LA FAISEUSE D'ANGES

DE CAMILLA LÄCKBERG

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   Avant de parler de "La faiseuse d'anges", parlons brièvement des auteurs de "polars" du Nord de l'Europe, car ils ont considérablement renouvelé le genre, changeant les lieux et les ambiances traditionnels, permettant de découvrir d'autres modes sociétaux : Ceux que j'admire le plus sont : Le plus célèbre, malheureusement trop tôt disparu, le Suédois STIEG LARSSON dont je vous ai présenté MILLENIUM"(¹) et "MILLENIUM STIEG ET MOI"(¹) de son amie EVA GABRIELSSON. Ensuite, je placerai l'Islandais ARNALDUR INDRIDASON dont, à coup sûr, je vous présenterai un jour les œuvres et dont le commissaire Erlandur se retrouve d'ouvrage en ouvrage ! A égalité avec ces hommes, la Suédoise CAMILLA LÄCKBERG dont les romans sont très différents de ceux des écrivains américains ou de l'Europe vieillissante ! Et puis la Norvégienne ANNE B. RAGDE et sa magnifique trilogie sur la ferme des Neshov, pour laquelle elle a obtenu l'équivalent norvégien du Prix Goncourt, le Prix des Le  ct     eurs et le Prix des Libraires ! Le Suédois HENNING MANKELL avec "Le Chinois" ; le Norvégien JO NESBO et "L'Homme chauve-souris", malgré quelques longueurs ; l'Islandais ARNI DE THORARINSSON et "le Temps de la sorcière", etc. Tous écrivains dont la presse littéraire dit le plus grand bien. 

       Il y en a d'autres que, malheureusement je ne connais pas : Tous nous plongent dans des sociétés qui furent longtemps citées comme des modèles démocratiques et qui, à leur tour, connaissent des problèmes sociétaux semblables aux nôtres : montée du nationalisme, danger de l'Islamisme, immigration galopante et accroissement de la délinquance, perte des repères moraux, services publics et police trop souvent ripous ! Ces thèmes revenant en toile de fond dans presque tous les ouvrages.

 

QUI EST CAMILLA LÄCKBERG ?

          Camilla Läckberg Eriksson, née le 30 août 1974 à Fjällbacka, est une écrivaine suédoise, auteure de romans pour la jeunesse, de livres de cuisine, mais essentiellement de romans policiers. A quarante ans, elle est une des plus jeunes auteurs à succès dans son genre : en janvier 2010, le classement de plusieurs magazines dédiés à l'édition, dont "Livres-Hebdo" en France et "The Bookseller" en Grande-Bretagne, la situe à la sixième place des écrivains de fiction les plus vendus en Europe au cours de 2009. Camilla Läckberg a deux enfants d'un premier mariage, et un troisième avec son second mari, Martin Molin (que nous retrouvons dans tous ses ouvrages, en particulier dans "Cyanure"), et dont elle a également divorcé en 2014. 

 

          Fjällbacka, où se situent les actions de tous les romans de Camilla Läckberg, est son lieu de naissance. C'est  une petite ville de Suède, de la commune de Tanum. À l'origine c'était un port de pêche de la côte ouest, en face de l'archipel éponyme. Devenue aujourd'hui principalement une station balnéaire estivale, la ville blottie contre une falaise, comptait 859 habitants permanents en 2010. La commune se situe approximativement à 150 km au nord de Göteborg.

Ce lieu est devenu particulièrement célèbre grâce aux visites de la grande actrice Ingrid Bergman qui y a souvent séjourné. En particulier dans la petite île de Dannholmen, située face à la ville. Sur le port de Fjällbacka, a été érigé en hommage, son buste regardant vers l'île. Et une place à son nom rappelle qu'elle trouvait ce lieu "beau à en mourir".

 

          Aujourd'hui, la romancière Camilla Läckberg y réside, et y situe tous ses romans (²) plusieurs se partageant entre la ville et l'une des îles, et "La Faiseuse d'anges" se déroulant dans celle de Valö. L'auteure a rendu cette ville tellement célèbre, qu'une visite guidée emmène les touristes du plongeoir de Badholmen où elle a implanté l'une de ses intrigues, à La gorge du roi, vallée dont elle a réussi à capter l'atmosphère particulière et placé trois de ses victimes de meurtres, L'itinéraire évoque également les décors dans lesquels se déroule l'action des films inspirés des quatre premiers romans.

 

QU'EST-CE QU'UNE FAISEUSE D'ANGES ?

          L'expression a fort heureusement quasiment disparu ! Une faiseuse d'anges était généralement une femme (le plus souvent non médecin) qui agissait volontairement de façon à interrompre la grossesse non voulue d'une autre femme. Ces interventions illégales se pratiquaient dans la clandestinité, souvent par des méthodes dangereuses (injection d'eau savonneuse dans l'utérus, pose de sondes dans le col, aiguilles à tricoter, massages etc.). Les complications graves étaient fréquentes : lésions, infections, saignements, voire même stérilité avec parfois des suites mortelles par suite du manque d'hygiène. 

          La définition du terme donnée par Émile Littré, en 1877, est la suivante : "Nourrice qui laisse mourir de propos délibéré des nourrissons qu'on lui confie". L'idée était donc que ces enfants innocents devenaient des anges après la mort. Entre les XIXe et XXe siècles, il y a eu un glissement de sens : auparavant, la "faiseuse d'anges" faisait mourir des enfants (comme c'est le cas dans le livre de Camilla Läckberg), ensuite il s'est agi d'embryons..

          Dans la plupart des pays occidentaux, cette activité a disparu depuis la légalisation de l'avortement, qui est devenu une intervention médicale. Mais en 1908 où se situe le début de l'histoire, cette pratique était très courante.

 

LES ROMANS DE CAMILLA LÄCKBERG :

. Des romans de Camilla Läckberg, certains lecteurs pensent qu'il ne s'agit pas de "grande littérature", pas de "littérature qui va bouleverser votre vie", mais d'une "lecture attrayante, intelligente, qui fait passer de très bons moments". Mais tous s'accordent pour affirmer qu'une fois le livre ouvert, il est impossible de ne pas aller jusqu'au bout, et de ne pas regretter de le quitter.

La principale qualité de l'auteure est la manière dont elle se distingue très nettement des héros de Philippe Marlowe, des commissaires Erlandur (Indridason), Wallander (Mankell), et autres flics masculins bordant la cinquantaine avec, donc, la plus grande partie du poids de leur vie derrière eux. L'héroïne de Camilla Läckberg, Erica Falck, a la trentaine. Elle est écrivaine, imaginative, dynamique, curieuse et sa curiosité l'amène très souvent à "fourrer son nez" dans les enquêtes de son mari et à prendre parfois des risques inconsidérés. 

Autre particularité des romans de Camilla Läckberg : Tous se situent dans la région géographique d'un triangle : Fjällbacka où se trouve la maison d'Erica Falck / Tanumshede où se trouve le commissariat dans lequel travaille son mari Patrik Hedström / Göteborg où se trouvent le médecin légiste et l'Institut médicolégal, à environ 150 km, ce qui fait qu'aller à cette ville est toujours une expédition !  

 

          Alors, qu'est-ce qui fait que les romans de Camilla Läckberg sont si attachants ? Ouvrir un livre de Camilla Läckberg, c'est, pour le lecteur : 

** "vivre" le quotidien d'Erica Falck en sachant que cette jeune femme est l'alter ego de l'auteure, car chaque livre est toujours largement autobiographique : son mariage avec un policier, Patrik Hedström, l'un des principaux protagonistes de ses histoires. Dont, au fil des parutions, elle a d'abord eu une petite fille, puis des jumeaux. 

** C'est partager les bonheurs, mais aussi les frustrations d'Erica malgré l'amour qui la lie à son mari. Car elle doit toujours être la gardienne du logis et des enfants alors que Patrick bondit hors de la maison dès qu'il est appelé d'urgence pour un accident ou un crime : comme si être policier primait sans contexte sur le fait d'être écrivaine. L'alternative étant pour Erica de supporter sa belle-mère qui les aide souvent en venant garder les enfants, mais leur fait payer cher cette aide, en critiquant sans cesse leur mode d'éducation, et en leur répétant "De mon temps…". Tout serait donc, dans la famille d'Erica tout à fait banal, n'était que, comme nous l'avons dit plus haut, la curiosité l'amène très souvent à intervenir dans les enquêtes de son mari et, même si parfois ses questionnements, ses déductions le font avancer, ils entraînent des rebondissements inattendus, et elle l'affole à se mettre trop souvent en danger.

** C'est aussi partager la vie chaotique d'Anna, la sœur d'Erica, maltraitée par son mari, puis après la mort de celui-ci, lorsqu'enfin elle a retrouvé un peu de bonheur, la mort lors d'un terrible accident de voiture, de l'enfant dont elle est enceinte. 

** C'est encore connaître le train-train ou les coups durs, les problèmes familiaux personnels des policiers du commissariat dont le commissaire Bertil Mellberg est nul et prétentieux, laissant la gestion à Patrick, pourvu que toute la gloire retombe sur lui ; subséquemment le stress permanent de Patrick Hedström qui doit gérer tous les problèmes, tout en faisant mine d'en référer à son "chef" ; le "je m'en foutisme" de son collègue Gösta dont la seule passion est le golf, et qui cache un passé qui finira par ressurgir et l'amènera à s'impliquer davantage ; la douleur de Martin Molin qui traverse un drame épouvantable, apprenant que sa femme va mourir ; la tristesse d'Annika, la secrétaire, en mal d'enfant, au point de finir par en adopter un.  

Tous ces personnages secondaires ainsi que les protagonistes de chaque nouvelle aventure sont très étudiés, contrairement à beaucoup d'ouvrages où l'auteur ne se préoccupe que des principaux. Il y a donc chaque fois une unité dans les contacts, les interactions… Et puis, le fait pour le lecteur de retrouver ces personnages souvent semblables à eux-mêmes, changés parfois quand la vie a été rude. Peu à peu, ils deviennent pour lui des sortes d'amis ! Ils vieillissent en même temps que lui, en somme, de livre en livre, ce qui le fait se sentir parfaitement intégré à ces histoires, comme s'il faisait partie de cette grande et protéiforme famille. 

** C'est ensuite avancer comme les protagonistes en fonction du climat : le froid omniprésent et la blancheur immaculée des paysages, l'enfouissement des villages sous la neige ; ou au contraire la chaleur excessive, et puis le fjord, l'eau, les bateaux, la nature omniprésente. 

** C'est penser aussi que, souvent, des parties du récit sont soit autobiographiques comme déjà dit, soit (comme la faiseuse d'anges qui fut la dernière femme à être décapitée en Suède), des personnes ou des évènements ayant réellement existé. Ce qui confère à l'histoire un maximum d'humanité. 

** Enfin, il y a le fait que dans tous ses livres, Camilla Läckberg emmène deux histoires : l'une contemporaine, l'autre se situant dans un passé souvent morbide. Au départ, ces deux histoires semblent n'avoir entre elles aucun lien. D'ailleurs l'histoire passée est toujours en italique (sauf dans "L'enfant allemand' publié chez un autre éditeur), l'histoire récente étant en caractères romains. Peu à peu, à mesure que se développe l'histoire contemporaine, que des flashbacks font évoluer l'histoire ancienne, de menus détails apparaissent, de possibles liens sont suggérés, les deux aventures commencent à interférer, et au final, ce qui pouvait sembler une recette de construction se justifie : la combinaison des deux histoires explique toujours le dénouement. 

 

"LA FAISEUSE D'ANGES : 

          Tous ces éléments se retrouvent dans "La faiseuse d'anges" qui débute par le passé : Au début du XXe siècle, à Fjällbacka, un couple d'infanticides est condamné à mort par décapitation. Leur fille Dagmar, encore une enfant et très belle, survivra, traumatisée à vie, subissant les insultes des gens au courant de la faute de ses parents, tombant très vite dans la prostitution la plus humiliante, jusqu'au jour où, servante dans un château, elle passera la nuit avec le jeune et beau Herman Göring dont elle tombera follement amoureuse (follement étant à prendre au sens littéral, car sa passion obsessionnelle ira croissant au fil du temps, bien qu'elle aille de déboires en déboires. En effet, Göring, d'ailleurs marié et, malgré les libertés qu'il prend, très amoureux de sa femme au point d'avoir baptisé leur propriété Carinhall, aura (nous sommes en 1925 avec l'influence grandissante d'Hitler) bien d'autres chats à fouetter que de se souvenir d'elle !)… 

          Toujours dans le passé, mais en 1974, sur l'île de Valö située en face de Fjällbacka, le directeur d'une école pour adolescents riches et difficiles et toute sa famille disparaissent le samedi de Pâques, au cours des vacances, alors que, seuls cinq élèves sont restés sur l'île. Ce sont eux qui appellent la police et qui cessent bientôt d'être suspects. Une petite fille, Ebba, un an, est la seule survivante. 

 

          Pour la partie contemporaine, quarante ans plus tard, Ebba et son mari Melker, qui viennent de perdre leur enfant de trois ans, décident de venir sur l'île, restaurer la maison où Ebba avait été trouvée après la disparition de sa famille. Ebba a été parfaitement heureuse dans sa famille d'adoption, et au début de son mariage, jusqu'à la mort de leur enfant. Le couple pense que le travail et ce lieu inconnu leur permettront de faire leur deuil. Mais un incendie criminel éclate, dont la police ne trouve pas l'auteur… 

          Ebba et Melker s'épuisent au travail. Mais, horreur, le jour où ils déclouent le plancher de la salle à manger, ils découvrent dans le sous-sol, ce qui est probablement une énorme tache de sang ! La police accourt de nouveau, conclut qu'il s'agit bien de sang, mais si ancien qu'il est impossible d'y trouver de l'ADN. Chacun conclut que c'est probablement le sang des disparus, ce qui renforce l'idée qu'ils ont été assassinés.

          Quelques jours après, des coups de feu éclatent, manquant de tuer Ebba qui, n'en pouvant plus, accepte l'hospitalité d'Erica. Laquelle va lui montrer tous les documents recueillis sur sa famille au fil des années. Ebba découvre ainsi sa famille biologique dont elle n'a gardé aucun souvenir. Melker reste seul sur l'île. 

          Alors qu'il avaient décidé d'effectuer seuls le gros-œuvre, Melker et Ebba ont chargé Anna, la sœur d'Erica, de s'occuper de la décoration intérieure de la maison. Anna débarque pour prendre des mesures. Elle disparaît… Ebba, revenue sur l'île disparaît à son tour. 

Décidément, il FAUT qu'Erica qui s'inquiète pour sa sœur, se lance dans l'aventure pour la retrouver. Les retrouver… Mal lui en prend…

          Le commissariat affolé commence les recherches, sachant qu'Anna, Ebba, Erica et Gösta qu'elle avait entraîné avec elle, sont tous venus sur l'île, sensément pour retrouver Melker, et que personne ne répond au téléphone !

 

         Parallèlement, le lecteur retrouve les adolescents restés sur l'île en 1974. Trente ans plus tard, alors que leurs chemins ont été très différents, ils reviennent à Fjällbacka, appelés par Léon, leur ancien chef de groupe. La vie les a séparés, mais leur passé commun va les rapprocher : Tour à tour, le lecteur découvre Josef Meyer, qui fut l'exception dans cette école de riches, et qui rêve de construire un musée en souvenir des atrocités nazies, "un musée dédié à l'histoire juive et au rapport de la Suède avec le Judaïsme". Ce musée serait en granit des carrières de Bohüslan. Ce granit dont, pendant l'Occupation,  Albert Speer (³) avait voulu se servir pour "transformer Berlin en capitale du monde". Puis, Sébastian Mänsson devenu un véritable truand richissime, qui fait échouer ce rêve, en détournant les finances prévues pour la construction du musée. Utopie encore, et semblable échec pour Percy Von Bahrn, le comte héritier par droit d'aînesse du château familial, ruiné et dépouillé de son château par Sébastian qui lui a prêté de l'argent. Ensuite, Léon Kreutz, qui était apparu naguère comme le chef du groupe, devenu handicapé à la suite d'un accident de voiture et complètement dépendant de son épouse Ia. Enfin, John Holm, actuel président de l'association pronazie "Les amis de la Suède" et son épouse Liv, tous deux anciens Skinheads, racistes, anti-immigrés… John se sent porteur d'une mission : "Il (faut) absolument qu'il mette en œuvre ce qui lui (tient) tant à cœur. La vermine (doit) être exterminée, et (c'est) lui qui (a) reçu cette mission…".

          A cause de lui et des autres "Amis de la Suède", qui agissent dans l'ombre, tout le récit se déroule avec la politique en toile de fond. La Suède étant actuellement malade de son immigration et votant de plus en plus à droite, John Holm et ses amis d'Extrême-droite veulent en profiter pour organiser dans le plus grand secret, un attentat à la bombe dans un grand supermarché de la capitale. Attentat qui sera forcément attribué à des Islamistes. Et son parti sera alors sûr de gagner les prochaines élections. Mais souvent, "la réalité dépasse la fiction", rappelle Camilla Läckberg dans sa postface. Elle ajoute que la simultanéité entre les attentats d'Oslo, ceux de l'île d'Utoya, en Norvège voisine ; et les faits évoqués dans son livre, est pure coïncidence. Heureusement, lors de son interview chez John Holm, Erica qui, parfois, ne manque ni d'audace ni de réactivité, a subtilisé sur une pile de documents, un petit morceau de papier d'aspect anodin, couvert de lettres et de chiffres. Incapable de comprendre s'il est ou non important, elle l'a confié à Kjell Ringholm, journaliste, fils de Frans Ringholm qui a fondé "Les amis de la Suède" et qui hait son père et ses opinions fascistes. Ce petit papier sera le…. grain de sable qui révélera les intentions des "Amis de la Suède" : Un attentat sera empêché, des morts épargnées. Des coupables arrêtés. 

 

          Au moment des nouvelles disparitions, les cinq comparses, sont sur le point de s'entretuer lors de leur réunion, les uns voulant avouer qu'en fait, c'était bien eux qui avaient perpétré la tuerie sur l'île de Valö ; les autres désireux de laisser les choses en l'état. Des coups de feu ayant éclaté, la police intervient à temps pour séparer les belligérants, emmener tout le monde sur l'île pour qu'ils révèlent la cachette où ils avaient dissimulé les corps ; essayer de retrouver les disparus récents.

          Finalement, après bien des péripéties, l'affaire sera résolue, l'énigme de la famille disparue sera dramatiquement éclaircie. Les secrets familiaux trouveront leur place dans ce puzzle de deux, presque trois histoires, se rejoignant enfin ! 

 

          Ainsi, Camilla Läckberg mêle-t-elle une fois encore l'enquête et la vie personnelle de ses héros et fait coïncider la réalité et la fiction. Outre les sujets évoqués ci-dessus, elle traite avec beaucoup de compassion, dans l'enchaînement des évènements, le drame qu'est la perte d'un enfant, la culpabilité qui s'y greffe, le vide, le deuil ; la maltraitance des femmes ; l'inceste et les déviances de certains face à des adolescents qui ne s'en remettront jamais tout à fait : la difficulté pour l'autre Hanna et Paula de faire accepter leur homosexualité et l'usage de la PMA… Sans qu'il soit possible de lui reprocher d'intégrer par phénomène de mode ces sujets si brûlants de la vie contemporaine, parce que tout cela est traité avec maîtrise et délicatesse, une grande sensibilité féminine et infiniment de justesse. 

          Et ces qualités font de "La faiseuse d'anges" un polar fouillé, sombre et parfois oppressant, une histoire complexe qu'elle mène avec un grand charisme, jusqu'à une révélation finale qui met tous les éléments en place, de façon inattendue. 

Jeanine RIVAIS

 

(¹) "MILLENIUM" (N° 60 du 4e trimestre 2008 de la Revue de la Critique Parisienne) // "MILLENIUM, STIEG ET MOI" (N° 66 du 4e trimestre 2011).

(²) "Le Tailleur de pierre", "L'Oiseau de mauvais augure", "La Princesse des glaces", "Le Prédicateur", "Le gardien de phare", "L'Enfant allemand" et "La Sirène" ; le huitième à ce jour étant "La Faiseuse d'anges".

 (²) GERMANIA est le nom du projet qu'Hitler avait prévu pour modifier l'urbanisme et l'architecture de Berlin afin d'en faire la capitale du monde réunissant les peuples germaniques. Conçue par Albert Speer, elle devait être construite une fois que l'Allemagne aurait remporté la Seconde Guerre mondiale, les architectes ayant carte blanche. Pour cause de défaite, seuls quelques éléments comme le stade olympique qui avait été inauguré en 1936, seront finalement réalisés.

 

LA FAISEUSE D'ANGES, de CAMILLA LÄCKBERG. Traduit du suédois par Lena Grumbach

Editions Actes noirs Actes Sud. 437 pages. 23,50 €.

 

CE TEXTE A ETE PUBLIE DANS LE N° 73 DE DECEMBRE 2015 DE LA REVUE DE LA CRITIQUE PARISIENNE.