DIDIER SANSON, peintre

Entretien avec Jeanine Rivais

*****

                Jeanine Rivais : Didier Sanson, il y a longtemps que vous peignez ?

sanson
sanson

Didier Sanson : Oh oui ! Depuis l’âge de quinze ans ! J’ai commencé par l’abstrait. Puis je suis passé à Nicolas de Staël…

 

                JR. : Vous n’êtes donc pas autodidacte ?

                DS. : Non, mais je ne veux pas m’attarder dessus !

                Je suis ensuite revenu vers les Nouveaux Réalistes. J’ai fait des collages, des œuvres immenses, très lourdes, que j’ai abandonnées parce que c’était insupportable !

                En 1997, j’en suis venu à ce que je fais maintenant, et cela m’a permis de travailler à partir de chansons comme celles de Brassens ou Brel.

sanson 1
sanson 1

                JR. : On peut dire, sans être original, que vous travaillez le portrait. Historique, à en juger par certains costumes, ou carte d’identité ? Et encore même pas, puisque finalement, tous vos personnages sont entiers.

                DS. : C’est amusant que vous les voyiez comme cela !

 

                JR. : Mais alors, comment les voyez-vous ?

                DS. : Je ne me pose pas toutes ces questions ! Ce peuvent être des portraits ? L’idée vient toute seule…

 

                JR. : Et qu’est-ce qui décide que vous faites ou non votre personnage en pied ?

                DS. : Je ne peux pas vous répondre, sauf que je préfère les faire de plain-pied.

 

sanson 2
sanson 2

JR. : Chacun de vos personnages est constitué de petits « morceaux ». Aucun n’est dans son entièreté comme les personnages historiques dont vous citez éventuellement les noms (Les mégères gendarmicides de la place du Marché de Brive-la-Gaillarde ; Vicomte de Beauharnais ; Marquis de Dreux-Brèze, etc.) Chaque élément est longuement peaufiné, mais différemment de vos « modèles » éventuels : les cheveux ne touchent pas au visage, les seins des femmes sont sur des fonds qui ne sont pas forcément corporels, les hommes ont, à la place du sexe, quelque chose de très symbolique (cœur, boules, etc.) Pourquoi cette formulation séquentielle, pour ne pas dire « en lambeaux » (sans aucune connotation péjorative, cela va de soi) ?

                DS. : Je trouve cela plus sympathique que de les faire en un seul morceau ! C’est difficile à expliquer ; C’est la façon dont je les vois.

                Ce que je peux vous dire, c’est que tout cela est de la récupération : le support est du contreplaqué que j’ai récupéré chez un marchand de matériaux. Je maroufle dessus des draps et je peins dessus avec de la peinture industrielle.

 

                JR. : Justement, j’allais y venir, parce que cela contribue à la brillance de vos œuvres. C’est de la peinture glycérophtalique ?

                DS. : Oui, mais en plus, il y a un vernis par-dessus. Parce que certaines peintures sont mates, et cela ne me convient pas.

 

                JR. : Et pourquoi avez-vous cette volonté que ce soit si brillant ?

                DS. : Parce que je trouve que c’est mieux.

 

                JR. : Tous vos personnages ont de gros yeux ronds, exorbités. En relief.

                DS. : Oui, ils sont faits avec des rondelles.

 

sanson 3
sanson 3

JR. : Ce sont les seuls éléments du tableau en relief.

                DS. : Quelquefois, je fais aussi le nez. Cela me facilite le travail parce que, s’il n’y a pas de reliefs, je peux les entasser comme des mille-feuilles dans mon camion, et les transporter sans problème.

 

                JR. : La plupart de vos personnages ont la bouche ouverte, découvrant largement leurs dents. Sont-ils en train de rire ? Ou essaient-ils de mordre ?

                DS. : Non, ils sont en train de rire. Ils ne veulent pas mordre, même si certains d’entre eux ne sont guère fréquentables ! Mais c’est l’histoire qui veut cela !

 

                JR. : Tous les éléments sexuels, masculins ou féminins sont très accusés : les seins sont parfaitement découpés, la plupart des sexes également, et surtout ce qui est frappant, ce sont les doigts raides terminés par des ongles dont on pourrait dire que chacun est le bout d’un sexe ! Certains sont en plus très rouges, mais même s’ils sont d’une autre couleur, c’est ce sentiment qui prévaut.

                DS. : Justement, c’est pour faire la différence, vu qu’ils sont déjà éclatés, entre masculin et féminin. Je veux chaque fois marquer très nettement cette différence.

 

                JR. : Nous avons parlé tout à l’heure, des têtes morcelées. Par contre, les corps sont homogènes, les éléments se touchent comme pour un vêtement d’Arlequin.

                DS. : Je tiens à ce que le corps constitue un ensemble parfait, alors que la tête est beaucoup plus facile à éclater !

 

                JR. : En somme, ils ont un corps solide, et une tête légère ?

                DS. : Oui. Moi aussi !

 

                JR. : Votre travail génère le sentiment que vous êtes un très bon coloriste : vous associez souvent des couleurs qui sont habituellement en opposition. Et cependant, il n’y a pas de hiatus.

                DS. : Je n’aime pas les pastels ! Il faut que ce soit des couleurs très fortes.

 

sanson 4
sanson 4

JR. : En somme, les associations de couleurs complètent le choix de cette peinture brillante ?

                DS. : Oui. D’autant que je suis tenu de les sélectionner en fonction des pots dont je dispose. Il faut que ce soit des couleurs très tranchées.

 

                JR. : On pourrait dire que ce sont des tableaux/puzzles ?

                DS. : Peut-être pas !

 

                JR. : Y a-t-il des questions que vous auriez aimé entendre, et que je n’ai pas posées ?

                DS. : Non ! Moi je ne m’en pose pas, alors je ne vois pas pourquoi j’en voudrais d’autres que celles que vous avez posées ! C’est affolant ! Tout le monde me pose des questions, alors que moi, je ne m’en pose jamais !

 

                JR. : Mais si les spectateurs viennent vous voir, il est normal qu’ils vous questionnent, pour savoir si leur regard est le même que le vôtre ! Et s’il est différent, pourquoi et en quoi ?

                DS. : Il n’empêche que, chaque fois, c’est pour moi une vraie surprise !

Cet entretien a été réalisé à Banne, dans la Salle d’Art actuel, le 14 mai 2010.