VALERIE BLAIZE, céramiste

Entretien avec Jeanine Smolec-Rivais

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Jeanine Smolec-Rivais : Valérie Blaize, vous présentez des céramiques en majorité utilitaires, comment êtes-vous arrivée à Banne ?

            Valérie Blaize : Marthe Pellegrino m'a acheté des assiettes dans un festival, voici deux ans. Comme elle aimait bien mon travail, elle m'a contactée pour que je participe à Bann'Art.

           

         J.S-R. : A priori, le visiteur s'étonne qu'une potière soit invitée à Banne, dont la définition est fondée sur l'imaginaire, le fantasmagorique. Que répondez-vous ?

            VB. : Il est vrai que je réalise essentiellement des objets utilitaires. Mais ce sont des pièces uniques. Et il y a une autre partie de mon travail qui est clairement non utilitaire, comme des oreillers, une armoire à pharmacie avec des trousses de secours, etc.

         J.S-R. : Venons-en à l'humour dont vous faites preuve dans vos œuvres : par exemple, cette pharmacie que vous venez d'évoquer, bien ripolinée, avec des angles de couleurs… En même temps, vous exposez une assiette dégoulinante de macaronis… Par contre, la soupe dans les bols m'avait échappé !

            VB. : Ces objets sont en effet tout sauf utilitaires. La soupe est constituée de microparticules de terre. C'est extrêmement fragile. En fait, je fais mousser de la terre et je la cuis avant qu'elle ne s'effondre. Ainsi, je peux préserver le volume. Je présente tout cela avec des couverts, cuillers et fourchettes conçues sur le même principe, et c'est le menu des invités. La Nouvelle Cuisine présente ses menus dans toutes sortes de verrines amusantes, et cela m'a donné envie de travailler la terre dans cet esprit.

 

         J.S-R. : Ainsi, quand vous êtes fatiguée de créer des choses sérieuses, vous partez dans l'humour ?

            VB. : Mais je ne fais jamais de choses sérieuses, en fait!

         J.S-R. : Tout de même, quand je vois vos assiettes avec vos petits poissons évoluant devant des bulles, ou une montgolfière posée sur une stèle telle une statue, diriez-vous, étant donné que c'est techniquement un travail magnifique, que c'est du travail "sérieux" ? Ou de l'humour ?

            VB. : Je ne fais jamais rien sans humour. J'ai choisi ce métier parce que je pouvais m'amuser. Et jamais je ne fais des choses qui m'ennuient. Je veux garder une liberté de création, une liberté d'expression qui font que je me renouvelle sans arrêt et que j'ai toujours envie de préserver le côté ludique de mes créations.

 

         J.S-R. : Ce matin, je regardais vos oreillers, et j'avais l'impression qu'au centre géométrique de chacun d'eux, vous aviez mis un nombril.

            VB. : Ce sont des oreillers en forme de ventres. Et ce sont des sculptures que je fais comme clin d'œil aux siestes que chacun de nous a faites un jour sur le ventre de quelqu'un, mère, sœur ou amoureux. C'est une interprétation personnelle de cette partie du corps qui a toujours accueilli quelqu'un.

 

         J.S-R. : Mais alors, pourquoi les bords de ces oreillers sont-ils systématiquement recourbés vers le haut ?

            VB. : Peut-être pour préserver l'effet luisant ? Mais tous ne sont pas conçus de cette façon. Certains sont plus tendus, d'autres moins. Ils sont tous différents. Il faut aussi garder le côté vivant des choses, et pour moi un oreiller n'est jamais "tendu à quatre épingles" ! Il est jeté sur le lit, il reste comme il a atterri. J'essaie de le garder "vivant".

            J'aime la vie dans les objets que je crée, que ce soit dans la déco, les personnages, etc. C'est pourquoi je les propose chaque fois avec une petite mise en scène.

 

         J.S-R. : Toutes vos œuvres sont en porcelaine¹ ?

            VB. : Oui. En porcelaine chamottée.

 

J.S-R. : Vous les cuisez donc à 1300°?

            VB. : Oui, en général.

 

         J.S-R. : Quand un objet est extrêmement brillant, comme votre oreiller, c'est que vous avez repassé des émaux dessus ?

            VB. : Celui-là est conçu en porcelaine, mais je l'ai cuit à 1000°, parce que les émaux ne supportent pas une température plus élevée. En fait, il faut adapter la température en fonction des émaux. En général, je cuis mes sculptures dans un four électrique ; mais pour obtenir le vert céladon², je les cuis dans un four à gaz.

 

         J.S-R. : Et pouvez-vous réaliser du raku avec ce genre de travail ?

            VB. : Oui, je ne le fais pas pour les œuvres que j'ai ici, mais je travaille en raku³, pour les émulsions notamment. En fait, il faut chaque fois se poser la question de ce que l'on désire obtenir et adapter la cuisson en fonction de ce but. Le four électrique est celui qui permet d'obtenir les couleurs les plus vives.

 

Entretien réalisé dans les Ecuries du festival de Banne, le 4 juin 2011.

¹ La porcelaine est une céramique fine et translucide produite à partir du kaolin par cuisson à plus de 1200°. Elle est majoritairement utilisée dans les arts de la table.

Les techniques de fabrication de la porcelaine atteignirent leur perfection en Chine au XIIe siècle. Les Britanniques utilisent d'ailleurs les termes "China" ou "Bone china" pour désigner respectivement la porcelaine dure et une porcelaine plus tendre répandue au Royaume-Uni.

Cette céramique fut baptisée porcellana par les italiens qui la ramenèrent de Chine au XVe siècle. Elle fut nommée ainsi en référence à l'apparence des coquillages de type Cypraea dont ils la croyaient extraite.

² Le céladon désigne à la fois un coloris et un type de céramique propre à la Chine (en chinois : qingci 青瓷, littéralement « porcelaine verte ») et à l'Extrême-Orient.

Les céramiques céladon de Corée, de la période Koryŏ (918-1392), utilisent cette glaçure verte ou bleu-gris translucide. On trouve toutefois des céladons primitifs en Chine, où le procédé a été inventé dans la région de Yue, dans le bassin du Yangzi Jiang. Le céladon est particulièrement apprécié en Asie, car il permet d'obtenir la couleur du jade, la pierre sacrée.

³ Le Raku est une technique de cuisson de poteries d’origine japonaise utilisée autrefois lors de la Cérémonie du Thé dont le rituel était étroitement lié à la philosophie Zen. On émaillait et on cuisait son bol avant de l’utiliser pour boire le Thé. Actuellement cette technique est utilisée pour la réalisation de diverses poteries allant du simple bol à la sculpture la plus complexe en passant par des vases, coupes ou toutes créations issues de l’imagination du potier.

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