"NON, LE MASCULIN NE L'EMPORTE PAS SUR LE FEMININ"

D'ELIANE VIENNOT

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          Eliane Viennot, linguiste et historienne du français a fait de la reconnaissance du féminin dans notre langue, un combat de chaque instant.

          Elle se bat pour la réhabilitation dans le langage courant, de tout un corpus de mots féminins employés à une époque et dont la simple utilisation permettrait de redonner leur place dans la société : les autrices, peintresses, mairesses, philosophesses, doctoresses, etc. 

          Nous parlons aujourd'hui une langue sexiste qui n'existait pas naguère. C'est à partir du XVIIe siècle qu'on a assisté à une masculinisation délibérée de la langue. On a fait disparaître les noms féminins de toutes les professions prestigieuses que les hommes estimaient être leur monopole. Au XXe siècle, la chasse a même augmenté lorsque les femmes ont pu accéder à certaines fonctions : Interdiction de dire "magistrate", "substitute" ou "ambassadrice"…

          Cette professeurE milite aussi pour la grammaire : L'idée que le masculin doit l'emporter sur le féminin remonte aussi au XVIIe siècle. On employait jusque-là la règle de proximité qui consiste à accorder le genre et le nombre de l'adjectif avec le plus proche des noms qu'il qualifie, le féminin et le singulier pouvant alors l'emporter sur le masculin et le pluriel, mais on faisait aussi des accords de majorité ou selon le sens.

         L'auteure (l'autrice ?) préconise donc d'employer à égalité, les mots qui désignent les femmes ou les hommes : le masculin générique fait disparaître les femmes, le masculin entre de plus en plus dans nos têtes : ce n'est pas la langue qui est sexiste, c'est notre usage de la langue qui l'est ! Sans tomber dans l'exagération de l'écriture inclusive. En disant, par exemple "les humains" au lieu de dire "les hommes", et "la femme" au lieu des "femmes".

          Depuis quarante ans, ce problème touche un grand nombre de personnes, et il est amusant de penser que le Général de Gaulle a contribué à faire avancer le problème, en commençant tous ses discours par "Françaises, Français" ! On retrouve des féminins disparus comme "autrice" et on assiste à la reféminisation populaire spontanée,  de certains mots, comme "mairesse". Courage, donc ! 

JEANINE RIVAIS

 

Ce court article s'est inspiré fortement de l'article paru dans l'Yonne Républicaine du samedi 17 novembre 2018.

 

La preuve que cette écrivaine a raison de se méfier et de s'insurger, c'est que mon correcteur souligne en rouge tous ces noms féminins, PARCE QU'il ne les connaît pas !!!!!