PRAZ SUR ARLY : FESTIVAL 2003

UNE MANIFESTATION ARTISTIQUE, UN COUPLE FONDATEUR, UNE CONVIVIALITE

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CINQ QUESTIONS A ANTOINE RIGAL

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L’entretien s’est déroulé dans un climat de franche bonne humeur, la gouaille d’Antoine Rigal, « quand il se sent bien », étant légendaire !

 

          Jeanine Rivais : Depuis quand peignez-vous ? Et quel a été votre itinéraire, pour en venir à la forme actuelle de votre création ?

          Antoine Rigal : J’ai commencé à peindre quand j’étais gamin, et j’ai toujours continué. Comme mon père était amateur de jazz, je prenais des pochettes de disques que je reproduisais à l’huile. C’est de cette façon que j’ai appris la technique. Ensuite, j’ai fliqué sur les perfectos des punks. Je faisais des portraits de …

 

          J. R. : Doucement, doucement ! Moi, je n’ai jamais été punk, et si vous n’articulez pas leurs noms, je suis incapable de comprendre !

          A. R. : « Vicious », comme un vicieux en français ! Je faisais des peintures, dans le dos des vêtements, etc. Et puis, j’en ai eu marre de « dessiner bien » entre parenthèses, alors j’ai commencé de dessiner sans modèle, et j’en suis venu à ce que je fais maintenant. 

          Un jour, le Conservateur du Musée d’Art naïf est venu me voir. J’avais exposé quelques trucs. Il m’a dit que c’était super ! Et puis Louis les a vus et m’a dit que je devrais les vendre. J’en ai vendu un, 10 francs, et puis plus cher. Et maintenant, j’essaie d’en vivre, mais ce n’est pas facile. 

 

          J. R. : Vous voyez, quand je vous ai proposé 100 francs, vous n’avez pas voulu me  vendre un petit dessin !

          A. R. : Non, je l’ai vendu plus cher. Je m’en souviens bien ! (Il rit aux éclats !)

 

          J. R. : Quelle définition donnez-vous de votre travail ? 

          A. R. : Je ne peux pas répondre ! En fait, j’écoute ce qu’on me dit, mais je ne cherche pas à définir ! Je fais cela comme de la thérapie, pour ne pas péter les plombs ! Malgré tout, il m’arrive de les péter ! Tu te soignes comme tu peux ! Donc l’expression, c’est important pour moi.

 

        J. R. : A ce propos, je suis sûre que vous pourriez me répondre plus longuement ! Mais vous n’allez pas vous en tirer à si bon compte : je sais que vous vous dépêchez pour aller boire un coup ! Puisque vous avez apporté peintures, sculptures, écritures, comment combinez-vous les trois ?

      A. R. : En fait, cela vient au hasard. Il faut que ce soit spontané. Je fais d’abord des taches, parce que cela m’angoisse de partir de la feuille blanche. Puis, dans les taches, je cherche les bonshommes et je les fais sortir. Ou un caillou, des yeux quelquefois dans un morceau de bois ! Comme quand t’es gamin dans les nuages ! Je ne devrais pas l’expliquer parce que c’est un truc technique, mais je mélange du papier Q à ma peinture et après, selon les épaisseurs, le bonhomme se dégage, je le souligne. C’est donc à chaque fois des coups de bol ! 

          J. R. : Coups de bol, peut-être. Mais cependant, vous en venez chaque fois à quelque chose d’extrêmement figuratif.

          A. R. : Ca vient du fait qu’au début, j’ai essayé d’apprendre à bien dessiner. Je mets toujours « bien » entre parenthèses, bien sûr : C’est comme pour Louis, les gens lui disent : « Mais pourquoi ne faites-vous plus des « beaux tableaux » comme avant » ! (Rappel : Louis Chabaud a commencé sa carrière de peintre en produisant des paysages de Provence, des champs de lavande…)

 

          J. R. : Regardons cette œuvre qui est magnifique…

          A. R. : N’hésitons pas ! 

 

          J. R. : Comment définiriez-vous ce grand tableau qui me semble être un triptyque ? 

          A. R. : Logiquement, c’est comme au XVIe siècle, quand les peintres faisaient un grand truc, et qu’ils le fermaient. C’est compliqué à l’intérieur. Et on peut le regarder aussi bien fermé qu’ouvert ! 

 

          J. R. : Venons-en à vos personnages qui sont issus en ligne droite de la bande dessinée. Qui sont-ils ?

         A. R. : Elle, c’est l’Epoque, lui c’est le Bonheur. Et c’est le Désespoir qui les a mis en contact. L’Epoque semblait troublée, c’est elle, voyez, elle est troublée. Le Bonheur semblait en retard. Bien sûr, c’est leur truc. C’est le hasard, après tu trouves un titre. Mais je ne calcule jamais rien à l’avance.

 

         J. R. : Parlez-moi de vos sculptures.

       A. R. : C’est pareil. C’est tout du hasard. Là, j’ai vu une mouche, là un éléphant, et là une tête. Une autre encore. Je prends un bout de bois, je le ramasse et je commence à le regarder sous tous les angles. Je suis le mouvement. Puis je me ballade.

 

         J. R. : Et maintenant, dites-nous  quelle est votre définition de l’Art singulier ?

        A. R. : Je n’en donne pas de définition, parce que je ne suis pas du tout théoricien. Les gens me mettent là-dedans parce qu’ils ont besoin de me mettre dans des tiroirs. Mais s’ils me mettent ailleurs, je m’en fous. Du moment que je vends mes peintures, que des gens adhèrent et achètent mes œuvres… Après, qu’on me mette dans les outsiders ou la Nouvelle Figuration… Ou même la Figuration libre, cela m’est égal.

 

          J. R. : Je vous rappelle qu’« Outsider » et « hors-les-normes » sont synonymes.

         A. R. : Oui, mais les Américains n’aiment pas « l’Art brut » ou « cru »… Ils disent « outsider ». Du moment que je trouve des gens pour vendre mes toiles et gagner un peu de tune…

 

         J. R. : Mais vous, où vous sentez-vous bien ?

        A. R. : Ah chez Louis Chabaud, bien. Il y a du bon vin, on mange bien. 

 

        J. R. : C’est une définition de l’art comme une autre…

        A. R. : Et que les gens aiment ce que je fais, je suis content. 

 

        J. R. : Puisque vous avez déjà participé au festival de Praz-sur-Arly, quelle définition en donnez-vous ?

        A. R. : Ma définition, c’est que c’est un festival festif, on fait bien la fête. On se sent un peu moins seul, parce qu’on rencontre des gens dans le même courant. C’est Louis qui choisit les gens, et cette année je trouve que tout le monde est excellent. C’est mon goût, vous je ne sais pas…

 

        J. R. : Je suis d’accord, mais aujourd’hui, ce n’est pas moi qui suis en jeu, ce sont les artistes. 

        Passons à la question suivante : Quelqu’un a écrit que la création artistique est une mise en forme de sa douleur. Votre création est-elle conforme à cette définition ? Ou bien, n’est-elle, au contraire, que pur plaisir ?

      A. R. : C’est vrai. A 200% je suis d’accord. C’est comme pour l’intelligence : Coluche disait que c’étaient les plus intelligents qui étaient les plus malheureux, parce que dès qu’on réfléchit, on se rend compte de son malheur, du fait que l’on va mourir, etc. On se pose tous les mêmes questions. Et pour les artistes, c’est un vrai drame. Les gens disent : « Ce que vous faites me fait peur. Je ne peux pas mettre cela chez moi ! » Je pense que ma création est une création journalistique de mon époque. Elle vient de la vague punk, des gens de ma génération. Ma génération à moi.

 

         J. R. : Quels sont vos projets ?

        A. R. : Elever mon fils. Essayer de gagner un peu plus de tune, comme toujours ! Essayer de casser mon style, pour ne pas faire « du Rigal », ne pas devenir un faiseur, parce que cela m’énerve de la part de beaucoup d’artistes. 

 

Entretien réalisé le 28 juillet 2003.

 

RIGAL ANTOINE : VOIR AUSSI TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LES TRIPTYQUES D'ANTOINE RIGAL, peintre" PUBLIE DANS LE N° 56 de Décembre 1995, DU BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA : 

Et http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique FESTIVALS RETOUR SUR PRAZ-SYR-ARLY 1995. 

Et http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique ART SINGULIER.

VOIR AUSSI : ENTRETIEN AVEC JEANINE RIVAIS N° 75 Tome 1 d'Août 2004.Rubrique Festival de  Praz sur Arly.

VOIR AUSSI : "CINQ QUESTIONS A…" : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N° 75 Tome 1 d'AVRIL 2004.

Et http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique FESTIVALS : RETOUR SUR PRAZ-SUR-ARLY 2003.

Et aussi/ TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "LES TRIPTYQUES D'ANTOINE RIGAL, peintre" / http//jeaninerivais.jimdo.com / Rubrique ART SINGULIER.