HAÏTI UN ART DE LIBERTE

Terrasse de la Maison des Associations de Pré-Saint-Gervais et 

La Tribune Desfossés, 48 rue N.D. des Victoires. 75002. Paris.

par Jeanine Rivais.

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“Créée en 1989, l’Association pour la Promotion des Arts du monde a pour objectif de promouvoir les productions des artistes plasticiens des pays en voie de développement et d’affecter les bénéfices réalisés sur les ventes, à des œuvres humanitaires. L’achat direct d’œuvres aux artistes offre un soutien à la création.

Ainsi, l’association aide-t-elle vingt écoles et plus particulièrement l’école et le dispensaire de la Cité Soleil à Port-au-Prince, en Haïti.”

(Feuille mise au service du public).

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Paul Félix : La fête des panthères
Paul Félix : La fête des panthères

A l’automne 1999, l’Association APAM (Association pour la Promotion des Arts du Monde) proposait au Pré Saint-Gervais, en banlieue parisienne, puis au début de l’hiver au siège de La Tribune Desfossés, une belle exposition de peintures d’art haïtien contemporain, auxquelles elle avait joint quelques artistes plus anciens, ou dont la réputation a déjà franchi les mers depuis plusieurs décennies (Chavannes, Préfète Duffaut, Levoy Exil, Buffon Thermidor, etc.) . Les organisateurs avaient choisi pour thème “Le marché”; et même, élargissant un peu le sujet , il était question dans cette série très vivante et colorée, très narrative, de coutumes locales (mariages, etc.) et religieuses.

Camille Torchon L'Ile enchantée
Camille Torchon L'Ile enchantée

          Ainsi, le visiteur découvrait-il, dans un style naïf très proche de celui du Douanier Rousseau,  le monde insulaire revisité par de nombreux artistes, parmi lesquels FELIX PAUL dont l’imaginaire l’emmène, sous les lointains tropiques, dans son monde végétal fantasmatique : Ainsi, La fête des Panthères, l’entraînait-elle dans une jungle d’arbres à soie, de lenticules géantes, de hampes fleuries aux couleurs carminées, de plantes aux larges palmes encadrant des fleurs faites de courts pétales enroulés, et des fruits peints avec tellement de minutie qu’ils semblent bons à croquer, mais attention, danger ; car dans  ce “Vert Paradis”, sont visibles les têtes de plusieurs  félins !... Ou bien, les eaux idéalement bleues d’un lagon, autour duquel s’abreuvent éléphants et girafes égayés par des paradisiers, lui donnait-elle envie de plonger sous la cascade qui s’y déverse ; etc. Fantasmagorie encore avec L’Arbre enchanté de CAMILLE TORCHON, gigantesque, portant dans chacune de ses feuilles un paysage idyllique. 

     Retour, par contre, aux peintures prises sur le motif, avec le Beau paysage de l’Artibonite, de SEÏDE, proposant des bois qui s’étendent dans le lointain, collines ondulantes ou champs plats, jusqu’à ce qu’au fond à demi-cachée par une brume gris-bleuté, la mer se confonde avec le bleu du ciel. Haïti et ses paysages de jungle et de mer, tellement paradisiaques, qu’on en oublie la réalité politique qui, hélas, en assombrit considérablement l’horizon ! 

 

Prosper Pierre-Louis Trois loas
Prosper Pierre-Louis Trois loas

          Le thème de l’esclavage revenait d’ailleurs à plusieurs reprises, dans ce “périple” : avec EDDY JACQUES qui proposait sur fond de mer bleu azuréen et  flottille de minuscules bateaux dansant sur les vagues, L’Arrivée des esclaves en Haïti. Et il était question aussi de la cueillette du coton avec MAXENCE JEAN-LOUIS,  et des malheureux noirs qui triment tout le jour, tandis que les contremaîtres les regardent travailler...

 

     Mais surtout, sur panorama exotique, revenaient de façon récurrente, les marchés dont les scènes si vivantes  ont tant impressionné les artistes haïtiens qu’ils les ont peintes au sens littéral, de toutes les couleurs, avec une densité de population incroyable, en même temps que, se dégage chaque fois, un grand sentiment de sérénité.  Le parcours allait ainsi de WILBERT LAURENT “racontant” L’arrivée du car, avec les paysans qui déchargent leurs sacs de marchandises ; à B. ROUANEZ qui présente dans de grandes corbeilles, au Marché des Gonaïves, des fruits luisants et des tas d’épices colorées ; à JEAN-BAPTISTE CHERY et son Marché de Port de Paix, véritable havre, en effet, dans lequel, assis sous un arbre au tronc noueux, sont en train de palabrer marchands et  chalands ; au Marché multicolore de BLANC, au long duquel s’épanouissent de véritables bouquets de gens, car outre sa manière de mouler dans des robes vives les corps des femmes, cet artiste les accroupit sous des angles tels, qu’à deux elles forment une véritable corolle de fleur ; à ETIENNE CHAVANNE, bien connu pour ses mises en scène de foules innombrables, à LACOMBE et son Marché du corail ; CAMEAU RAMEAU et le Marché de Saint-Pierre... Chaque fois, le nom du lieu porte en lui-même toutes les senteurs exotiques, et le goût sur la langue d’un mot inhabituel, d’un vocable évocateur, dont il est évident qu’il correspond à une tranche de vie des lointains occupants de ces villages : Marché de Bois vanille, Marché de Crête à Pierrot, Marché de Rivière Salée, Marché de Cap Biquette, etc.

 

Pierre-Louis Riche Le gouverneur
Pierre-Louis Riche Le gouverneur

L’humour ne manquait pas, non plus avec les “portraits” de PIERRE-LOUIS RICHE, tous obèses, et néanmoins élégantissimes ; les femmes, chapeautées et boudinées dans leurs robes roses ou bleues à fleurs ; les hommes, tels Monsieur Charles, sanglés dans des costumes vaguement cousins des costumes tyroliens ; leurs petites jambes énormes sortant des pantalons ou des jupes ! Féroce, mais si bon enfant, et jubilatoire !

 

Enfin, la religion était évoquée, avec une pointe de dérision, dans la Vierge Miracle de JONAS PROFIL, sur fond de végétation luxuriante, entourée de roses et en train de faire manger à l’Enfant Jésus une énorme banane aussi haute que lui ! Et très culturelle, très proche des icones byzantines avec La Vierge à l’Enfant, la Vierge aux jumeaux... de SAINCILUS ISAMËL, ornées géométriquement de mosaïques bleues et pointillées à la feuille d’or.

 

Pour la vingt-et-unième fois, les responsables de l’APAM, M. et  Mme Matouck,  rentrent d’Haïti, chargés de nouvelles œuvres qu’ils vont continuer de faire connaître à travers la France. Bonne chance, donc, à ces prospecteurs de l’Art naïf et populaire par excellence, puisque leurs recherches donnent  à la fois du bonheur à ceux qu’ils aident, et du plaisir à ceux qui les regardent ! 

Jeanine RIVAIS

 

APAM : 4, rue Feuchères; 30 000 NIMES. Tel. et fax : 04.66.67.51.66.

 

CE TEXTE A ETE ECRIT EN 1999 ET PUBLIE DANS LE N° 67 DE JANVIER 2000 DU BULLETIN DE L'ASSOCIATION LES AMIS DE FRANCOIS OZENDA.