns ou des mélanges verdâtres. Seule, adoptant une posture expressive, mais toujours statique ; sauf à jouer à la marelle, à tenir un bouquet ; ou, pour s'accrocher à un peu d'humour laisser s'approcher une poule, voire la tenir en laisse !

          S’imposent alors les yeux des petits personnages, pleins d’expressivité qui, tantôt pétillent de malice, débordent de joie de vivre, tantôt promènent sur leur environnement leur regard vague, leurs airs penchés comme dubitatifs ou leur fixité perplexe !  De tels yeux, s’ils peuvent certes, être joueurs et infantiles, véhiculent tous une lourde charge de sincérité et de tendresse. Ils complètent les mimiques des bouches toujours petites, pincées, légèrement de guingois, rondes de surprise, mutines, etc. et leurs cheveux frisés ou en bataille ! Un ensemble d'un charme naïf et poétique autour duquel il est facile de broder subjectivement une histoire, car ces peintures participent d’un même esprit à la fois ludique et grave, un petit monde très personnel, d’une artiste qui, sous l'extrême réserve, possède une imagination floribonde, dans un style résolument moderne sous ses airs surannés dus aux teintes douces qu’affectionne cette coloriste de talent.

 

          Ainsi, pour Lou, parler d’enfance peut sembler un truisme, car tous ses personnages "sont" des enfants, sans que rien, dans ses œuvres, aucun contexte (dont l'absence a déjà été notée) puisse expliquer de quelle profondeur inconsciente surgit cette obsession. Mais tout se passe comme si, en les peignant à l’âge où elles découvrent le monde, elle conférait à ses fillettes le droit à l’émerveillement, la faculté de rêve… Comme si, elle-même, ayant perdu l’univers heureux de sa propre enfance, cherchait à retrouver la féerie de son Eldorado d’antan, et en restituait avec nostalgie les impressions rémanentes.

Jeanine RIVAIS

 

 

France GUIMEZANES

 

En 2017, France Guimezanes qui exposait pour la première fois à Banne, présentait une série de portraits allant de l'enfant à l'adulte ; et une création plus fantasmagorique, quittant la réalité, pour se lancer dans le rêve, plonger finalement loin dans son inconscient :  tantôt à tire-d'aile, s'envolant vers la lune ; tantôt en costume de fée, endormie parmi oiseaux et papillons ; tantôt encore célébrant l'espérance du retour à la vie tellement important dans son esprit qu'elle peignait "la femme arbre", à la fois humaine et végétale : une création où elle mettait dans ses personnages et ses ciels bleus toute sa sensibilité, sa fantaisie, sa tendresse surtout. Cherchant à travers ses créations le sens de la vie. Produisant ainsi une œuvre originale et poétique.

Pour sa seconde participation, elle présentait une œuvre beaucoup plus modeste, de gravures, traitant de sujets humanoïdes ; et trois peintures dont l'une représentait une sorte de minuscule oasis perdue dans une immensité vide : France Guimezanes à la recherche d'un nouvel espace d'art ? J.R.

 

VOIR AUSSI : TEXTE DE JEANINE RIVAIS : " ENFANCE, ADOLESCENCE, ET AGE ADULTE DANS LES QUESTIONNEMENTS DE FRANCE GUIMEZANES" : http://jeaninerivais.jimdo.doc/   Rubrique FESTIVALS BANN'ART 2017.

 

CHANTAL DONADIEU-DEVEAUX

 

          Il semble que, périodiquement,  Chantal Donadieu-Deveaux "jette un coup d'œil à sa fenêtre", et qu'il en résulte sur sa toile des îlots citadins où tournent sur un manège des êtres d'une parfaite rotondité ; des terrains bosselés sur lesquels poussent d'étranges pissenlits dont le foisonnement fait penser à des vagues, tandis que des ballons multicolores occupent l'espace aérien, et que des personnages issus peut-être de l'esprit de Jérôme Bosch sont tassés dans des barques de bois ; des hangars dont les murs tapissés à l'ancienne sont couverts de sacs à lait auxquels viennent périodiquement se sustenter quelques allochtones guidés par des sculptures humanoïdes ou des oiseaux migrateurs… Et puis, parce que le vent joue un rôle important chez cette artiste, ailleurs une éolienne se retrouve au milieu de ce qui pourrait être un erg désertique, car nulle végétation n'y est visible ; mais des groupes de personnages en forme d'œufs de Pâques dont seules les têtes dépassant seraient le ruban, s'agitent autour d'une entité pattue en train d'attraper dans un filet à papillon, des oiseaux dispersés alentour. Ailleurs encore –et tous ces "mondes" différents attestent de la fantasmagorie floribonde de la peintre-, une sorte d'araignée géante aux antennes dispersées dans les airs tend ses multiples pattes fines et souples vers des sortes de carabes, la rutilance de leur carapace et la costulation élytrale bien évidente surprenant sur le brun roux du sable ; d'autant qu'apparemment, tous évoluent debout ! 

          Et les ciels ! Tous les ciels de cette œuvre aux architectures inattendues, sont conçus en des ocres plus ou moins bruns, selon que l'humeur peut-être de l'artiste est  plus ou moins sombre !  Chaque scène devant, par contraste, être très colorée, à l'instar des décors d'intérieurs. Et pourtant, malgré cette "obligation" d'hyperchromatisme, les œuvres de Chantal Donadieu-Deveaux sont conçues sans le moindre hiatus, en de belles teintes douces, sans jamais de noir ni de blanc trop franc ; en des harmonies qui posent comme des évidences les éléments de ses paysages ; attestant subséquemment qu'elle est une très bonne coloriste.

          Ainsi, jour après jour, dans l’intimité et le secret de sa maison, Chantal Donadieu-Deveaux voyage-t-elle de par des  mondes issus de ses  fantasmagories ; en des sortes de circumnavigations raisonnées. Car ce qui frappe, dans le travail de l’artiste, c’est la rigueur architecturale de l’exécution, la précision entomologique des éléments ; tout en ajoutant chaque fois quelque chose d’elle-même. Sa touche personnelle. De sorte qu’une fois terminé, quel que soit le thème abordé, se dégage du tableau une impression de calme et de sérénité ; ou au contraire une pointe d'angoisse, d'inquiétude peut-être ? 

          Des voyages, donc, au cours desquels les couleurs douces évoquées plus haut unifient encore ces cosmographies immobiles d’où toute une vie est absente, la présence de l’homme impensable qui créerait des disruptions dans cette idéale "organisation" cosmique. 

          Et le visiteur qui, soudain, se trouve face à ces univers fascinants pour son oeil impatient étonné d'une telle perfection picturale, aimerait bien y détecter une minuscule existence humaine, la plus petite faille à laquelle  il pourrait s’agripper. C’est pourquoi, revenu sur sa planète brouillonne et chaleureuse, il s’interroge sur les motivations qui poussent une artiste dont la définition devrait être chaos primal, folie créatrice, à dispenser son incontestable talent en une réalisation illogique, faite de pure imagination, un impressionnant travail de vie "ailleurs" ?

Jeanine RIVAIS

VOIR AUSSI  : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique FESTIVALS BANN'ART 2014.

 

 

MARTINE DECHAVANE dite FAUVE

 

Les personnages de Fauve, des femmes toujours, appartiennent aux classes huppées de la société. Qu'est-ce qui peut amener le visiteur à formuler ce postulat ? 

        Certes pas leur habitat représenté presque nulle part, et les rares fois où tel est le cas, les maisons sont paradoxalement chaotiques. De guingois ! Et, si par inadvertance, il  reste un petit coin de fond non occupé, il est non signifiant  ! Donc, la plupart du temps, sûres d'elles, elles occupent tout l'espace !

Leur vêtement, alors ? On pourrait dire que c'est lui qui fait le moine ! leurs bijoux, d'abord, longs colliers de perles dont elles jouent négligemment. Et puis, leurs robes largement décolletées, fleurant bon le grand couturier, aux couleurs chamarrées, qui accusent étroitement leurs tailles fines et leurs formes délicieusement insolentes. Et puis, elles sont gantées et chapeautées, rarement en cheveux. Parfois, un châle négligemment posé sur une épaule, une cravate de travers attestent qu'elles sont à l'aise, entre elles, qu'elles appartiennent toutes à cette classe des désœuvrées qui occupent leur temps à papoter ; boire des coupes de champagne ; jouer du piano ou de la trompette, pour épater leurs "amies" !

Enfin, ce ne sont certes pas des jeunes filles en fleur ! Elles doivent frôler la quarantaine, l'âge où elles se sentent obligées de se maquiller outrageusement, les paupières très noires, les bouches charnues très rouges ! Mais  toutes ont un nez long, carré, un profil arrogant, ce qui fait que, malgré tous ces atours, elles ne sont pas belles ; mais "la question de la beauté est secondaire en peinture, les grands peintres du passé étaient considérés comme tels lorsqu'ils avaient développé du monde une vision à la fois cohérente et innovante". (¹). Est-ce l'avis de Martine Dechavanne ? 

          En tout cas, il semble bien qu'elle ne soit pas d'accord avec la remarque d'un artiste affirmant qu'"il est intéressant de garder à l'esprit que les femmes représentées" (par des peintres) "sont la plupart du temps le produit du regard des hommes". Est-ce pour cela qu'elle les a bannis de ses œuvres ou que si elle en glisse un, il est toujours tellement androgyne qu'il ne contraste guère avec le lot féminin ? Et, si "souvent, dans leurs représentations, n'est retenu qu'un aspect de leur personnalité ou de leur rôle social", elle a choisi la femme hors de chez elle, la femme festive, aimant la vie et ses plaisirs ! La femme qui "a de l'allure", une autorité naturelle. La femme en grande complicité avec ses semblables, sans que jamais cette complicité évoque la moindre sensualité ! 

          Ainsi, depuis bien des années, Fauve peint-elle avec une certaine liberté de gestes et des mouvements amples, des femmes en société ou seules, dans des teintes rouge-orangé et/ou violines. (Il serait d'ailleurs intéressant de lui demander si elle s'est baptisée "Fauve" à cause de son choix un peu obsessionnel de ces couleurs ? Ou l'inverse ?) Et il est surprenant de trouver soudainement sur ses cimaises, des femmes (encore) aux visages blanc cassé et aux vêtements et tous apprêts traités dans des teintes de gris ! Fauve finalement en mutation ? 

Jeanine RIVAIS

(¹)  Michel Houellebecq. La Carte et le territoire, 2010.

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ RUBRIQUE FESTIVALS BANNE 2012.

 

 

OLIVIA GUTTIEREZ

 

        Aucune relation, aucune histoire commune entre les éléments de la création d'Olivia Guttierez ; si ce n'est de façon récurrente des bouquets ou parfois un coq. Et surtout que tous sont composés avec des graines collées drues sur le support. Des graines de provenances (vrais bouquets séchés et réutilisés ; cafés de Colombie d'où elle est originaire, lin…) et de tailles différentes peintes de couleurs différentes de façon à donner des compositions aux nuances vives. D'autant plus que chaque "sujet" est recouvert de vernis à vitraux  brillants. Ainsi obtient-elle des compositions originales et agréables à l'œil. J.R.

VOIR AUSSI :  ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.doc/ Rubrique COMPTES-RENDUS DE FESTIVALS : Banne 2010.

 

 

VALERIE PRATS

 

          Il semble bien que les paysages de Valérie Prats soient autant de morceaux de souvenirs de voyages. Voyages avec exotisme ; là où règne toujours le printemps, parce que ses végétations luxuriantes sont éternellement vertes ! Avec pourtant quelques rappels possibles la ramenant à des lointains plus connus, comme les troncs rugueux couverts de cicatrices et les longues feuilles des palmiers. Mais aussi végétations imaginaires accrochées aux rives de quelque source puissante dégringolant sur des rochers.  Tout cela,  en ajoutant quelque chose d’elle-même. Sa touche personnelle. De sorte qu’une fois terminé, quel que soit le lieu abordé, se dégage du tableau une impression de calme et de sérénité ; une grande harmonie que rien ne semble devoir troubler. Incontestablement, l'artiste entraîne le visiteur vers ses "oasis” ; sensation paradoxale, puisque aucun individu n’y est jamais visible.

 

          Aussi paradoxaux sont les "lieux" où se trouvent les personnages ! Car ils sont toujours non signifiants ; à tout le mieux proposent-ils quelques vagues formes carrées amorçant un passage étroit derrière l'individu, homme ou souvent femme ; nu(e) toujours. Debout, comme en représentation ; se regardant dans un miroir. Seul(e)  dans le rectangle bien délimité qui semble l'enfermer. Conçu(e) en des couleurs éteintes, une légère touche de flou créant une distance avec le personnage.

 

          En somme, chaque élément des  pérégrinations ou des rencontres de Valérie Prats, paysages donc ou humains, est peint en teintes douces, avec une grande tendresse et proximité. Une peinture non pas narrative, non pas réaliste, mais stylisée ; aux lignes d'où est absent tout angle dur. Posées comme des évidences.

Jeanine RIVAIS

 

 

MAGALI  TARAGONNET 

 

          Depuis toujours, Magali Taragonnet a été une art-récupératrice ! Glanant tout ce qui est rouillé, intact ou brisé, métallique ou autre, signifiant ou pas… simplement quelque chose qui lui parlait, qui lui parle, qui va s'entasser aux limites de son atelier et qui, un jour entrera dans l'une de ses compositions.

          Tout de même, pendant longtemps, et sans qu'elle en ait vraiment conscience, ces objets ont servi de carcan aux femmes qu'elle créait. Car si, pour chacune, l'anatomie était de terre, entraient dans son allure, des objets "trouvés". Les fixant, les entourant, les cernant, bien que souvent invisibles, s'assurant en fait de l'impossibilité pour elles de partir vers d'autres "ailleurs" ! 

          Les femmes de Magali Taragonnet ! Elles étaient uniques au monde, la gent masculine n'existant pas dans sa création ! Toutes posées sur un socle rouillé, pour montrer qu'elles avaient conscience du passage du temps ! Et toutes bâties sur une même idée : leur aspect plantureux, bien en chair, potelé diraient les esthètes. Mais surtout, elles avaient en commun des énormes panards ! Ce qui contribuait à assurer leur assise terrestre ! Et puis, parce qu'elles étaient pudiques, elles portaient toujours comme les grands-mères, de jolis sous-vêtements qui les couvraient sans dissimuler leurs formes. Un peu coquines, donc, mais jamais érotiques ! Belles ! Leurs grands yeux largement ouverts sur le monde, pétillants de vie et d'intelligence ! Drôles, avec leurs petits nœuds-nœuds brillants dans les cheveux ou leur doigt dans le nez au-dessus d'un baril de poudre ! Avec cela, atemporelles, sans lien historique, sans lieu géographique, sans aucune connotation de situation sociale ! Quelle nostalgie, de ne plus les voir ! 

 

          Parce qu'un jour, il y a eu trois "Petits chanteurs à la cage en bois", encagés, certes, mais chantant à pleine gorge. De la musique sérieuse, sans doute, parce qu'ils tenaient tous un livret à la main ! Drôles avec leurs cous de femmes-girafes, leurs mentons lancés en avant, leurs grands yeux et leurs bouches lippues largement ouvertes ! Ce pourraient bien être eux, les transfuges, les coupables ; eux qui auraient passé le relais et introduit la gent masculine dans le monde de Magali Taragonnet ? 

 

          Car depuis leur prestation, l'œuvre de l'artiste a totalement changé ! Sans pourtant perdre de sa personnalité, ni de sa qualité ! Mais n'ayant plus le même air de famille ; comme un paradis perdu qui serait désormais privé de son identité originelle ! Des hommes, qui ont des allures de saints (!!!) qui sont en fait ici un "Masaï tiré à 4 épingles" ; là des "Mauvais garçons", les yeux levés au ciel… Mais aussi un magicien au visage couvert d'une tête d'oiseau, tentant de dresser un "Poisson insoumis" ;  une sorte de richard au visage très masculin portant la robe, avec à ses pieds un petit personnage dont la forme ressemble à s'y méprendre à un phallus !  

          D'où il s'avère, finalement, 

          *** Qu'aucun personnage n'a la même configuration : tubulaires comme pour "Les mauvais garçons" ;  large, au corps constitué d'une gourde métallique pour "Ubu Max" ; formé de plusieurs étages d'objets de natures différentes pour "Amadeus" tenant à la main un rouleau de musique ; entièrement vêtu de noir, à croupetons sur une chèvre ailée pour "Le colporteur à la plume" ; langoureusement allongé sur un cadre de vélo orné d'une sacoche à dents, etc. 

          *** Que, désormais, les titres sont presque toujours présents, bien en vue sur les pieds du  personnage. Comme si Magali Taragonnet était devenue plus littéraire, vu la complexité de certains tel "Le Cercle des collectionneurs d'opercules" ? A cela, elle n'a pas de réponse : "L'objet se crée", dit-elle, "et le titre vient". Ou (ces titres faisant souvent redondance avec le sujet), qu'elle s'inquiète du fait que le spectateur ne comprendrait peut-être pas de quoi elle "parle" ?

          *** Qu'assurément, les accessoires sont désormais une partie importante de ses créations. Du moins les laisse-t-elle apparents (grille, cordes, verrou…) pour la "Carriole à clochette de Petit Pierre", ledit Petit Pierre pointant sa tête minuscule à la fenêtre.

          *** Et que toutes les oeuvres, quelles que soient la configuration de leurs jambes reposent sur de vieilles planches, des palettes surannées, des pierres inégales…Comme si l'artiste pensait : "Qu'importe le support, pourvu qu'on ait l'ivresse !" Et peut-être ajouterait-elle : "Ce qui m'importe, c'est de développer une pratique plurielle, posant la question des matériaux, des gestes laborieux qu'ils impliquent de ma part, et des identités que j'en extrais" ? 

 

          Bref, Magali Taragonnet joue toujours dans la cour des grands. Son ultime objectif semble bien être de laisser une empreinte, SA trace singulière. Et chacun sait que tout artiste se grandit de ses propres paradoxes ; s'inscrit dans son temps non seulement par l'intensité de ses thématiques, la solidité et la cohérence de ses créations et de leur développement, la multiplicité et la variabilité de leur forme. Elle est devenue la créatrice, en somme, d'une œuvre ouverte, que le public a toujours plaisir à déchiffrer.

Jeanine RIVAIS

TEXTE ECRIT SUITE AU XXXIe FESTIVAL BANN'ART ART SINGULIER ART D'AUJOURD'HUI DE BANNE, EN MAI 2018.

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.fr  RUBRIQUE COMPTES-RENDUS DE FESTIVALS : MIERMAIGNE 2008.

 

 

PASCALE LE MOELLIC

 

ANAÏS LE COZ

 

GUY BERAUD

 

          Des fonds dans lesquels des nuages plus ou moins consistants suggèrent une sorte de chaos ; sur lesquels des formes fuyantes apparaissent ; cheminent ; dansent ou simplement se posent à l'avant-plan : personnages ou animaux plus suggérés que montrés. Demi-énigmes, demi-révélations, le tout dans des couleurs douces et harmonieuses. 

          Par contraste, des pages de bandes dessinées, aux motifs d'encres vives aussi allusifs et tumultueux, mais s'agitant en huis clos, ectoplasmes, fantômes peut-être, ou spectres, suggérant ici une tête, ailleurs un personnage évasif en effervescence, un animal… au gré des fantasmes du spectateur. Tandis que des bulles proposant des écritures aléatoires, pictogrammes, graffiti s'ajoutent aux dessins, donnant l'impression de "si" plein que pas une virgule ne pourrait être ajoutée.  

 

          Mais Guy Béraud est aussi sculpteur : tantôt tout à fait réaliste, représentant ses personnages en buste comme naguère les riches bourgeois avec l'homme célèbre de la famille, auxquels les nuances obtenues sur le bronze tantôt brillant, tantôt mat, confèrent une raideur toute militaire !  Tantôt, au contraire, partant dans une fantasmagorie inattendue, il place côte à côte  des êtres animaliers taillés d'un seul bloc, où seuls les visages sont expressifs ! Mais bizarrement, ils semblent les avoir échangés : ce qui pourrait être un corps de cigale affiche un énorme mufle peu engageant ; le plantigrade appuyé sur ses mains/fourchettes, a un visage d'humain bon enfant ; le lion (?) arbore un cou de femme-girafe formé d'anneaux concentriques  ; etc. Tous couverts de vernis qui accentuent la richesse des nuances qui enveloppent ces corps monoblocs ! 

 

          Ainsi, cet artiste navigue-t-il au gré de sa fantaisie entre deux et trois dimensions, surprenant chaque fois le spectateur ; allant d'une effervescence graphique à des masses plastiques ; témoignant de la richesse et de la diversité de son imaginaire ! 

Jeanine RIVAIS 

VOIR AUSSI :  TEXTE DE JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.doc/  Rubrique FESTIVALS : "Art brut et outsider, Singulier, Meysse 2016.