PIERRE QUI ROULE N'AMASSE PAS MOUSSE

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"Pierre qui roule n'amasse pas mousse" est  l’une des expressions les plus célèbres de la langue française. Et pourtant, beaucoup de gens se trompent sur sa réelle signification. Que veut-elle donc réellement dire ?

 

Dans l’expression “Pierre qui roule n’amasse pas mousse”, pierre est à prendre comme un nom commun, comme l'objet, et non pas comme un nom propre le prénom. Cela peut paraître évident, mais il est bon de le rappeler. En effet, on ne voit que très rarement l’expression sans majuscule, tout simplement parce qu’on l’emploie peu à l’écrit de nos jours, et souvent en citation, ou en début de phrase, donc toujours avec la majuscule.

 

Ce proverbe signifie qu'un homme qui change souvent de profession parvient rarement à la fortune, de même qu'une nation s'affaiblit par elle-même en changeant trop souvent de gouvernement. La longue pratique d’un métier ou d’une profession est une condition et une garantie de succès.

Elle signifie aussi que les individus inconstants qui quittent une occupation pour courir bientôt après une autre, non seulement n’acquièrent aucune expérience, mais encore perdent peu à peu la faculté d’appliquer leur esprit à n’importe quel travail.

 

Au XVIe siècle, on disait : "Pierre souvent remuée, de la mousse n’est vellée" (revêtue). Ce vieux proverbe est la traduction littérale d’un dicton grec employé d’abord par l’auteur Lucien et passé depuis dans la langue latine, qui signifie : "La pierre roulée ne se recouvre pas de mousse". Nous trouvons dans la même langue un proverbe analogue adopté par les Italiens, et qui se traduit ainsi : "Arbre transplanté souvent n’a jamais fruit abondant".

Un poète latin, appelé Martial, a exprimé la même pensée dans les mots suivants : "Celui qui habite partout n’habite nulle part".

 Gresset, poète français du XVIIIe siècle, a composé sur ce sujet ce joli quatrain :

Dans maint auteur de science profonde

J’ai lu qu’on perd trop à courir le monde :

Très rarement en devient-on meilleur.

Un sort errant ne conduit qu’à l’erreur.

 

Comme conclusion de ce qui a été dit précédemment, on peut émettre cette idée que l’on ne s’enrichit guère à courir le monde. Et on peut même ajouter pour l’intelligence de ce proverbe que la pierre, nue de sa nature, gagne en se garnissant de mousse, parce que celle-ci devient pour elle comme un vêtement ou une parure.