A-T-ON VRAIMENT RETROUVE MONTAIGNE ?

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Portrait de Michel de Montaigne
Portrait de Michel de Montaigne

          Michel Eyquem de Montaigne, est né le 28 février 1533 et mort le 13 septembre 1592 en son château de Saint-Michel-de-Montaigne (en Dordogne).

          Enfant et adolescent, il est éduqué par son père, humaniste et polyglotte. Puis il devient un étudiant batailleur, aventureux, menant une vie dissolue. Il débute un cursus professionnel à la Cour des Aides de Périgueux, puis s'inscrit au sein de la Magistrature de Guyenne ; enfin en 1556, il devient conseiller au Parlement de Bordeaux.

          Qui d'entre nous n'a souffert sur des passages de ses fameux "Essais" sur l'"Amitié de Montaigne et de la Boétie", conseiller plus âgé que lui, avec qui il se lie à cette époque où il dit et redit la fameuse phrase : "Si on me presse de dire pour quoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui, parce que c’était moi" ? 

A la mort de son père, en 1568, il hérite de la terre et du titre de seigneur de Montaigne, abandonne sa charge de magistrat, mais reste actif en Aquitaine : Il deviendra entre autre deux fois maire de Bordeaux.  

          Le 18 octobre 1571, le roi Charles IX lui annonce par courrier sa nomination à l'ordre de Saint-Michel. Cette distinction de haute valeur est d'ordinaire réservée à la noblesse d'épée. Le 29 novembre 1577, Montaigne est nommé gentilhomme de la chambre du roi de Navarre, le futur Henri IV. Le 26 novembre 1581, il reçoit une lettre du monarque régnant; Henri III qui "a trouvé très agréable la nomination que la ville de Bordeaux avait faite".  Pendant la période du conflit religieux, il intervient à plusieurs reprises dans un rôle de modérateur. Il veut rapprocher les camps ennemis.  Ainsi, en 1578, sert-il d'intermédiaire dans une tentative de négociation entre Henri de Navarre, du parti protestant, et Henri de Guise, chef de la Ligue catholique. Il part pour Paris. Ce périple lui vaut d'être tour à tour dévalisé et jeté à la Bastille, le 10 juillet, par les partisans de la "Sainte Ligue".  Heureusement, la reine mère, Catherine de Médicis, l'en fait sortir le jour même. Puis, lorsque Henri IV monte sur le trône en 1589, il requiert à au moins deux reprises les services de l'auteur des "Essais". 

          Seule la maladie empêche ce dernier de répondre à l'appel royal : Probablement dès la fin mars 1578, il constate qu'il est victime de petits calculs urinaires, et en dix-huit mois, la gravelle, maladie responsable de la mort de son père, s'aggrave et s'installe durablement. Désormais le plus souvent souffrant ou maladif, il cherche à hâter ses écrits et à combler ses curiosités ː il essaie ainsi de guérir en voyageant vers des lieux de cure, puis il voyage vers les contrées qui l'ont fasciné durant sa jeunesse : Lui qui, au début de l'expression de ses idées philosophiques, pensait que la grande affaire de l’homme est de se préparer à bien mourir, en est venu à penser qu'il  faut suivre la nature : "Nous troublons la vie par le souci de la mort (…) La mort est bien le bout, non pas le but de la vie ; la vie doit être pour elle-même son but, son dessein". Et les" Essais"  s’achèvent sur une invitation au bonheur de vivre : "C’est une perfection absolue et pour ainsi dire divine que de savoir jouir de son être…dire divine que de savoir jouir de son être…"

          Montaigne meurt dans son château le 13 septembre 1592, à 59 ans. Nous n’avons aucun témoignage direct de sa mort, seulement trois lettres d’amis qui n’ont pas assisté à ses derniers moments : deux de Pierre de Brach, datées d’octobre 1592 et février 1593, ne donnant pas d’informations précises et parlant d’une mort "prise avec douceur", ajoutant : "Après avoir heureusement vécu, il est heureusement mort". et une d’Étienne Pasquier écrite vingt-sept ans plus tard, en 1619, plus détaillée, parlant d’une "esquinancie" (tumeur de la gorge) qui l’empêcha de parler durant ses trois derniers jours. Pasquier rapporte que Montaigne fit convoquer par écrit dans sa chambre sa femme et quelques gentilshommes du voisinage et que, pendant qu’on disait la messe en leur présence, il rendit l’âme au moment de l’élévation.

 

Le cénotaphe
Le cénotaphe

 LA COMMENCE, en 1593, LE PERIPLE POSTHUME DE MONTAIGNE

 

         Selon son vœu, sa veuve le fait transporter à Bordeaux en l’église du couvent des Feuillants ; où il est inhumé. Son cœur est resté dans l'église Saint-Michel de Montaigne. Un an après son décès, son épouse commande aux sculpteurs Prieur et Guillermain un cénotaphe monumental couvert par le gisant de Montaigne en armure, le heaume derrière la tête, un lion couché à ses pieds. 

          En 1802, le couvent fait place au lycée royal dont la chapelle abrite le cercueil jusqu'en 1871 où un incendie détruit le lycée. Le cercueil  est alors transporté au dépositoire du cimetière de la Chartreuse où il repose entre 1880 et 1886. 

        En 1886, nouveau transfert des ossements présumés de Montaigne de la Chartreuse au site initial devenu entre temps la Faculté des Lettres et des Sciences. Le cénotaphe est transféré en grande pompe dans le grand vestibule de la faculté, (devenue à présent le Musée d'Aquitaine). C'est là qu'est installé également le tombeau réalisé par l'architecte Durand placé dans le hall de la faculté. Presque à l’aplomb du cénotaphe. Depuis lors, le tombeau n'a jamais été ouvert.

          Chacun pensait donc que les restes de Montaigne étaient enfouis quelque part sous les murailles du musée ! Et peu à peu la mémoire de la présence de son corps s’est estompée ; et lors de l’inauguration de la restauration du cénotaphe en mars 2018, le directeur du musée Laurent Védrine a constaté que les scientifiques présents n’avaient plus idée de la localisation de ses restes.

 

Un coin de la salle des archives médiévales où se trouve le caveau.
Un coin de la salle des archives médiévales où se trouve le caveau.

          Mais voilà que, peu après, il découvre dans les réserves des collections médiévales du musée, "une petite construction qui est là depuis plus d'un siècle et à laquelle personne ne s'est jamais intéressé". Il s'agit d'un tombeau anonyme situé à l’aplomb du cénotaphe. Le directeur fait alors percer deux petits trous dans le mur de ce caveau, et l'inspection par endoscopie révèle qu'il contient un cercueil, des ossements et une plaque gravée du nom de Montaigne. Une conférence de presse a annoncé le 16 novembre qu'il pourrait bien s'agir de la tombe de l'humaniste.

          Se pose alors la question brûlante : Quelles sont la où les personnes inhumées dans ce tombeau ? S’agit-il bien de Michel de Montaigne ? Est-ce que le faisceau d’indices sera confirmé ou infirmé ? Des analyses ADN devront résoudre le problème.

Ce qu'ont montré les caméras
Ce qu'ont montré les caméras

          En tout cas, "la récente découverte dans les sous-sols du musée d’Aquitaine à Bordeaux de restes humains permettra d’établir enfin s’il s’agit bien de la dépouille disparue du philosophe Michel de Montaigne (1533-1592)", a annoncé le maire de la ville, Alain Juppé. Qui ajoute : "Gardons notre sang froid, nous n’avons pas encore retrouvé Montaigne. Mais si c’était le cas, ce serait un grand moment pour Bordeaux". 

JEANINE RIVAIS

 

Cet événement a été relaté dans l'"Yonne Républicaine" du 17 novembre 2018.

Il va de soi que ce texte sera complété lorsque le questionnement aura été résolu !