LEA CHASSARY, alias LILOU ADF, sculpteur

Entretien avec Jeanine Smolec-Rivais

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                Jeanine Smolec-Rivais : Lilou, je me suis laissé dire que vous en étiez à votre deuxième exposition. Vous êtes donc une des benjamines du festival ? Comment définissez-vous votre travail ?

            Lilou ADF. : J'ai commencé la sculpture depuis quelques mois seulement. Je ne définis pas encore mon travail. Je cherche.

 

                J.S-R. : Vous ne travaillez que le métal ?

            L.ADF. : Je ne travaille que l'acier, parce que cela correspond à ma formation. J'ai passé un CAP de serrurier-métallier chez les Compagnons, et j'ai travaillé la ferronnerie d'art pendant quatre ans à faire du mobilier, du garde-corps… Et depuis janvier je me suis mise vraiment à la sculpture.

 

                J.S-R. : Quelle est la différence entre le temps où vous fabriquiez de l'artisanat, et maintenant où, en principe, ce sont des œuvres uniques et des œuvres d'art  ?

            L.ADF. :C'est la façon dont je me régale dans mon atelier à fabriquer tout ce qui me passe par la tête ! Sans avoir la contrainte d'un plan ou d'une commande. C'est la liberté.

 

                J.S-R. : Sur une dizaine d'œuvres, dont plusieurs petites, que vous avez apportées, je vois deux squelettes. A votre âge, comment pense-t-on déjà à des squelettes ?

            L.ADF. : C'est parce que je suis une fan de Tim Burton !(¹)

 

                J.S-R. : Et alors ?

            L.ADF. : C'est l'esprit d' Halloween, c'est l'esprit de la mort joyeuse !

                J.S-R. : Ah bon ! Vous avez encore le temps de penser à la mort triste qui viendra un jour !

                Si je regarde les deux œuvres que vous avez placées en premier, l'une est un personnage avec des bras démesurés, et il ou elle crie –je dirai plutôt "elle"- ?

            L.ADF. : Ca alors, je m'en fiche complètement !

 

                J.S-R. : Et à côté, vous avez placé une oeuvre monolithique, qui n'est faite que de traces, de creux et d'épaisseurs… Quelle est, pour vous, la différence entre les deux ?

            L.ADF. : Le travail est le même sur ces deux œuvres. C'est la technique. Certes, la forme est différente, mais le travail est exactement le même. Si vous les regardez de dos, en fait c'est la technique de construction qui les rapproche.

 

                J.S-R. : Mais quand vous faites un personnage, le visiteur va se dire que vous vous souciez de vous situer par rapport à des humanoïdes ; tandis que quand il voit l'autre, il est évident que ce n'est que de la technique ! Pour vous –je ne parle pas de technique, je parle de psychologie- c'est la même chose ?

            L.ADF. : C'est à cause de la façon dont je travaille. Je ne suis pas encore décidée entre l'abstrait et le figuratif, alors je tape un peu dans tous les coins.

 

                J.S-R. : Et quand vous faites des petits bonshommes coiffés de chapeaux hauts-de-forme, vous me répondez la même chose ?

            L.ADF. : Les petits personnages sont plus du commercial. Ce sont des petites pièces rigolotes, qui partent facilement. Ce ne sont pas vraiment des œuvres. Le chapeau haut-de-forme a été fabriqué à la base pour le vernissage chapeauté.

 

                J.S-R. : Et vous l'avez mis ?

            L.ADF. : Non, je n'ai pas pu !

 

                J.S-R. : Il était trop petit ?

            L.ADF. : Non, à l'origine j'avais trouvé un système de serre-tête pour l'accrocher. Mais le poids était tel que ce n'était pas gérable !

 

                J.S-R. : Et venons-en à votre bouquet métallique : l'image d'un bouquet est sa légèreté, sa grâce. Et là, avec cette raideur, c'est facile de le rendre crédible ?

            L.ADF. : Mais justement, ce qui est intéressant, c'est que sur un thème comme celui-ci, on part d'un matériau très raide, très froid et de réussir à avoir un aspect limite organique, un peu végétal…

 

                J.S-R. : Que faites-vous : Vous martelez, vous ciselez ? Comment en arrivez-vous là ?

            L.ADF. : C'est le même principe : ce sont de petits rondins qui sont cintrés, reliés et assemblés point par point à la soudure, sur toute la longueur.

                J.S-R. : Mais je vois certaines sculptures qui, à la lumière paraissent presque rouges. Tout cela est créé par le martelage ?

            L.ADF. : Non, non ! Il n'y a que de la soudure. C'est de la soudure brute.

 

                J.S-R. : Même quand je vois des reflets rouges ?

            L.ADF. : Ce sont des cordons de soudure. C'est la forme naturelle que prend la soudure quand on soude point par point.

 

                J.S-R. : Le suivant est-il un guerrier ?

            L.ADF. : Une grande dame.

 

                J.S-R. : Ce que j'avais pris pour une armure est donc en fait un corset ?

            L.ADF. : Chacun peut y voir ce qu'il a envie de voir.

 

                J.S-R. : Je peux donc conclure que vous êtes en recherche ? Ou que vous vous êtes trouvée ?

            L.ADF. : J'ai encore du temps devant moi, mais oui, je continue à chercher.

 

                J.S-R. : Et bien, alors, rendez-vous dans dix ans ?

            L.ADF. : Dans dix ans ! J'espère avant !

 

            ENTRETIEN REALISE A BANNE DANS LES ECURIES, AU FESTIVAL BANN'ART ART SINGULIER ART D'AUJOURD'HUI 2012.

(¹)Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 25 août 1958 à Burbank en Californie. Maître du fantastique fortement influencé par Edgar Allan Poe, excellent conteur et graphiste d'exception, on lui doit notamment Beetlejuice, Batman, Edward aux mains d’argent, Ed Wood, Sleepy Hollow, Big Fish, Charlie et la Chocolaterie, Sweeney Todd : Le Diabolique Barbier de Fleet Street ainsi qu'en 2010, Alice au pays des merveilles, sa plus grande réussite commerciale et un des succès majeurs de l'histoire du cinéma. Ses acteurs fétiches sont Johnny Depp qu'il a dirigé dans huit de ses films, et Helena Bonham Carter, sa compagne à la ville et la mère de ses deux enfants. (Wikipédia, extrait).