LA VIE POPULAIRE CHEZ PAVEL LEONOV

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Face aux oeuvres de PAVEL LEONOV, le visiteur a le sentiment de regarder une bande dessinée qui narrerait de petites scènes de la vie populaire villageoise russe (forge du maréchal-ferrant, musiciens, cirque, ...). Mais la narration ne se situerait pas dans la continuité : chaque “fenêtre” (ainsi les nomme l’artiste) proposerait un épisode particulièrement marquant, indépendant des autres. Car les “séparations” jouent dans les tableaux un rôle très important : conçues comme des éléments de forêts, réseaux de branchages symétriquement disposés ou placés côte à côte, elles génèrent des sortes de niches (plutôt que des fenêtres), dans lesquelles le peintre love ses fragments d’anecdotes. Si l’on ajoute qu’il ignore ou ne s’intéresse pas à la perspective, voilà le tableau sectionné de rues verticales, de cours d’eau ou de prés parfaitement horizontaux. Voilà aussi tous ses personnages sur un même avant-plan, toujours vêtus de blanc. Mais, seuls les plus “importants”, -comme "Dans le studio de l’artiste, l’auteur salue les visiteurs"-, sont grands et dessinés avec précision. Les autres sont minuscules et simplement évoqués ; et appartiennent aux épisodes qui ont l’air d’être en suspension au-dessus des premiers !

Pourtant, la “description” ne s’arrête pas là ! Pavel Leonov a-t-il réellement voyagé ? Ou son imaginaire l’a-t-il entraîné vers des lointains exotiques qu’il a assimilés à ses souvenirs réels ? Toujours est-il que parmi les télégues, hélicoptères, corbeaux ou oies sauvages... qui pourraient être tirés d’un conte de Tolstoï ou Gogol, d’un film d’Alexandrov ou Dovjenko, il introduit des éléphants, tigres, chameaux ou urubus... qui participent de la vie de sa toile ! Comme s’ils appartenaient depuis toujours à son univers familier ! Et, pour ses "Voyageurs russes en Afrique", pour , ou surtout "Année 42, souvenir du camp de concentration géorgien" (où il fut enfermé après des problèmes avec son père), l’artiste “déplace” l’histoire, lui donne une connotation intimiste : chasses africaines ou marine en déroute... deviennent en fait SA propre histoire. Il règle avec un humour inconscient, une tendresse récurrente, ses comptes avec la société, la famille, etc.

Après quoi, en manière de conclusion, il entoure le tout d’un nouveau “buisson”, cadre dans le tableau qui, par l’impression qu’il donne, d’un relief, clôt l’histoire (les histoires) ; prête à l’oeuvre l’aspect d’une tapisserie plutôt que d’une peinture. Et il ajoute un titre qui est une sorte de pied de nez au spectateur ! Ce dernier, qui s’était laissé emporter par ses propres fantasmagories

 

CE TEXTE A ETE ECRIT LORS D'UNE EXPOSITION DE LA GALERIE HAMER DE NICO VAN DER ENDT (Amsterdam), ET A ETE PUBLIE DANS LE N° 64 DE JUIN 1999, DU BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA.

A VOIR AUSSI DANS LA RUBRIQUE RETOUR(S) SUR UN QUART DE SIECLE D'ECRITURE(S) : http://jeaninerivais.jimdo.com/

 

"PAVEL LEONOV est né en 1920, dans la région d’Orol. Il a vécu à Orol, en Ukraine, en Azerbaïdjan, en Géorgie, en Ouzbekistan. Il a travaillé comme menuisier, bûcheron, réparateur de bateaux, cantonnier et peintre en bâtiment. Depuis 1975, il vit à la campagne.

Leonov rêvait depuis son enfance de devenir peintre. Fin des années 60-début des années 70, il s’inscrit à l’Université ouverte où enseigne un artiste connu, représentatif de l’Art underground, Michel Roginsky.

Dès le début des années 70, les oeuvres de Leonov sont présentées à Moscou, dans d’importantes expositions d’artistes soviétiques amateurs. En 1988, il expose à Paris et à Laval, en France. Des informations le concernant sont publiées dans l’Encyclopédie mondiale d’Art naïf (Belgrade 1984).

Prouvant son imagination foisonnante, Leonov construit son monde heureux, fantasmatique et futuriste, en une fantaisie originale et une composition typique de l’art oriental". (NDLG)