AUBIAT : MICHEL-FRANCOIS LAVAUR

(vers et proses bilingues, occitans (limousins)-français N° 77, An 22.

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Complètement artisanal, ce petit recueil, “achevé de taper, tirer, brocher” par Michel-François Lavaur “dans sa fourbithèque de Sanguèze...”  a été édité avec longues explications sur les concordances entre le parler occitan-limousin et la langue française, et ce, avec le plus grand sérieux : ce qui semble aussi anachronique et incongru que l’était, cet automne, le stand de l’espéranto au Salon de l’Etudiant ! 

Mais combien il est sympathique, pourtant, et émouvant de sentir ce poète si proche de son terroir ! Ce qui, apparemment, ne l’empêche pas d’avoir l’oeil en éveil et l’esprit ouvert, puisque ce touche-à-tout a publié dans sa revue "Traces", en de multiples langues, régionalistes ou nationales, des centaines de textes de gens qui, parfois, sont devenus célèbres (Bérimont, Ducornet, Dubuffet, Norge, etc.). Ce qui dénote a priori un grand sens poétique prémonitoire. 

Lui-même a débordé de la poésie vers le dessin, en des oeuvres d’une finesse de dentellière, dans une facture pointilliste tellement obsessionnelle que cet autodidacte a été invité à entrer dans la grande famille multiforme de l’Art hors-les-normes. Et, associant poésie et art pictural, a offert ses sympathies éditorialistes à d’autres créateurs, comme pour ce petit bijou intitulé "Réponses tardives à Amédéo", où dialoguaient les merveilleux dessins de Claudine Goux qui ont toujours l’air de sortir de contes de fées enchanteurs, et les lettres provocatrices, tellement poétiques dans leur concision, d’Amédéo...

Multiforme, l’ oeuvre de Michel-François Lavaur l’est également ; puisqu’il a abordé tour à tour la parodie en des contes pour enfants comme "Le chat neuf vies", où “Le chat débile (parle) au rat dément”, à l’humour si jubilatoire... Il a manifesté ses enthousiasmes en des textes critiques (Norbert Lelubre, etc.). Plus tard, même, il semble avoir rencontré la mort ("L’O de Giotto"...), etc.

Mais, dans ce recueil exhumé par hasard d’une “boîte” assurément bourrée de poésie, Michel-François Lavaur déborde, lui, de dynamisme ; est à tu et à toi avec la nature ; harcèle le vent ; interpelle le soleil ; s’accroupit près d’une fleur ou d’un agneau qui vient de naître ; s’attendrit sur l’Occitanie ou s’indigne qu’elle ne soit pas le centre du monde ; “photographie” en somme une région, en un style imagé, spitant ; une poésie naturaliste célébrant une époque dont “il (ne) reste rien... Rien de plus que la trace et le bruit que fait (sa) plume sur la feuille”.

Et, si l’on considère que ce petit recueil a quinze ans, il est permis de se demander qui écrirait aujourd’hui “Rousse, une soirée rousse comme une chevelure d’épi de maïs” ou “Vent de novembre, gauleur d’étoiles, brumes et gel de l’Avent...” ? Surannés, certes les poèmes de Michel-François Lavaur le sont ! Mais leur verve, leur simplicité en font de si magnifiques poèmes d’amour, amour de la femme ou de la famille, hymnes à la vie si vibrants, qu’ils combleront longtemps encore les amoureux de la poésie ! Et, même si le lecteur se rend compte combien elle (celle qui est créative, fouisseuse) a changé depuis “l’An 22" de l’auteur, il prend conscience qu’

“Aujourd’hui demain

hier ou maintenant

dedans ou dehors 

beaucoup reste à faire !”

JEANINE RIVAIS

AUBIAT : MICHEL-FRANCOIS LAVAUR : “Traces”44330. LE PALLET.