UNE RESISTANTE AVANT LA RESISTANCE

ALICE GUILHEM ASSASSINEE PAR LES NAZIS

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En médaillon, le portrait d'Alice Guilhem
En médaillon, le portrait d'Alice Guilhem

En cette année 2019 où les festivités du soixante-quinzième anniversaire du débarquement ont célébré les héros et les Résistants, j'ai pensé qu'il serait bon de parler de cette femme résistante avant l'heure.

C'est un instituteur à la retraite, Roger Pruneau, qui a consacré plusieurs années de sa vie à retracer celle d'Alice Guilhem, une des premières résistantes icaunaises, et qui était depuis lors complètement tombée dans l'oubli. Roger Pruneau, jeune homme, a lui-même été résistant dans l'Yonne.

Engagé dans la perpétuation de la mémoire de cette époque, il a fait de nombreuses recherches sur la Résistance dans l'Yonne. Il en est venu par hasard à s'intéresser à la vie de cette femme : Il a été mis en relation par des amis communs, avec une des filles de la Résistante, qui, jusqu'en 1992,  ignorait tout des raisons de l'assassinat de sa mère. Il a commencé ses recherches un an plus tard. La famille lui a donné libre accès à ses archives, il a effectué des recherches aux archives départementales et nationales, à l'Amicale des Anciens des Services spéciaux. Il a rendu visite au propriétaire du café où avait eu lieu le meurtre. Mais ce n'est qu'en 2016 qu'il a eu confirmation qu'Alice Guilhem appartenait au Réseau "Eglantine-Travaux ruraux".

 

QUI ETAIT ALICE GUILHEM ? 

Son nom de jeune fille était Eisenmann. Elle était alsacienne, née à Strasbourg en 1901.Elle s'est mariée avec un ingénieur d'une usine à gaz avec lequel elle a eu sept enfants. En 1932, la famille s'installe à Sens. Son mari meurt en 1935, d'un accident du travail. Ne percevant qu'une petite pension, elle est obligée de travailler. Son beau-frère, vétérinaire dans l'armée, l'aide en prenant à sa charge une partie des enfants. 

 

COMMENT EN EST-ELLE VENUE A RESISTER ? 

Alsacienne, elle parlait couramment l'allemand. En 1940, le maire de Sens lui a donc demandé de servir d'interprète au Commandement militaire allemand installé dans cette ville. Elle a ainsi eu accès à des renseignements qu'elle faisait parvenir à un groupe de Résistants déjà constitué, dont le pharmacien de la ville. Elle retenait aussi des lettres de dénonciation, sauvant ainsi de nombreuses personnes. 

Les Allemands ont-ils eu vent de ces actions ? Toujours est-il que, dans la soirée du 10 janvier 1941, elle se trouvait avec une de ses filles dans un bar. Un adjudant allemand était venu la solliciter comme traductrice pour régler un accident de la circulation. Le différend réglé, il les avait invitées dans un café pour leur offrir un goûter. Soudain, pendant la conversation, Alice Guilhem a reçu une balle en plein front, sous les yeux épouvantés de sa fille ! L'excuse étant que le soldat avait joué avec son revolver et que le coup était parti accidentellement. 

 

UN ASSASSINAT DEGUISE ! 

Le militaire a été condamné à… une mutation à Auxerre ! 

Apparemment, les Allemands savaient que son beau-frère était en relation avec les Services secrets français qui avaient continué leurs activités malgré l'armistice de 1940. Ils auraient donc voulu se débarrasser d'elle sans faire de vagues ! D'autant que leur code d'"honneur" précisait qu'un espion ne mérite pas d'être fusillé. D'une façon ou d'une autre, on le descend ! 

 

EN QUOI ALICE GUILHEM CONSTITUE-T-ELLE UN EXEMPLE  ?

Cette femme dont la vie aurait pu être d'une grande banalité  a fait preuve d'un patriotisme qui force le respect.

Mère de sept enfants alors en bas âge, elle s'est engagée dans la Résistance et a pris tous les risques. Elle a payé cet engagement de sa vie. A une époque où les réseaux qui deviendront actifs et parfois célèbres, n'étaient pas encore constitués. Elle a donc été une résistante avant la Résistance. 

C'est pourquoi, pendant longtemps, Roger Pruneau et un de ses amis déportés sont allés de lycée en lycée pour raconter l'histoire de cette femme exemplaire. Chaque fois, l'impression a été très forte sur les élèves ! Il a beaucoup aidé à la création du musée de la RESISTANCE-GROUPE BAYARD et à l'installation de l'exposition visible actuellement, sur la participation des Républicains espagnols à la libération de la France. 

Jeanine RIVAIS

Ce texte est extrait d'une publication de l'Yonne Républicaine.