PRAZ SUR ARLY : FESTIVAL 2003

UNE MANIFESTATION ARTISTIQUE, UN COUPLE FONDATEUR, UNE CONVIVIALITE

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CINQ QUESTIONS A SONIA PEREZ

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Jeanine Rivais : Depuis combien de temps créez-vous ? Et quel a été votre itinéraire pour parvenir à votre création actuelle ?

Sonia Pérez : J’ai commencé toute petite. Je dessinais beaucoup. Je me déguisais beaucoup. Je ramassais toutes sortes de petites choses dont je ne faisais rien. Mais c’était pour le pur plaisir de collectionner. 

A l’adolescence, je me suis mise à peindre sur les murs de la maison, au grand désespoir de mes parents. Je faisais apparaître des sirènes dans la salle de bains… J’ajoutais des mosaïques avec des morceaux d’assiettes de la cuisine que j’avais cassées… Je dessinais beaucoup pendant les cours quand je m’ennuyais ; et au téléphone. 

J’ai commencé à dessiner vraiment de manière à ce que cela ressemble à quelque chose, quand mon père est tombé malade.

 

J. R. : Qu’entendez-vous par « ressemble à quelque chose » ?

S. P. : Il y avait une idée, une forme, je racontais des histoires. Cela devenait narratif. Mais il n’y avait pas de couleur, je dessinais beaucoup au stylo. La maladie de mon père m’a beaucoup affectée, et demandé de l’énergie. Je dessinais donc beaucoup. C’était une manière d’aller mieux, de surmonter toute cette angoisse. 

J’ai commencé à mettre des couleurs, à coller des petits bouts de papier. L’utilisation du jouet est venue après. 

 

J. R. : Quelle définition donnez-vous de votre travail qui est extrêmement fourmillant, avec cette façon boulimique de remplir l’espace et d’accumuler des objets ?

S. P. : Je voudrais faire un parallèle avec la maladie de mon papa qui était gravement dépressif. C’était une alternance de hauts et de bas. Dans les périodes de bas, j’avais besoin de remplir un certain vide. Il avait un tempérament très gai, il fallait donc que je « raconte » des histoires joyeuses. J’ai eu besoin d’égayer la maison, les murs, puis de déborder chez les autres. Il y a eu une montée du besoin d’être heureux à tout prix. Et l’obsession tardive de l’espace, du vide. Il faut absolument que je remplisse.

Maintenant, je me détache un peu, j’aimerais arriver quelque chose de plus méticuleux, plus dépouillé. C’est une peinture un peu naïve, sans itinéraire. Je crois que c’est Raymond Raynaud qui disait « On ne va jamais aussi loin que lorsqu’on ne sait pas où on va ». J’ai le sentiment d’avoir commencé à raconter des choses. 

 

          J. R. : Vous voulez dire que jusqu’à maintenant, vous exploriez le papier avec votre plume, sans vous soucier de ce que vous alliez dire. Alors que maintenant, vous désirez avoir une idée a priori à partir de laquelle vous peindriez ? 

       S. P. : Oui, tout en gardant une spontanéité de départ. L’objet est un support agréable et m’aide à raconter. La couleur, et j’y crois fort, m’aide à avancer. Et petit à petit, en prenant mon temps, j’agrandis l’espace du papier. Et je me sens de plus en plus à l’aise avec les matériaux. C’est une vraie exploration. Mais là, je suis encore en tâtonnement.

 

        J. R. : Quelle définition donnez-vous de l’Art singulier ? 

S. P. : Je peux parler de l’artiste singulier. Pour moi, c’est un fantaisiste, quelqu’un de très sensible, bourré d’émotion qu’il exprime de manière unique. Même si, à propos de mon travail, on peut parler de Simone Le Carré-Galimard, de Danielle Jacqui, et d’un Japonais…, mais c’est normal parce que nous sommes tous faits d’une même chair, d’un même sang. Donc un être avec une imagination débordante qui, à un moment de sa vie, a été en souffrance. Et qui a eu besoin de sortir de cette souffrance, de l’exprimer. Et c’est pour cela qu’il est unique. Et qu’il a commencé à créer de façon un peu brutale, voire tardive, sans expérience picturale.  A un moment donné, il a eu besoin de la couleur, du rebut… pour arriver à être, à continuer à vivre. 

 

J. R. : Vous êtes donc convaincue du côté thérapeutique de cette création ?

S. P. : Oui. Par contre, je n’ai pas la sensation d’être malade, sinon d’avoir eu dans ma vie des souffrance que, toute seule, je n’arrivais pas à surmonter. Le dessin a été pour moi le moyen d’y parvenir.

 

J. R. : Quelle définition donnez-vous du Festival de Praz-sur-Arly ?

S. P. : Je n’en reviens pas, de tout l’amour, de tout l’humour que donne Louis Chabaud rien qu’avec ses yeux ! Il a un regard passionné, très à l’écoute des artistes.

Je dirai festival de l’amour, du bien-être, de l’échange, de l’écoute. Et de la franche plaisanterie.

 

J. R. : Comment vous rattachez-vous à l’Art singulier ?

S. P. : Par la passion des gens, l’imagination débordante, l’âme qui fait mal. La curiosité, la faculté d’étonnement. Le besoin d’échanger, de communiquer. On sent que tous les artistes présents respectent beaucoup le travail des autres. On sent que tous ont besoin d’être entourés, trouver un peu d’eux-mêmes dans les œuvres des autres. En somme, être étonnés. 

J. R. : Arrivons-en à l’avant-dernière question : Quelqu’un a écrit : « La création artistique est une mise en forme de sa douleur. Votre définition de l’art est-elle conforme à cette phrase ? Ou au contraire, votre création est-elle pur plaisir ?

S. P. : J’ai partiellement répondu. Mais pour moi, il s’agit d’une douleur qui n’est forcément physique ou morale ; mais qui est peut-être aussi une douleur dans laquelle on vit. Antoine Rigal l’explique à sa façon. Je crois que la vie est une remise en cause permanente d’une douleur, de ce que l’on est, de ce que l’on vit. Et si l’on peut se soulager en créant, je trouve cela très bien.

 

J. R. : Quels sont vos projets ?

S. P. : J’ai envie de continuer à explorer des univers, de commencer à mettre en scène des dessins. Utiliser toutes sortes d’objets pour mettre en scène les dessins. M’agrandir et varier les supports. Supprimer les encadrements. Peut-être créer des choses moins oniriques, rendre davantage compte de cette société qui me révolte beaucoup. Tout en gardant une légèreté. Plus d’infini, moins de précision. Et continuer à rencontrer d’autres artistes. Et en même temps, me retrouver un peu seule. Lire beaucoup. Réfléchir à tout ce qui vient de se passer…

 

Entretien réalisé le 28 juillet 2003.

 

PEREZ SONIA ALIAS SOSSO : ENTRETIEN  AVEC JEANINE RIVAIS : http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique FESTIVALS. RETOUR SUR BANNE 2003. 

VOIR AUSSI : "CINQ QUESTIONS A…" : BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA N° 75 Tome 1 d'AVRIL 2004. 

Et http://jeaninerivais.jimdo.com/ Rubrique FESTIVALS : RETOUR SUR PRAZ-SUR-ARLY 2003.

Et TEXTE DE JEANINE RIVAIS : "SONIA PEREZ, BRODEUSE ET TRICOTEUSE DE REVES", FAISEUSE D'HISTOIRES" : http://jeaninerivais.jimdo.doc/ Rubrique ART SINGULIER.