MILLENIUM, STIEG ET MOI D'EVA GABRIELSSON

PREFACE DE MARIE-FRANCE COLOMBANI

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            Dans son numéro 60 de 2008, la Revue de la Critique parisienne présentait "LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES. MILLENIUM" que j'avais commenté au Club de lecture. Lequel avait "vécu" des échanges très animés entre (la grande majorité) des "pour" et (une infime minorité) de farouchement "contre". Je venais d'achever la Trilogie, et l'ensemble avait été à la fois un enchantement et une révélation.

Mais, d'ores et déjà, dans la très courte biographie de Stieg Larsson (1954-2004) alors disponible, il apparaissait que tout n'allait pas au mieux dans la vie de sa compagne, privée (les concubins ne sont pas reconnus, en Suède, comme héritiers de plein droit du conjoint défunt) de l'héritage financier de celui avec lequel elle vivait depuis trente-deux ans. Héritage dont elle était spoliée par le père et le frère de son compagnon qui ont fait de "Stieg et Millénium une sorte de marchandise commercialisable à l'infini". Dès la mort de Stieg Larsson, Eva Gabrielsson, apprenant ce qu'ils avaient tramé, se détournait de cet aspect financier, ne tenant qu'à conserver leur appartement dont ils réclamaient la moitié, mais surtout revendiquant le droit moral à la propriété intellectuelle des œuvres du défunt, "qui aurait détesté que Millénium, ses articles sur le racisme, ses livres sur l'Extrême-Droite, ses textes de jeunesse deviennent une source de profit".

Six ans après la publication de la Trilogie, toujours en butte aux héritiers "légaux", elle a décidé de sortir de son silence, et publier "MILLENIUM, STIEG ET MOI", de façon à rétablir toute la vérité ; retrouver une légitimité qui aurait dû lui être accordée d'emblée et que lui refuse la famille Larsson avec laquelle l'écrivain n'avait plus de contact dans les dernières années de sa vie. "Ce livre", écrit-elle, "j'aurais voulu ne jamais l'écrire. Il parle de Stieg, de notre vie, mais aussi de ma vie sans lui".

Que nous apprend cet ouvrage dans lequel Eva Gabrielsson revient sur trente-deux années de vie commune avec Stieg Larsson, sachant qu'ils ne s'étaient jamais mariés ni n'avaient eu d'enfants, pour éviter -après qu'aient été tués plusieurs de leurs amis et de nombreux inconnus engagés comme eux dans la lutte contre le fascisme- de renseigner sur leur lieu de vie, une Extrême-Droite très virulente en Suède ?

Le livre revient sur l'enfance de l'écrivain qui, abandonné par ses parents trop jeunes pour s'occuper d'un bébé, est élevé par ses grands-parents qui lui inculquent "les valeurs morales d'autrefois, strictes, sévères, parfois lourdes". Il gardera toute sa vie la nostalgie de cette petite cabane en bois en lisière de forêt, où ils vivaient, et où "ce n'étaient pas l'argent ou la réussite qui faisaient la réputation de quelqu'un, mais son honnêteté et le respect de la parole donnée". Il ne vient habiter chez ses parents qu'à l'âge de neuf ans. Il les connaît à peine, pas plus que son frère cadet, Joakim. Il les quitte dès l'âge de dix-sept ans, bien qu'il soit proche de sa mère.

Stieg et Eva se rencontrent en 1972, à une réunion de soutien au Front national de libération du Vietnam où "se dressait un grand type, mince et très brun, avec un regard chaleureux et un sourire joyeux. C'était Stieg". Ils militent côte à côte pendant quelques mois, puis décident de s'installer ensemble. Il a dix-huit ans, elle dix-neuf. La crise du logement étant aiguë en Suède, ils vont aller de chambre minuscule en studio prêté par des amis, jusqu'au jour où ils pourront enfin –car de tout temps, ils ont vécu dans la plus grande précarité financière- acheter à crédit le studio de 56 m² où Eva Gabrielsson vit encore.

Eva a choisi l'architecture parce que "cette discipline conjuguait tout ce qui (la) passionnait : techniques et créativité". Elle entre à l'Ecole technique royale de Stockholm. Après "de nombreuses années de travail sur les moyens d'introduire des pratiques plus écologiques et efficaces dans le secteur du bâtiment", elle obtient la direction d'un chantier sur lequel elle pourra appliquer ses recherches. Elle écrit, en collaboration avec le journaliste Gunnar Von Sydow, bien avant de savoir ce que lui réserve l'avenir : "Concubin, plus seul que tu ne penses"¹.

Pendant vingt ans, Stieg travaille pour TT (l'équivalent de l'AFP française), mais toujours le directeur s'opposera à ce qu'il obtienne un poste fixe, parce qu'"il ne sait pas écrire" ! Il quitte TT et, parallèlement à la montée de l'extrémisme en Suède, envoie de nombreux textes à la revue militante anglaise, "Searchlight". Et surtout il fonde "Expo", "un magazine d'analyses sur des groupes racistes et d'extrême droite". Les menaces (appels anonymes, balles de revolver envoyées par la poste…) font qu'après une période heureuse où ils envisageaient enfin de se marier, allant jusqu'à acheter les alliances, le couple tarde de nouveau. Stieg n'en reparlera que quelques mois avant sa mort, loin de se douter des conséquences funestes que ce nouveau report aura sur la vie d'Eva devenue veuve. (Elle apprendra que la société de gestion prétendument créée par l'éditeur pour faire fructifier les royalties de Millénium, et qui aurait été leur propriété commune, n'a jamais existé. Et qu'elle ne recevra donc aucun argent).

Pourtant, les trois manuscrits déposés, et le premier tome accepté par un éditeur, ils auraient enfin pu faire construire un "petit chalet d'écriture" dont ils avaient fait les plans. Mais Stieg meurt. Ce qui fait dire à Eva : "Pendant trente-deux ans, on a toujours eu quelque chose à se raconter, à explorer, à partager, à combattre, à construire… ensemble. On s'est beaucoup amusés aussi"… "Avec Stieg, j'ai compris l'expression "avoir une âme sœur"".

 

Finalement, la vie de ce couple aurait été banale, partagée entre le travail et de courtes études en raison de leur pauvreté ; puis entre le travail et les menus plaisirs ; n'était leur soif de justice et leur militantisme, surtout celui de Stieg. Au début, leur action se limitait à coller des affiches, assister à des réunions, mais poussé par Eva, il commence à écrire dans de petits journaux. Jusqu'en 1977 où, "après avoir travaillé six mois dans une scierie pour payer son voyage", il part pour l'Afrique avec "mission d'entrer en contact avec certains groupes impliqués dans la guerre civile qui ravageait l'Ethiopie". Malheureusement, il contracte la malaria, tombe gravement malade, perd temporairement la vue, se retrouve à l'hôpital : "C'était horrible de lire que ses reins avaient lâché et que, lorsqu'il s'était réveillé avec sur l'oreiller, le sang séché du malade précédent, il avait de nouveau perdu connaissance"

Revenu en Suède, devenu journaliste d'investigation, il écrit de très nombreux textes contre tous les fascismes, toutes les oppressions, contrairement à nombre de ses collègues qui délaissent "les problèmes de société et (traitent) les chefs d'entreprises comme des rock-stars". Contre vents et marées, il s'épuise à trouver les fonds pour financer "Expo", bien que "les locaux de la revue d'investigation (soient) vandalisés par des groupuscules extrémistes, l'imprimerie taguée et menacée". Le couple y travaille nuit et weekend, jusqu'en 2003 où des subventions européennes permettent enfin à la revue de connaître une certaine stabilité.

 

            L'un des points les plus importants du livre est l'interrelation entre Stieg Larsson, Eva Gabrielsson et Millénium, une fois posé que Stieg n'est pas Mikael Blomkvist. Car la lecture laissait penser que tous les personnages étaient fictifs. Il n'en est rien. Et "Stieg ne s'est pas assis un jour devant son ordinateur en déclarant : Je vais écrire un polar". Il écrit "des séquences qui, souvent, n'avaient pas de lien avec les autres". Jusqu'au jour où il dit à Eva : "J'étais en train de penser à ce texte que j'ai écrit en 1997 sur ce vieux monsieur qui reçoit une fleur chaque année à Noël… Je me disais que j'avais envie de savoir ce qu'il était devenu".

Aucun lecteur ne peut avoir oublié ce passage tellement plein de questionnements ! Au fil du livre d'Eva Gabrielsson, il va retrouver l'origine des personnages dont presque tous ont été dans la réalité des amis ou des ennemis du couple. De même, y trouve-t-il l'origine des lieux presque tous dénichés par Eva qui, par son métier, bénéficiait d'une connaissance approfondie de Stockholm et des îles littorales, dont celle "qui (leur) tient particulièrement à cœur où Mickael Blomkvist va lire, écrire et se détendre", et celle de la lointaine Grenade où ils ont vécu des moments de grande paix et d'où Lisbeth revient riche. Y sont encore les scandales d'évènements politiques, sociaux… qui ont tous eu lieu en Suède (à la grande surprise des étrangers qui croient tous que ce pays est sans problèmes !) ; les facultés de hacker de Lisbeth, puisées dans le goût passionné du couple pour "un certain nombre d'éléments concernant le monde des hackers (et qui viennent), par exemple, de "The Hacker Crackdown" de Bruce Sterling" et pour la science-fiction où "les cyborgs… peuvent se brancher sur des ordinateurs… Lisbeth Salander se branche, elle, sur Internet… ses facultés extraordinaires ne sont pas très éloignées" des leurs ; le militantisme féministe de Stieg parce qu'il jugeait les femmes soumises à un sexisme sociétal, qu'il avait été particulièrement affecté par le meurtre de trois d'entre elles, et "qu'il les trouvait plus créatives et moins arrivistes que les hommes" : ce qui fait que toutes celles de Millenium sont de maîtresses femmes, "libres, courageuses, et suffisamment fortes pour changer le monde en refusant d'être des victimes" ; l'influence de la Bible, directement transmise par l'éducation reçue des grands-parents ; le "devoir de vengeance" qui fait que, comme Stieg, les personnages sont sans pitié pour ceux qui agissent mal avec eux, parce que "se venger ou venger ses amis, n'est pas seulement un droit, mais un devoir absolu" ; On pourrait à l'infini traquer les interconnections entre la réalité et la fiction, sans jamais pouvoir définir où s'arrête l'une et commence l'autre. Toutes raisons qui ont fait que "Millénium n'est pas qu'une bonne histoire fabriquée par un bon auteur de bons polars… Il a permis à Stieg de dénoncer tous ceux qu'il vomissait pour leur lâcheté, leur irresponsabilité, leur immoralité et leur opportunisme" !

 

            Enfin, "Millénium, Stieg et moi" est le roman d'un amour, profond, indissoluble. Pas un roman à l'eau de rose bien sûr, mais celui d'une communion jamais démentie de plus de trois décennies, que seule la mort pouvait interrompre. L'auteure y écrit des pages infiniment douloureuses sur son chagrin d'avoir été absente au moment de la mort brutale de son compagnon, sur les difficiles relations avec sa belle-famille (qui ne demandera même pas où Stieg est enterré), sur son impossibilité de faire son deuil, que seul un retour à l'antique rite païen viking du "NIÓ" (prononcer nid) où elle maudit "les ennemis de Stieg, jusqu'à ce qu'ils soient conscients de leurs actes", lui permettra d'"imaginer lui survivre".

 

            Et le quatrième tome ? Sensé s'intituler "La vengeance des dieux" ? Même Eva semble ignorer où il se trouve, ne pouvant que supposer qu'il est dans l'ordinateur de Stieg. Lequel appartenait à "Expo" où elle l'a fait déposer, ce qui fait qu'il est protégé par la loi. (Heureusement, car les deux requins familiaux l'ont obstinément réclamé, allant jusqu'à proposer qu'Eva épouse le père pour qu'ils en partagent la jouissance !). Ce qu'elle croit, c'est qu'environ deux cents pages ont été écrites. Tout ce qu'elle peut dire, c'est "que, dans ce livre, Lisbeth se libère peu à peu de ses fantômes et de ses ennemis. Chaque fois qu'elle parvient à se venger d'une personne qui lui a fait du mal, physiquement ou psychologiquement, elle fait effacer le tatouage qui incarne pour elle, cette personne". Et que, si les Larsson n'avaient pas dit non, elle aurait un jour, vu sa contribution aux premiers, "pu en toute légalité travailler sur ses textes et terminer le quatrième tome".

 

            Souhaitons que l'inique loi suédoise privant de ses droits un concubin de toujours, soit très vite abrogée, et qu'Eva Gabrielsson puisse enfin défendre l'œuvre de Stieg, parce qu'elle ne veut pas que "son nom continue d'être une industrie et une marque" ! Et que nous retrouvions Mikael et Lisbeth ! Croisons les doigts !

                                        Jeanine SMOLEC-RIVAIS

"MILLENIUM, STIEG ET MOI" d'Eva Gabrielsson. Préface de Marie-Françoise Colombani. Editions Actes Sud. 180 pages. 20 €."

¹ "Concubin, plus seul que tu ne penses" : Edition suédoise : Blue Publishing.                            

Qu'est-ce que la "Propriété intellectuelle" ? Le terme “propriété intellectuelle” désigne les créations de l’esprit, à savoir les inventions, les œuvres littéraires et artistiques et les symboles, noms, images et dessins et modèles utilisés dans le commerce.

La propriété intellectuelle se divise en deux branches : la propriété industrielle, qui comprend les inventions (brevets), les marques, les dessins et modèles industriels et les indications géographiques; et le droit d’auteur, qui se rapporte aux œuvres littéraires et artistiques telles que romans, poèmes et pièces de théâtre, œuvres cinématographiques et musicales ou encore œuvres relevant des arts plastiques comme les dessins, les peintures, les photographies et les sculptures ainsi que les dessins et modèles architecturaux. Les droits attachés au droit d’auteur comprennent ceux des artistes interprètes ou exécutants sur leurs interprétations et exécutions, des producteurs de phonogrammes sur leurs enregistrements et des radiodiffuseurs sur leurs programmes radiophoniques ou télévisuels.

 

Ce texte a été publié dans le N° 66 de décembre 2011, de la Revue de la Critique parisienne.

 

 

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VERSION ANGLAISE.

MILLENIUM, STEG AND I BY EVA GABRIELSSON

PREFACE BY MARIE-FRANCE COLOMBANI

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In its Number 60, in 2008, the "Revue de la Critique Parisienne" published my text on "The men who did not like women. Millenium" that I had commented during a club. What meeting had "lived" very sharp exchanges between (most of present people) that were "for", and (a tiny minority) that were fiercely "against". I had just finished reading the "Trilogy", and the whole had been both a delight and a revelation.

            But, already, in Stieg Larsson's very short biography (1954-2004) available at the moment, it was evident that everything was not at the best in his girlfriend's life, deprived as she was of the financial inheritance of he with whom she had live for 32 years. (In Sweden, concubines are not recognized as legitimate heirs of their dead companions). She had been despoiled by her friend's father and brother, who changed "Stieg and Millenium into some kind of an endlessly tradable merchandise". Immediately after Stieg Larsson's death, Eva Gabrielsson, learning what they had plotted, gave up this financial aspect, wanting to keep for herself only their flat, of which they wanted half ; but chiefly she claimed moral right on the "intellectual property" on the dead man's books ; who would have hated Millenium, his political writings, his books about Extreme-Right wing, his youthful texts to become a source of profit".

            Six years after the Trilogy being edited, always exposed to "legal" heirs' greediness, she decided to get out of her silence, and to publish "MILLENIUM, STIEG AND I", so as to reestablish the whole truth ; find a legitimacy back, which should have been right away granted to her and is refused by the Larsson family with whom the writer had no longer any contact in the last years of his life. "This book", she writes, "I should have wanted never to write it. It reads of Stieg, of our life, but also of my life without him".

 

            What do we learn in that book in which Eva Gabrielsson thinks back about thirty-two years of life with Stieg Larsson ? Before all, we know they never married, nor had any children after the murders of several of their friends and numerous unknown persons engaged as they were in fighting fascism ; to avoid letting an extreme-right wing, very virulent in Sweden, know about their place of living.

            The book reads back about the writer's youth : having been abandoned by parents too young to take care of a baby, he was raised by his grand-parents. They inculcated in him "former moral values, strict, severe, sometimes heavy". During his whole life he felt nostalgia about the little shack at the edge of a forest where they had lived "and where neither money nor success built somebody's reputation but his honesty and keeping of his given word". He came to live at his parents' only at nine. He hardly knew them, neither his younger brother, Joakim. He got away at seventeen, though he was close to his mother.

 

            Stieg and Eva meet in 1972, at a support meeting for Vietnam national liberation Front. There, "stood a tall, thin and very dark guy, with a warm look and gay smile. That was Stieg". They campaign side by side for several months, then decide to settle down together. He is eighteen, she nineteen. Property market crisis being sharp in Sweden, they roam from tiny bedrooms to studios lent by friends, till the day they can at last –because all the time, they have lived in the sharpest financial precariousness- buy a 56 m² large studio where Eva Gabrielsson still lives.

            She chooses Architecture "because that discipline includes everything that passionates her : techniques and creativity". She becomes a student at the Royal Technical School in Stockholm. After "many years spent investigating the means to introduce some more ecological and efficient practices in the building branch", she is granted the direction of a site on which she will be able to enforce her searches. In collaboration with journalist Gunnar von Sydow, she writes, a long time before knowing what future has in store for her : "Concubine, loner than you think" (Sambo- ensammare än du tror).¹

            For twenty years, Stieg has been working for TT (The equivalent of French AFP), But always has the director refused to let him have a permanent position, because "he can't write" ! He leaves TT, and parallel to the rising of Swedish extremism, he sends numerous texts to the English militant review, "Searchlight". And, chiefly, he creates "Expo", a "magazine of analysis about racist and extreme right-wing groups". Threats (anonymous phone calls, colt bullets sent through post-office…) push them –after a happy time when they considered getting married, going as far as buying wedding-rings- to postpone the idea again. Stieg will talk about it only a few months before he dies, far from suspecting the dire consequences such postponing will have upon Eva become a widow. (She will learn that the managing society allegedly created to increase Millenium's royalties and that would have belonged to both of them, never existed. And that, therefore, she will receive no money at all. Yet, Stieg's three manuscripts entrusted to the editor, -with the first one accepted- they could have had a "small cottage" built, where they could have gone to write ; and of which they had already drawn plans. But Stieg dies. What compels Eva to say : "For thirty-two years, we always had something to talk about, to explore, to share, to fight, to build… together. We also had much fun"… "With Stieg, I understood the term : "To have a soul mate".

 

            Finally, That couple's life would have been ordinary, divided between work and short studies owing to their poverty ; then between work and tiny pleasures, but for their thirst of justice and their militancy, chiefly Stieg's. At first, their action is limited to sticking political posters, to being present at meetings ; but, urged by Eva, he begins writing in small news-papers. Till 1977, when "after having worked for six months in a saw-mill, to pay for his journey", he flies to Africa "commissioned to contact some groups implicated in the civil war that devastates Ethiopia". Unfortunately, he contracts malaria, falls seriously ill, temporarily loses sight, ends up in a hospital : "It was horrible to read that his kidneys had failed, and that when he awoke, with on the pillow the previous sick person's dried blood, he had fainted again".

            Back in Sweden, from now on an investigative journalist, he writes very numerous texts against all fascisms, all oppressions, unlike many of his colleagues who desert "society problems and deal with company directors as with rock-stars". Against all odds, he exhausts himself finding money to pay for "Expo", though "the buildings of the investigative magazine were vandalized by small groups of extremists, the printing house tagged and threatened". The couple works there nights and weekends until 2003 when European grants, at last allow the magazine to know some stability.

 

            One of the most important points in the book is the interrelation between Stieg Larsson, Eva Gabrielsson and Millenium, once assumed that Stieg is not Mikael Blomkvist. Because reading the three books suggested that all the figures were fictitious. It's nothing of the sort. And Stieg "did not sit some day before his computer and declare : I am going to write a detective novel". He wrote "sequences that, often, had no link with others". Until the day he tells Eva : "I was thinking about that text I wrote in 1997 about that old man who received a flower every year at Christmas… I was telling myself I felt like knowing what happened to him".

            No reader can have forgotten that passage so full of questions ! Along Eva Gabrielsson's book, he is going to discover the origin of the characters, almost all of whom were in fact the couple's friends or enemies. Likewise, does he find the origin of the places almost all discovered by Eva, who, thanks to her profession, benefits by a deep knowledge of Stockholm and the neighboring islands. One of these islands "is particularly dear to them, the one where Mikael Blomkvist goes to read, write and rest". Also far away Grenada where they had lived moments of great peace and from where Lisbeth comes back a rich woman.

Moreover, can the reader discover the scandals linked to political and social events… which all took place in Sweden (much to strangers' surprise who all believe that country without any problems !). That reader can learn that Lisbeth's powers as a hacker, are drawn from the couple's passionate taste for "a number of elements concerning hackers' world" (and which come), "for instance from "The Hacker Crackdown" by Bruce Sterling" and for science fiction where "Cyborgs… can plug themselves from computers… Lisbeth Salander, plugs herself from the Web… her extraordinary powers are not very far from theirs". Learn that Stieg's feminist militancy was attached to the fact he considered women as submitted to a societal sexism ; that he had been particularly affected by the murders of three of them, and that "he thought they were more creative and less careerist than men" : which explains that all those in Millenium are very capable women, "free, courageous, and strong enough to change the world by refusing to be victims". Learn about the influence of the Bible, directly transmitted by the education received from their grand-parents. About "the duty of revenge" which leads to the fact that, like Stieg, the characters are pitiless for those who badly acted with them, because "to revenge oneself or revenge one's friends is not only a right, but an absolute duty".

One could endlessly hunt the interconnections down, between reality and fiction, without ever being able to define where one stops and the other begins. All reasons which explain that "Millenium is not a good story imagined by a good author of good detective novels… It permitted Stieg to denounce all those he vomited for their cowardice, their irresponsibility, their immorality and their opportunism".

 

            At last, "Millenium, Stieg and I" is the novel a deep, indissoluble love. Not a sentimental novel, of course, but that of a communion never denied for more than three decades, that only death could break. The authorin writes very grievous pages about her sorrow not to have been there at the moment of her companion's brutal death, about her difficult relations with Stieg's family (who didn't even ask where he had been buried), on the impossibility for her to suffer bereavement ; and on the fact that only a return to the ancient Viking ritual of the "NIO" during which she cursed "Stieg's enemies until they became conscious of their doings" enables her "to imagine to survive him".

 

            And what about the fourth volume ? Supposed to be entitled "Gods' revenge"? Even Eva seems to ignore where it could be found, being able only to suppose that it is in Stieg's computer. Which computer belonged to "Expo", where she had it deposited, which means that it is protected by law. (Fortunately, because the two family sharks cannot get it, they who have obstinately claimed it, going as far as proposing Eva to marry the father, so that they would share use of it !). She thinks that about two hundred pages were written. All she can say is "that, by and by, in this book, Lisbeth, frees herself of her ghosts and her enemies. Every time she succeeds in getting revenge on a person that wronged her, physically or psychologically, she has the tattoo erased which for her, embodies that person". And that, if the Larssons had not refused, owing to her contributions to the first three volumes, she could have, "quite legally worked on these texts and finished the fourth one".

            Let's wish that the iniquitous Swedish law depriving of his rights a concubine of always will be very soon abrogated, and that Eva Gabrielsson will be at last allowed to defend Stieg's work, because she does not want "his name to continue being an industry and a trademark" ! And that we meet Mikael and Lisbeth again ! Let's keep our fingers crossed !

                                                                       Jeanine Smolec-Rivais

 

"MILLENIUM' STIEG AND I" : by Eva Gabrielsson. Preface by Marie-Françoise Colombani. Acte Sud Editions. 180 pages. 20 €.

¹ "Concubine, loner than your think" : Swedish Editions : Blue Publishing.

 

What does "intellectual property" mean ? The term "intellectual property" designates spirit creations, that is inventions, literary and artistic works and symbols, names, pictures and models used in trade.

"Intellectual property" can be divided into two parts : "Industrial property" which includes inventions (patents), trademarks, drawings and industrial models and geographic indications ; and "Copyright" which is linked to literary and artistic works, such as novels, poems, and theatre plays, cinematographic and music works or still works related to plastic arts such as drawings, paintings, pictures and sculptures, as well as architectural drawings and models. The rights attached to "Copyright" include interpreter artists' or performers' on their interpretations and executions, phonogram producers on their recordings ; and broadcasters on their radio and television programs.